Pelham, un cadre supérieur, est opéré après un accident de la route. Remis sur pied, il apprend peu à peu qu'un sosie se fait passer pour lui, mais avec un comportement bien moins moral que le sien. Qui est cet homme ? Parviendra-t-il à prendre la place de Pelham dans son travail et sa vie conjugale ?
La Seconde Mort d’Harold Pelham est le dernier film de Basil Dearden, qui mourra tragiquement quelques mois après sa sortie dans un accident de la route – ce qui est d’une cruelle ironie au vu du point de départ du film. Il s’agit de la seconde adaptation de la nouvelle (publiée en 1940 et étendue en roman en 1957) The Strange Case of Mr Pelham d'Anthony Armstrong après celle réalisée par Hitchcock en 1955 dans le cadre de sa série Alfred Hitchcock présente. Le film marque pour Dearden un retour à un projet plus personnel après un passage par la grosse production qui l’aura vu signer les divertissants Khartoum (1966) et Assassinats en tous genre (1969). Roger Moore considérait sa prestation dans La Seconde Mort d’Harold Pelham comme la plus aboutie de sa carrière et cherchait à se moment là à sortir de l’image lisse de la série Le Saint qui avait fait sa gloire entre 1962 et 1969. Le récit est donc passionnant par ce thème de la dualité en questionnant la persona filmique de Moore, mais en s’inscrivant aussi pleinement dans la lignée d’œuvres précédentes de Dearden.
Loin de ses personnages de séducteurs passés et à venir, Moore campe ici un Harold Pelham austère et guindé. Le modèle de sa voiture, son allure vieillotte de gentleman en chapeau melon et parapluie, en font une figure masculine en décalage avec le monde qui l’entoure. Cela se joue aussi dans la sphère privée quand on comprendra qu’il n’est plus guère porté sur le sexe, au grand désarroi de sa femme Eve (Hildegarde Neil). Remis de son terrible accident, il comprend pourtant qu’un double inversé, m’as-tu-vu et jouisseur, arpente la ville et renverse la perception que l’on a de lui. Dearden sème l’ambiguïté presque jusqu’à la fin quant à l’explication, privilégiant l’étude de caractère au simple twist. Il avait cependant livré une partie de la clé lorsque, reprenant vie après un arrêt cardiaque sur la table d’opération, Pelham avait vu son pouls s’afficher en double sur les écrans, comme s’il n’était pas revenu seul. Dès lors cet autre « lui » relève-il de la schizophrénie où serait-il victime d’un doppelgänger ? Basil Dearden avait à plusieurs reprises exploré ce thème du personnage double. Les deux approches les plus marquantes avant Dirk Bogarde, acteur plus trouble et ambigu que Roger Moore, en tête d’affiche. The Mind Benders (1963) faisait ainsi, après une expérience scientifique, surgir le pan sombre de la personnalité d’un époux aimant et doux. Victim (1961) quant à lui montrait un père de famille sous la menace d’un chantage visant à révéler un pan caché de sa vie, son homosexualité. Chacun de ces films, sous les tourments du héros, laissait supposer que le drame avait d’une certaine manière libéré plutôt qu’infléchis une part secrète des personnages. Il en va de même dans La Seconde Mort d’Harold Pelham tant le double néfaste semble répondre en tout point aux manques de Pelham. Il profite des plaisirs que lui confèrent son statut social (troquant sa vieille Bentley pour une rutilante Lamborghini), voit ses vilénies professionnelles tourner dans son sens, et se montre enfin capable de satisfaire sa femme tout en ayant une jeune et jolie maîtresse (Olga Georges-Picot). Dearden moque ainsi une sorte d’idéal de mâle alpha alors très en vogue à ce moment, avec notamment un dialogue citant James Bond qui en est le plus éclatant représentant. Il y a une d’ailleurs une ironie mordante dans l’interprétation de Roger Moore et que n’aurait sans doute pas pu rendre Dirk Bogard, non par talent mais par passif filmique. Le spectateur verra forcément des relents de Simon Templar, du futur Brett Sinclair de la série Amicalement Votre (dont Basil Dearden réalisera quelques épisodes dont le pilote) et bien sûr de la manière dont il s’appropriera le personnage de James Bond en en faisant un dandy jouisseur et distancié. Le dédoublement, qu’il soit mental ou surnaturel, expose ainsi les penchants les plus extrêmes et négatifs entre l’aristocrate puritain et le séducteur ambitieux, comme deux miroirs complémentaires du capitalisme. Dearden fait progressivement glisser le récit dans la paranoïa et la folie, jusqu’à nous perdre dans notre perception des niveaux de réalité durant la dernière partie durant laquelle nous suivons les deux Pelham en montage alterné. La conclusion en livrant ses explications perd un peu de sa subtilité dans les effets psyché que se sent obligé d’inclure Dearden pour faire moderne, plutôt réussis formellement d’ailleurs mais qui surlignent inutilement le propos. Ces très légers reproches mis à part, on ne boudera pas son plaisir devant ce formidable thriller qui achève bien trop tôt la belle filmographie de Basil Dearden. Sorti en bluray français chez Studiocanal





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