Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

mardi 5 août 2014

Assaut - Assault on Precinct 13, John Carpenter (1976)


Pour sa première mission le lieutenant Bishop est chargé de surveiller un commissariat en voie de désaffectation à Anderson, les nouveaux locaux étant déplacés de quelques centaines de mètres. Non loin de là, un car transporte trois condamnés à mort, dont l’ennemi public numéro 1, Napoléon Wilson. Bientôt l’autobus pénitentiaire est contraint de s’arrêter à Anderson pour soigner un passager. Pendant ce temps, un père de famille Lawson, qui vient de venger l’assassinat de sa petite fille, trouve lui aussi refuge dans le commissariat, sous l’assaut d’un gang.

Dark Star (1974), premier essai semi-amateur, potache et plus œuvre collective que personnelle n’avait pas permis à John Carpenter de lancer réellement sa carrière de réalisateur. Il parvient néanmoins à convaincre la CKK Corporation, groupe d’investissement de Chicago de financer son vrai premier film professionnel. Ses rêves de western fondent malheureusement devant la maigre enveloppe de 100 000 dollars qui lui est accordé. Faute de signer un vrai western (rêve caressé mais finalement jamais accompli), Carpenter va en signer un masqué – comme de nombreuses fois durant sa carrière – en revisitant Rio Bravo (1959) dont il reprend le postulat dans un cadre contemporain et urbain. Ce sera Assaut avec son scénario reprenant l’idée du classique de Hawks pour un huis-clos où des personnages d’horizons différents vont devoir unir leur force en état de siège face à une menace extérieure.

Un commissariat désaffecté et en voie de transfert va ainsi se trouver assailli par un gang tandis qu’à l’intérieur, le lieutenant Bishop (Austin Stoker) va ainsi devoir faire confiance au criminel Napoléon Wilson (Darwin Johnston) pour repousser la menace. Avant d’en arriver là, Carpenter pose une atmosphère de sourde menace urbaine dans une longue introduction où toute sa maître s’impose déjà. Les membres du gang arpentent ainsi longuement un centre-ville désertique en quête d’une victime pour leurs représailles, le scope capturant leur errance avec ce même regard omniscient et incertain qui sera celui de Michael Myers dans a première partie d’Halloween

Carpenter illustre alors là pour la première fois sa vision du Mal, entité indistincte et omnisciente pouvant frapper à tout moment. Pour lui ce Mal n’a pas de visage et constitue une sorte de force brute, surnaturelle et indestructible dont on ne peut réchapper. On pense évidemment au masque sans émotion du tueur d’Halloween (1978), à la créature protéiforme de The Thing (1982) ou encore l’entité innommable de Prince des ténèbres (1987). 

Tout cela est déjà dans Assaut où Carpenter fait du gang une pure abstraction symbolisant ce mal. Tant qu’il fait encore jour, il leur donne certes des visages mais non seulement ils demeurent mutique et n’existe que par leurs actions néfastes mais surtout ils sont multiethniques ce qui est une pure aberration dans la réalité d la criminalité à LA (et un moyen pour Carpenter d’éviter les accusations de racisme s’il avait choisi une race précise ses méchants) et renforçant ainsi leur irréalité. La nuit venue ils sont réduits à l’état de silhouettes se fondant dans l’obscurité, avançant dans un mouvement unique tel des spectres rampant et sur lesquels les armes n’ont pas prise, chaque cadavre étant récupéré pour donner l’illusion de calme dans le quartier. D’ailleurs en plus de Rio Bravo une des grandes influences semble aussi être le western Quand les tambours s’arrêteront d’Hugo Fregonese dont le traitement préfigure grandement Assaut.

Si le Mal forme un bloc homogène et sans identité, le Bien se distingue par ses personnalités marqués. Le plus emblématique est bien évidemment Napoléon Wilson, détenu en transfert dont les aptitudes vont s’avérer précieuse. Carpenter en fait un sociopathe et extension exacerbée de sa propre personnalité annonçant le Snake Plissken de New York 1997 (1981). Tout comme lui sa réputation le précède, c’est un être taiseux et charismatique qui s’affirme dans l’action. 

Carpenter en fait cependant un être plus jovial et avenant que Snake avec cet humour à froid et les gimmick que constituent ses répliques (Got a smoke?), le rendant indéchiffrable pour son interlocuteur. Chacun des héros survit d’ailleurs en en affirmant son caractère (notamment Bishop assumant endossant la quasi aura de shérif et qui refusera de livrer la proie recherchée par le gang en symbole de la loi qu'il est) quand les moins attachant (cet agent d’accueil toisant Bishop d’un mépris que l’on suppose raciste à son arrivée) et courageux (la standardiste jouée par Nancy Kyes) disparaissent rapidement. 

L’économie de moyen de Carpenter sert à merveille leur interactions, que ce soit le respect voire l’amitié naissante des compagnons d’armes que sont Bishop et Wilson, mais aussi la romance sous-jacente entre Wilson et Leigh (Laurie Zimmer) tout en regard et dialogues à double sens. Le réalisateur réalise un pont idéal entre le pessimisme et la noirceur chère à ces 70’s désabusées (la cruelle mort de la fillette posant le danger de manière glaçante) et un classicisme assumé et célébrant l’American hero dans une incarnation revue et corrigée, un noir et un criminel (humanisé par ses actes et pas d’explication ou de psychologie vaseuse sur la nature de son crime) tenant le haut du pavé des John Wayne d’antan. Premier film et déjà un classique pour Carpenter qui passera inaperçu à sa sortie US mais rencontre un triomphe critique en Europe, synonyme du malentendu ayant cours tout au long de la carrière du réalisateur. 

 Sorti en dvd et blu ray chez Metropolitan

lundi 4 août 2014

L'Auberge du sixième bonheur - The Inn of the Sixth Happiness, Mark Robson (1958)

Dans les années 1930, une jeune gouvernante britannique tente en vain d'être envoyée en Chine comme missionnaire. Elle travaille donc à Londres en économisant petit à petit pour se payer son billet de train vers la Chine. Grâce à son patron, elle est attendue dans une auberge tenue par une vieille missionnaire dans la campagne retirée du nord de la Chine. Arrivée là-bas, elle gagne le respect des gens et devient inspecteur des pieds, pour surveiller que les pieds des petites filles ne soient plus bandés.

Le succès d'Anastasia (Anatole Litvak, 1956) avait permis à Ingrid Bergman de retrouver le succès et les faveurs d'Hollywood (Un second Oscar de la meilleur actrice à la clé et un Golden Globe) après une mise à l'écart de sept ans à cause de son union à scandale avec le réalisateur italien Roberto Rossellini. La star allait renouer pour un nouveau grand succès avec le producteur Buddy Adler dans cette Auberge du sixième bonheur. Le film est le biopic (adapté de l'ouvrage The Small Woman de Alan Burgess) de Gladys Aylward, missionnaire anglaise installée en Chine au début des années 30 et vraie icône locale pour les actions humanitaire qu'elle mena dans le pays dont un fameux exploit qui fit sa légende quand en 1938 elle guida cent orphelins chinois à travers les montagnes en pleine invasion japonaise. Ce destin pourtant suffisamment hors-norme passe à la moulinette hollywoodienne pour plus de romanesque avec le scénario aux choix discutable de Isobel Lennart.

Déjà le choix d'Ingrid Bergman cède à la volonté d'avoir une star attrayante, la blonde et grande actrice suédoise étant à l'opposé de la petite (d'où le titre de la biographie The Small Woman), brune et typiquement anglaise Gladys Aylward connue pour son accent cockney prononcé. Les longs mois de sacrifices et d'économie de Gladys Aylward pour rejoindre la Chine passe en une ellipse où on la voit vaguement travailler pour un patron bienveillant qui la recommandera à une amie installée dans le pays.

C'est à travers une même ellipse abusive que le long et périlleux voyage en transsibérien défile en un clin d'œil (quand en vérité du fait des relations compliquées entre la Russie et la Chine elle dû descendre bien avant l'arrivée et finir le voyage en partie à pied), le train l’amenant pile à destination sans autres difficultés. Enfin, le personnage vit une histoire d'amour avec chinois, enfin plutôt un eurasien joué par Curt Jürgens tandis que Robert Donat (pour ce qui sera son dernier rôle) grimé jouera un mandarin local pour bien céder à toutes les conventions possibles. Tous ses changements vaudront la colère de la vraie Gladys Aylward, aussi indignée par ses aménagements de la réalité que par le choix d'Ingrid Bergman sur laquelle elle pose le même regard moralisateur que l'opinion américaine pour son passé.

Pourtant une fois acquise toute ces facilités le film s'avère réellement prenant et réussi car réussissant à cerner le sens de la dévotion de Gladys Aylward grâce à la prestation habitée d'Ingrid Bergman. L'aspect toujours discutable d'un des objectifs des missionnaires visant à convertir les "âmes égarées" dans le christianisme est bien présent mais habilement contourné. Gladys a vécu en Angleterre une existence sans éclat de domestique mais a tout au long de cette période ressenti un appel vers l'ailleurs et plus précisément la Chine, une terre qu'elle fera tout pour rejoindre. Pourtant sa modeste condition sera un obstacle même pour cette âme dévouée, la mission chinoise anglaise refusant sa candidature car elle n'est pas "assez qualifiée".

Fixée à son objectif, elle rejoindra donc la Chine par ses propres moyens mais une fois sur place et après le décès de son mentor Jeannie Lawson (Athene Seyler) et là encore les autorités locales lui refuseront tout aide, sa mission étant vouée à l'échec car elle n'a pas assez d'expérience, elle n'est pas assez qualifiée. Gladys apparait ainsi comme une figure fragile mais déterminée d'abnégation, si convaincue de sa destinée qu'elle saura en convaincre les autres. La condescendance du missionnaire pensant "civiliser" les autochtones n'est pas la sienne car elle connaît ce type de mépris et comme le soulignera un dialogue, s'il y a une plaie à bander, des démunis à nourrir ou un enfant à soigner elle sera là et sans poursuivre d'objectifs qui la dépasse.

Cet humanisme désintéressé la verra adoptée rapidement par les chinois, lui faisant réussir les tâches impossible lui étant confiée pour la décourager comme lorsqu'elle sera nommée Inspecteur des pieds et traversera les villages pour convaincre les familles de mettre fin à la tradition de bander les pieds des jeunes filles. Ingrid Bergman incarne parfaitement cette image idéalisée de bienveillance et de gentillesse, le scénario évitant d'en faire une sainte en faisant passer souvent cela par l'humour. On sourit notamment à cette scène où elle adopte un bébé abandonné, Curt Jürgens lui reprochant son manque d'expérience en la matière pour découvrir en rentrant chez elles qu'elle a déjà fondé une petite famille d'enfant recueillis.

Même l'histoire d'amour décriée est finalement amenée pour humaniser le personnage. C'est une humanisation mutuelle d'ailleurs, Curt Jürgens s'étant fermé à tout émotion pour se dévouer à sa tâche militaire va se trouver ébranlé peu à peu dans sa froideur par l'énergie d'Ingrid Bergman. Elle aussi oubliant qu'elle reste une femme avec des désirs et sentiments au-delà de sa mission s'affirmera peu à peu dans sa féminité, acquérant beauté aux yeux de Jürgens qui la verra autrement. Cette beauté supposé se révéler progressivement est un beau thème aussi même si très relatif avec une actrice aussi avenante qu'Ingrid Bergman.

Néanmoins malgré l'entorse à la réalité la romance parvient à être touchante quand chacun dépasse le rôle qu'il s'est donné pour s'ouvrir à l'autre. Le havre de paix se voit souillé par l'arrivée de la guerre, Mark Robson étant plus inspiré pour faire craindre la menace des japonais que pour l'exprimer, les scènes de bombardements étant assez convenues alors qu'on tremble vraiment lors de la longue et harassante marche finale. L'exotisme factice du film pointe aussi avec ses intérieurs studios criards et ses extérieurs filmés au Pays de Galles donc on repassera pour le dépaysement sans compter que tout le monde parle anglais (mais avec une idée narrative intelligente pour le justifier et se passer de sous-titres). Malgré les scories un joli film donc qui sera un des grands succès commerciaux de 1958.

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

samedi 2 août 2014

Le Sens du Devoir 2 - Yes, Madam / In The Line Of Duty 2, Corey Yuen (1985)


Un espion britannique est abattu afin de récupérer un microfilm. Suite à un imbroglio avec une bande d'escrocs du dimanche, ce dernier est perdu. Des tueurs vont alors tout faire pour le retrouver, en affrontant le tandem policier de choc que sont Cynthia Rothrock et Michelle Yeoh.

Yes, Madam est le deuxième volet de la saga d’action Le Sens du Devoir après un Royal Warriors (1986) bien qu’il soit chronologiquement tourné avant. La distribution internationale ayant décidé d’en faire une série à partir du troisième épisode les deux premiers films furent donc associés à un ensemble, chose facilité par les particularités de la production hongkongaise où les stars jouent des personnages portant leur propre prénom. Du coup Michelle Yeoh jouant un flic dans les deux films, facile d’en faire artificiellement une suite d’autant que le cocktail de fusillades et d’action extravagante est tout autant respecté dans Le Sens du Devoir 2.

Cette fois l’intrigue est un chassé-croisé entre Michelle Yeoh et un trio d’escroc à la petite semaine, ces derniers ayant dérobé par inadvertance un microfilm appartenant à un parrain de la mafia. Si Royal Warriors était très succinctement parsemé de moment de comédie et s’avérait avant tout un polar hard-boiled très sombre, Yes Madam donne dans un mélange des genres assez anarchique et typique de la série B hongkongaise. Toutes les scènes mettant en scène le trio de voleur maladroit (dont le plus roublard des trois est joué de façon assez déjanté par Tsui Hark en roue libre) donnent donc dans la comédie cantonaise la plus grasse ce qui pourra faire fuir les plus allergiques au genre. Les trois personnages sont cependant très attachants et c’est dans ces moments farfelus qu’ils se construisent même si la lourdeur de l’humour peut franchement lasser et que leur omniprésence met un peu trop Michelle Yeoh de côté.

 Le quota d’action s’avère cependant si nerveux et virtuose que l’on pardonne un peu ces errements comiques. Parallèlement aux facéties de nos trois pieds nickelés, Michelle Yeoh mène donc l’enquête associée à un flic de Scotland Yard joué par Cynthia Rothrock. Celle-ci est une championne d’arts martiaux multi récompensée dans de nombreuses disciplines et qui vint faire carrière dans les années 80 dans la production de Hong Kong et qui trouve son premier rôle dan Yes, Madam. Elle forme un duo de choc avec Michelle Yeoh, les deux rivalisant d’attitude bad ass exacerbée. 

Michelle Yeoh fait sensation lors d’une scène d’ouverture où elle déjoue un gang de braqueur dans un festival de tôle froissée et de coup de feu, multipliant les poses héroïque dont un final qui rejoue même la mythique scène de monologue du Magnum 357 de Dirty Harry (avec une issue plus sanglante). Elle est pourtant la plus flegmatique et réfléchie des deux quand Cynthia Rothrock incarne un véritable bulldozer qui tire/cogne avant de discuter, à l’image d’une mémorable première apparition où un malfrat  inconscient tente de la prendre en otage et s’en voit sévèrement puni. On pense aussi à une scène d’interrogatoire des plus musclée.

Royal Warriors était un vrai bon film rondement mené et prenant quand ici malheureusement on est vraiment dans la grosse série B ou l’on attend impatiemment la prochaine scène de castagne sans trop s’intéresser à l’histoire (plus à cause du ton que de la trame qui se tient assez bien). L’amateur d’adrénaline sera néanmoins plus que récompensé avec un morceau de bravoure final dantesque où Michelle Yeoh et Cynthia Rothrock investissent la demeure du méchant pour un combat à deux contre cinquante truffées de cascade périlleuse et de coups qui font mal, le chorégraphe réalisateur Corey Yuen s’y entendant pour mettre en valeur les capacités dévastatrices de ses héroïnes. 

Un épisode moins essentiel  donc sorti de la baston agrémenté en plus une conclusion étonnamment sombre comparé au reste et preuve du manque de continuité de l’ensemble. Michelle Yeoh bientôt mariée délaissera momentanément les plateaux et laissera sa place sur la série à Cynthia Khan dans le troisième volet.

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan