Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 20 avril 2012

L'Étrange Noël de Monsieur Jack - Tim Burton's The Nightmare Before Christmas, Henry Selick (1993)

Un univers, Jack Skellington, un épouvantail squelettoïde surnommé « le Roi des citrouilles » (Pumpkin King en version originale), vit dans la ville d'Halloween. Mais le terrible épouvantail, lassé de cette vie répétitive et monotone, décide de partir. C'est alors qu'il découvre la ville de Noël. Après cette aventure, il revient chez lui, avec une idée originale en tête : et si cette année, c'étaient les habitants de la ville d'Halloween qui allaient fêter Noël ?

The Nightmare Before Christmas, c’est en quelque sorte le retour du fils prodigue Burton dans le giron de Disney. Un retour qui se fait tout d’abord pour des raisons juridiques puisque le poème de Burton qui inspirera le film fut écrit à l’époque où il était chez Disney et est donc la propriété du studio. Point de complication cependant, Burton ayant changé de dimension entre-temps avec les succès des Batman et la reconnaissance critique d’Edward aux mains d’argent. Au contraire, Disney lui déroule le tapis rouge pour donner vie à sa vision avec un budget de 18 millions de dollars et une totale liberté artistique. Pas mal pour celui qui fit face à l’incompréhension une décennie plus tôt. L'Étrange Noël de monsieur Jack emprunte la forme du conte de Noël pour une nouvelle fois exprimer ce thème burtonien en diable qu’est l’incompatibilité des êtres marginaux avec le monde normal. La séparation est même ici clairement marquée avec la coexistence entre le foisonnant et horrifique univers d’Halloween et celui plus paisible et coloré de Noël. Grand maître de cérémonie d’Halloween, il est cependant las de cette existence répétitive et retrouvera l’inspiration en découvrant la fête de Noël qu’il va s’approprier.

On sent le chemin parcouru par Burton depuis Vincent (sublime premier court-métrage croisant hommage à Vincent Price et récit autobiographique de sa propre solitude) où tout le visuel ne naissait que de l’emprunt revisité par le prisme de sa propre personnalité. Burton a ainsi pu longuement penser le projet qui date du début des années 80 et qu’il conçoit visuellement avec son fidèle collaborateur et directeur artistique Rick Heinrichs (déjà de l’aventure sur Vincent) pour un univers qui ne cessera de prendre de l’ampleur au fil de l’intérêt croissant de Disney. Au départ prévu comme un simple court métrage animé destiné à la télévision, L'Étrange Noël de monsieur Jack deviendra finalement le monstre que l’on sait. Burton crée ici sa propre mythologie et imagerie où se croisent figures du folklore populaire classique comme le Père Noël et le Boogey Man (soit le croquemitaine ici rebaptisé Oogie Boogie) avec son Jack Skellington appelé à endosser le même statut.

Le gothique hiératique de Vincent, des Batman, en partie d’Edward aux mains d’argent se laisse déborder par la folie contagieuse d’un Beetlejuice. Jack Skellington emprunte d’ailleurs la mélancolie et la solitude d’un Edward avec la furie anarchique de Beetlejuice. Le monde d’Halloween donne donc une folie, une énergie et finalement une joie de vivre contrebalançant avec les figures horrifiques qu’il abrite : vampires, goules, savants fous et loups-garous y festoient donc joyeusement. A l’opposé, le monde des humains y paraît bien timoré avec ces petites têtes blondes apeurées par les cadeaux macabres offerts par ce drôle de Père Noël qu’est Jack Skellington. Il faut également saluer l’apport trop sous-estimé d’Henry Selick.

Contrairement à l’idée reçue, Burton, trop pris par le tournage de Batman, le défi (et de son propre aveux trop impatient pour le laborieux processus qu’est un tournage en stop-motion) n’a absolument pas réalisé le film mais juste conçu l’aspect visuel et la trame générale. Et finalement, si la patte de Burton est évidemment bien visible, on peut néanmoins situer une différence. La grande faiblesse du réalisateur a toujours été sa piètre capacité à dynamiser sa mise en scène alors qu’il excelle à soigner ses cadres, à mettre en valeur un décor. Beetlejuice doit plus sa folie aux idées du script et à la prestation furieuse de Michael Keaton qu’à la réalisation de Burton.

Les scènes d’actions des deux Batman sont particulièrement laborieuses et ne fonctionnent que par l’apparat visuel qui les entoure ainsi que le charisme des méchants. Rien de tout cela ici avec un Selick déployant un souffle et une énergie de tous les instants, notamment une étourdissante entrée en matière nous plongeant dans l’animation d’Halloween et l’engouement de ses participants. La différence avec le monde plus posé des humains naîtra de cette opposition avec en point d’orgue une confrontation déjantée lorsque Jack endossera pour le pire (et pour le rire) le rôle du Père Noël. Il faudra le récent et très réussi Coraline (2009) où l’on retrouve de nombreux motifs de L'Étrange Noël de monsieur Jack pour que justice soit rendue à Selick.

Danny Elfman, investi comme jamais dans l’entreprise, fait preuve d’une créativité sans faille. En pleine ébullition créatrice, le compositeur alimente constamment la bande-son de nouvelles chansons qui obligent Selick à revoir fréquemment ses plans de tournage, ce qui créera quelques frictions avec Burton. Les deux amis en ressortiront brouillés pour un temps mais c’est bien Elfman qui avait raison tant ses chansons rendent la narration fluide, s’intègrent parfaitement à la mise en scène et son surtout de grandes compositions destinées à devenir des classiques tel ce somptueux Jack’s Lament d’ouverture.

Burton au final respectait également l’esprit de Noël puisque derrière son constat récurrent (l’impossible cohabitation des marginaux et des normaux), l’amour était néanmoins au bout du chemin avec cette belle romance entre Jack et Sally (le superbe doublage de Chris Sarandon et Catherine O'Hara est à saluer). On est loin de la résignation poétique d’Edward aux mains d’argent, Jack se nourrissant même de l’aventure pour un regain d’inspiration. Les premiers signes d’une ouverture qui sera manifeste dans l’incursion suivante de Burton dans l’animation, le moins réussi Les Noces Funèbres.

Sortie en dvd zone 2 français chez Disney


jeudi 19 avril 2012

L'Ange du Mal - Vallanzasca, Gli angeli del male, Michele Placido (2010)


Un premier crime à l’âge de 9 ans, une réputation d’envergure à 27 ans. Le gangster Renato Vallanzasca défraie la chronique en Italie. Son charme et son humour gagnent le cœur de la plupart des Italiens, malgré les violences commises par son gang. Arrêté à maintes reprises et aujourd’hui condamné à une quadruple perpétuité, celui qu’on surnomme "l’Ange du mal" s’est joué des institutions pénitentiaires et a créé sa propre légende.

En nette baisse qualitative avec le ralentissement d’activité des grands réalisateurs de son âge d’or (Risi, Comencini, Scola…) et la mainmise de la télévision sur le système de production, le cinéma italien a retrouvé des couleurs tout au long des années 2000. Cette renaissance eut cours lorsque les cinéastes italiens décidèrent de ramener la politique au centre de leurs préoccupations. Le mouvement se fit notamment en se penchant sur le passé et plus précisément sur les « années de plomb » qui virent le pays vivre au rythme des attentats, prises d’otages et revendications des extrêmes de tous bords dans les années 70. Tout comme les réalisateurs de l’époque avaient situé certains de leur film durant le fascisme mussolinien pour répondre aux maux contemporains (Le Jardin des Finzi-Contini de De Sica, Liberté mon amour de Bolognini, Un journée particulière de Scola…), ceux des années 2000 sont revenus à leur tour à ces années de plomb en réaction à la politique de Berlusconi.

Cela donna des films passionnants comme Buongiorno Note, Mon frère est fils unique ou encore la fresque Nos meilleures années. Parmi cette vague, Romanzo Criminale et Le Rêve italien de Michele Placido tiennent une place essentielle. Le premier montrait comment l’ambition de petites frappes romaines croisait les soubresauts extrémistes d’alors tandis que le second (en partie autobiographique) s’attardait sur la montée de la rébellion étudiante qui allait mener certains vers des chemins plus violents.

Le nouveau film de Placido semble donc s’inscrire dans cette veine mais pas tout à fait. L'Ange du mal est le biopic de Renato Vallanzasca, fameux gangster italien qui sema la terreur dans le pays durant quelques mois en 1976. Sorte d’équivalent transalpin à notre Mesrine, Vallanzasca était lui aussi fortement attiré par les sirènes médiatiques et devint une sorte d’icône une fois emprisonné lorsque son visage fut connu de tous. Kim Rossi Stuart (déjà dans Romanzo Criminale et ici co-scénariste) en propose une excellente interprétation exprimant bien la dualité mi-ange mi-démon qu’on lui prête, l’humour et la séduction constante qu'il dégage s'opposant à une détermination sans faille et une violence sans états d’âme dans ses entreprises criminelles. Le script n’est pas particulièrement novateur ou inventif dans sa construction mais Placido, par quelques nuances et partis pris intéressants, lui confère une identité propre.

La forme de L’Ange du Mal est ainsi totalement au service du narcissisme de son héros. Pour retranscrire la frénésie qui accompagne l'odyssée criminelle de Vallanzasca (qui s'étale sur quelque mois à peine), Placido adopte volontairement un rythme saccadé et frénétique. On se perd dans un tourbillon de braquages, d'enlèvements et de fusillades sanglantes. Les acolytes et ennemis sont en retrait sans être négligés pour autant (l’amitié avec Turatello), les policiers ne sont que des silhouettes dans la fuite en avant d’un Vallanzasca ne jetant jamais un regard en arrière, vivant dans l’instant.

Si la facette politique de Romanzo Criminale est clairement absente, cette violence décomplexée et naturelle véhiculée par Vallanzaca et sa bande se pose en parfait miroir de cette époque (l’épisode de l’enlèvement) où sévissait les Brigade rouges. La deuxième partie plus introspective avec son héros désormais emprisonné est du même ordre, l’adrénaline des braquages étant remplacée par la quête de notoriété et le jeu avec les médias. Le regret et la mélancolie pointent certes, mais c’est toujours la personnalité flamboyante de Vallanzasca qui surnage dans la vision de Placido qui interrompt judicieusement son récit au moment où celle-ci sera sans doute brisée de manière définitive par une ultime arrestation.

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side

mercredi 18 avril 2012

La Vie facile - Easy Leaving, Mitchell Leisen (1937)


Au cours d'une dispute conjugale, un banquier milliardaire et coléreux jette la veste de zibeline de sa femme par-dessus le balcon de sa luxueuse demeure. Le manteau atterrit sur Mary, une jeune employée pauvre et honnête qui passait par là. Cette dernière cherche à le restituer mais Mr Ball, bon prince, lui offre et l'accompagne en voiture chez un modiste de luxe. Aussitôt les gens jasent et les malentendus s'accumulent joyeusement.

Easy Living est une screwball comedy des plus furieuses et inventive où s'annoncent déjà le sens du chaos et l'hystérie des futures réalisations de Preston Sturges. Celui-ci signait là le premier scénario du contrat qui le liait alors à la Paramount, remaniant de fond en comble une histoire à l'origine écrite par Vera Caspary. Le exécutifs du studio gouteront peu ton survolté de son script et malin Sturges le délivrera en main propre à Mitchell Leisen qui séduit lance aussitôt la production du film, les deux hommes signant ensemble plus tard le beau mélo Remember the night.

Comme pas mal de grandes comédies de l'époque (Les Invités de huit heures de Cukor, Mon homme Godfrey de Gregory La Cava), Easy Living est un film où sous la légèreté plane le spectre de la crise des financière des années 30 (et sans doute ce qui reste de plus significatif du premier jet de Vera Caspary qui vécut durement cette période-là). Tous les traits d'humour et rebondissements reposent donc sur la condition financière apparente ou supposée des personnages et ce dès l'entrée en matière hystérique. Le richissime banquier J.B. Ball (Edward Arnold) y arpente furibard sa luxueuse demeure en hurlant après domestique, femme et enfant sur le gaspillage qu'il constate de toute part.

C'est une de ses colères qui lance l'intrigue lorsqu'il jette par la fenêtre une fourrure hors de prix acheté par son épouse. Le manteau tombe sur la tête de Mary Smith (Jean Arthur) une modeste employée passant par là. Celle-ci s'empresse de venir le rendre mais Ball trop heureux du mauvais tour joué à sa femme l'enjoint à le garder et lui achète même un chapeau dans une boutique de luxe. Dès lors l'entourage suspecte une liaison entre eux ce qui va entraîner une drôle de réaction en chaîne...

Le film est propice à de grands numéros comiques et de charme des attractions principales du casting, Edward Arnold et Jean Arthur. Le premier signe une prestation bougonne et colérique absolument déjantée, entre son phrasé mitraillette, son timbre de stentor et ses manières d'ours mal léché est aussi imposant qu'attachant. Quant à Jean Arthur elle demeure la star hollywoodienne la plus attachante et au charme le plus contagieux. Elle est ici à croquer en jeune écervelée au caractère bien trempé et enchante de bout en bout par sa candeur irrésistible.

L'intrigue prend en effet un tour délicieusement scabreux quand divers personnages supposant sa liaison avec le puissant banquier lui propose cadeau et avantages de plus en plus extravagants en échange de faveur sans qu'elle ne se doute de rien. Le plus insistant est le propriétaire d'hôtel en faillite Louis Louis (Luis Alberni tout aussi excité que ses collègues, les déboires de son personnage s'inspirant du réel flop des Waldorf Towers au moment de leur ouverture à l'époque ) pour une série de quiproquos tordants.

On sent vraiment l'influence de Sturges que ce soit le jeu à la fois comique et tragique sur la condition difficile de Jean Arthur (lorsqu'elle cherche un sous pour s'acheter de quoi manger) qui annonce Les Voyages de Sullivan mais aussi les dérapages incontrôlés où le chaos est en marche comme ce restaurant qui finit dévasté ou encore le final dans la banque et là c'est notamment la folle séquence des chasseurs en train de The Palm Beach Story qui vient en tête.

Sous ce déchaînement parvient à se glisser une bien jolie histoire d'amour entre les attentes complémentaires de celui qui se cherche une carrière (Ray Milland excellent en fils à papa perdu) et celle qui se cherche une vie (Jean Arthur) l'alchimie entre fonctionnant idéalement en quelques séquences tendres et amusantes (le baiser sur le canapé et le petit regard de Jean Arthur qui suit toute résistance est inutile, le gag de la baignoire géante). Un souffle de fantaisie et d'humour qui fait un bien fou.

Sorti en dvd zone 1 chez Universal et doté de sous-titres français


mardi 17 avril 2012

La Bataille des Thermopyles - The 300 Spartans, Rudolph Maté (1962)


La Bataille des Thermopyles relate la Bataille des Thermopyles (480 av. J.-C.) qui vit 300 soldats spartiates, dirigés par le roi grec Léonidas, défendre le territoire grec contre les hordes perses de 1 000 000 de combattants. La défense héroïque des Spartiates permit aux Grecs de reconstituer une armée pour repousser les Perses. La bravoure, la loyauté et détermination des Spartiates sont les qualités soulignées par le récit.

La Bataille des Thermopyles est pour un bon moment désormais dans l’inconscient collectif associé à la vision discutable et réactionnaire du comics de Frank Miller 300 et de l’adaptation à succès qu’en tira Zack Snyder. Hollywood alors en pleine vague péplum proposa pourtant une assez remarquable et différente version au début des années 60 avec le film de Rudolph Maté. Si la bataille en elle-même fut peu abordé au cinéma , d'autres oeuvres s'attachèrent à dépeindre cette période des Guerres Médiques comme La Bataille de Marathon (1959) de Jacques Tourneur.

Ici, Maté prend le temps de dépeindre le contexte géopolitique, d'exposer les forces en présence (Grèce en infériorité, armée Perses monstrueuse) et les conflits qui les déchirent (Grèce difficilement unie, notable de Sparte préférant l'isolationnisme) tout en esquissant l'aura mythique qui entourent les spartiates. Considérés comme des dieux de la guerre dans toute la Grèce, respecté et craint de tous, ils s'avèrent la seule solution possible à une victoire ou du moins une résistance crédible.

Cet aspect politique se croisant à une dimension plus mythologique est parfaitement incarné par les acteurs, Ralph Richardson en politicien calculateur contrebalançant avec la prestation habitée dAnna Synodinou en Reine de Sparte. Dans cet équilibre idéal en grandeur et ambition bien humaine, la sous intrigue qui voit le parcours d'un jeune spartiate déchu laver son honneur au combat aidé de son amour semble déplacée et niaise, constituant la seule lourdeur du film, et la seule privilégiant un destin individuel.

En effet, le film tend plutôt à sublimer le symbole d'unité que constitue l'armée spartiate face au division diverse, la seule capable de faire face à l'ennemi. Spectaculaires, stratégiques les impressionnantes scènes de batailles où les troupes perses en surnombres sont décimées par les 300 spartiates définit clairement ceux-ci comme de véritable surhommes, génies de l'art de la guerre. Les différentes astuces pour gérer la manœuvre et vaincre malgré leur infériorité numérique sont excellentes et constamment inventives.

La réalisation de Maté (brillant directeur photo reconverti avec une certaine réussite à la mise en scène) illustre de manière idéale les batailles en privilégiant l'aspect d’entité collective de l'armée spartiate parfaitement coordonnées, regroupée et solidaire. Le brio à dépeindre cet aspect revient aux choix intelligents de la production. Tourné en Grèce sur l'impressionnant site de Marathon, l'armée grecque est sollicitée à la figuration mais également le Major grec Cléanthis Damianos parfaitement érudit sur les manoeuvres de combats de spartiates et qui s'avéra un conseiller précieux pour un résultat brillant à l'écran.

Le fait que Richard Egan manque un peu de charisme en Leonidas (on est loin du Gerard Butler hurleur et débordant de testostérone de 300) s'avère donc idéal puisque malgré son statut de chef, il ne s’impose pas et se fond parfaitement dans cette notion de collectif. Une notion qui prend tout son sens lors du final où une fois mort ses troupes défendent sa dépouille avec une hargne légendaire, protégeant leur chef dans leur impénétrable phalange. Le souffle épique est tel que même en connaissant l’issue, l'assaut final désespéré laisse croire un instant qu'ils ont une chance, la fin tragique sous les flèches ennemies constituant un sommet d'héroïsme pour cet Alamo antique.

Parmi les quelques réserves, on aura un David Farrar qui contrebalance la fadeur d’Egan par un jeu trop excessif en Xerxès (même si une nouvelle fois comparé à 300 cela parait bien sobre mais les élans comic book de ce dernier autorisait plus les débordements), l'armée des Immortels qui aurait pu être plus impressionnante, et la traitrise qui cause la défaite est assez maladroitement amenée. Sinon un beau péplum méconnu et une galvanisante ode au courage toujours aussi efficace.
Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

lundi 16 avril 2012

Le Médaillon - The Locket, John Brahm (1946)


Au cours d'une réception donnée en l'honneur de sa future femme Nancy (Laraine Day), John (Gene Raymond) reçoit la visite impromptue du docteur Blair (Brian Aherne) qui lui révèle que Nancy a été sa femme et qu'elle souffre de troubles psychiques. Peu de temps après son mariage, le docteur Blair avait lui-même reçu la visite d'un ancien amant de Nancy, qui lui avait affirmé que celle-ci était coupable d'un meurtre, et à l'instar de John, il avait refusé de croire que Nancy n'était pas aussi angélique qu'elle aimait le faire croire...

The Locket se situe dans la vague psychanalytique et labyrinthique qui dominait le film noir à l'époque à travers des films comme La Maison du Docteur Edwards ou Laura. John Brahm signe même un des fleurons du genre par son brio narratif et son atmosphère unique. Le film s'ouvre sur les célébrations du mariage à venir entre Nancy (Laraine Day) et John (Gene Raymond). Tout est fait pour donner les attraits les plus charmants à la future mariée, que ce soit sa beauté simple et sa modestie ou encore la sincère admiration que lui vouent tous les convives en place homme et femme. Ces choix n'en rendront que plus troublants l'image d'elle qui nous sera renvoyée lorsqu'un mystérieux visiteur (Brian Aherne) rapporte au fiancé le passé qui le lie à Nancy. Si l'usage du flashback est typique du film noir des 40's, il prend là un tour nettement plus alambiqués tout en restant parfaitement limpide pour le spectateur. Dans un premier temps le premier retour en arrière de Brian Aherne prend un tour très elliptique, visuellement très commun pour narrer sa rencontre et ses premières semaines de mariage heureux avec Nancy. C'est après que les choses se compliquent quand intervient le personnage de Robert Mitchum pour réitérer la situation de départ dans le flashback et rapporter son passé tumultueux avec Nancy.

Pour ce flashback dans le flashback Brahm déploie cette fois de multiples effets visuels pour appuyer le côté psychanalytique et rêvée de la confession (se déroulant dans le cabinet de Aherne qui est donc psychiatre) : un mouvement de caméra vers le visage de Mitchum tandis que le décor s'obscurcit autour de lui pour mieux nous enfouir dans le souvenir tandis que l'on découvre la nature sulfureuse de l'avenante Nancy qui va s'avérer kleptomane et meurtrière. L'atmosphère est déjà nettement plus trouble dans ce second flashback où la photo gagne en sophistication au fil de la montée de la suspicion de Mitchum envers Nancy notamment cet échange tendu après qu'il ait découvert son premier vol. Là le script de Sheridan Gibney s'offre une nouvelle audace en insérant un troisième flashback sur l'enfance de Nancy délivrant les origines de son trouble.

Là on plonge pour de bon dans le pur onirisme et le royaume des peurs et frustration enfantine à travers la symbolique du médaillon (déjà amorcée dans le second flashback et le tableau jouant sur la nature double de Nancy avec l'association à Cassandre qui donne les clés de l'intrigue), le jeu sur les contre-plongées où Nancy fillette fait face au la suspicion et cruauté des adultes. L'atmosphère est déjà nettement plus trouble dans ce second flashback où la photo gagne en sophistication au fil de la montée de la suspicion de Mitchum envers Nancy notamment cet échange tendu après qu'il ait découvert son premier vol. Là le script de Sheridan Gibney s'offre une nouvelle audace en insérant un troisième flashback sur l'enfance de Nancy délivrant les origines de son trouble. Là on plonge pour de bon dans le pur onirisme et le royaume des peurs et frustration enfantine à travers la symbolique du médaillon (déjà amorcée dans le second flashback et le tableau jouant sur la nature double de Nancy), le jeu sur les contre-plongées où Nancy fillette fait face à la suspicion et cruauté des adultes.

Après ce tour de force narratif, Brahm atténue ses artifices puisqu'il a réussi à désormais instaurer la paranoïa au sein d'une imagerie plus classique. Les scènes chocs n'en sont que plus inattendues comme une scène de suicide saisissantes ou encore le moment où Brian Ahern découvre à son tour le vrai visage de celle qu'il aime avec une transition mémorable où Brahm fait un usage brillant de ce si perturbant tableau qui hante le film. Laraine Day offre une prestation troublante, aux antipodes de de la femme fatale classique. Dépassée par sa nature et manipulatrice à la fois, elle dissimule parfaitement cette ambiguïté derrière un masque charmeur et bienveillant d'autant plus trouble lorsqu'il se lézarde et laisse entrevoir les fêlures de Nancy.

Robert Mitchum est excellent également et le flashback qui l'inclue est le plus captivant de tous. Après avoir semé le doute en ne dévoilant les mauvais penchants de Nancy qu'au travers des souvenirs des autres, Brahm les révèle au grand jour dans un final grandiose se déploie toute sa virtuosité : bande-son surchargée, caméra au mouvement incertain, fondus enchaînés et transparence en forme de précipices, du grand art rehaussé par une Laraine Day plus perturbée que jamais. On regrettera juste le final un chouïa trop explicatif alors que les images ont tout dit mais ça n'en demeure pas moins un sacré film.

Uniquement disponible en dvd zone 2 anglais dépourvu de sous-titres

dimanche 15 avril 2012

Captain America : The First Avenger - Joe Johnston (2011)


Steve Rogers, frêle et timide, se porte volontaire pour participer à un programme expérimental qui va le transformer en un Super Soldat connu sous le nom de Captain America. Allié à Bucky Barnes et Peggy Carter, il sera confronté à la diabolique organisation HYDRA dirigée par le redoutable Red Skull.

Captain America, créé en 1941 dans la foulée du succès de Superman, fut un des tout premiers super-héros. Tout comme Superman également, sa période de création l’amena au-delà de la simple figure de héros de comics pour en faire une sorte de symbole. Symbole patriotique bien évidemment, avec pareil nom et costume, mais surtout la figure de l’américain moyen courageux et fier, prêt à donner le meilleur de lui-même pour se dresser face à toute forme d’oppression. C’est cet esprit que cherche à capter Joe Johnston avec ce qui est sans doute la meilleure production des Studio Marvel à ce jour.

Un des grands atouts de Captain America est la volonté de Johnston de faire un « vrai » film, et pas un véhicule supplémentaire préparant le futur film The Avengers, censé réunir Iron Man, Thor, Hulk et donc Captain America. Le laborieux Iron Man 2 avait grandement souffert de cette volonté de continuité entre les films pour au final ne pas raconter grand-chose, ne tenant au fond que par le charisme de Robert Downey jr. Thorquant à lui, cédait à la facilité en instaurant des séquences terriennes poussives alors que le shakespearien Branagh déployait toute sa grandiloquence dans les passages en Asgard.

Si le lecteur de comics et celui qui a vu l’ensemble des productions Marvel repérera les éléments de continuité, ils ne parasitent pas le film, qui existe donc par lui-même. L’intrigue entière se déroule donc dans cette Amérique va-t-en guerre des années 40, où tout jeune homme ne rêve que de la gloire des combats où il pourra affronter l’ennemi nazi. Le plus déterminé d‘entre eux semble être Steve Rogers, dont le physique malingre est à première vue un frein sérieux, tandis que sa noblesse d’âme en fait le soldat parfait, altruiste et courageux.

Le script parvient merveilleusement à faire passer son patriotisme en l’incarnant dans ce héros fort et fragile qui connaît la valeur du pouvoir qui lui est donné et le met au service de la justice. Cet esprit naïf de l’âge d’or des comics passe merveilleusement dans la prestation de Chris Evans, et le film prolonge cet aspect americana lumineux et positif. Johnston avait déjà donné dans l’esthétique pulp 40’s avec son sympathique Rocketeer (1991), et c’est le même charme qui se déploie ici, avec une belle reconstitution et des échanges piquants entre Chris Evans et sa dulcinée.

L’interprétation est solide, notamment Tommy Lee Jones, toujours impeccable, et Hugo Weaving, méchant parfait en Crane Rouge. Contrairement aux autres productions Marvel, plutôt pingre en la matière, les morceaux de bravoures sont nombreux et variés (même si trop elliptiques pour certains), toujours vecteurs d’émotions, comme le premier grand sauvetage de Cap’ et la très belle scène finale (faisant étrangement songer à l’ouverture d’Une Question de Vie ou de Mort de Powell/Pressburger). Un divertissement humble, généreux et trépidant.

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount

vendredi 13 avril 2012

Highly Dangerous - Roy Ward Baker (1950)


Un film d'espionnage aussi fantaisiste qu'efficace que ce Highly Dangerous . Margaret Lockwood est ici une entomologiste que les services secrets britanniques envoient dans un pays de l'est pour étudier les insectes d'un laboratoire local soupçonnés d'être modifié génétiquement pour une attaque biologique. A partir de ce pitch nous sommes partis pour 85 minutes trépidantes, inventives et bourrées de rebondissements inventifs. Au départ avec cette scientifique sérieuse on a le sentiment que Margaret Lockwood délaisse les rôles piquant qui ont fait sa renommée mais quelques indices laissent poindre que ce ne sera pas tout à fait le cas. Elle refuse la mission qui lui est proposée dans un premier temps mais le script révèle les lubies de cette femme rangée lorsqu'on nous la montre surexcitée au volant par un serial radio d'espionnage qu'elle écoute pour le narrer à son neveu avec moult détails.

On ne s'embarrasse pas trop de réalisme (pas de formation au terrain, un rapide briefing et elle est dans l'avion) et on se trouve déjà dans cette république totalitaire hostile. Roy Ward Baker instaure d'emblée une atmosphère oppressante notamment lors de l'arrivée de Margaret Lockwood (dont le jeu anxieux fait merveille) à la gare où la photo de Reginald H. Wyer joue superbement sur les ombres pour y rendre la moindre silhouette menaçante.

Autre atout de taille, Marius Goring grimé et bien vieilli qui campe un mémorable méchant avec ce chef de police à la bonhomie de façade et assez redoutable et perspicace. Le début voit le piège se refermer sur Margaret Lockwood dont le contact est rapidement tué et qui se retrouve aux mains de la police locale. On aura droit à une éprouvante scène d'interrogatoire (ou le montage percutant d'Alfred Roome fait merveille pour traduire la confusion de l'héroïne) avant qu'un étonnant rebondissement nous emmène dans une direction inattendue.

Soumise à un sérum de vérité, Margaret Lockwood pour ne rien révéler se réfugie dans son inconscient et fusionne sa personnalité avec celle du héros radio qu'elle écoutait au début (ce qui est annoncé subtilement précédemment lorsqu'elle choisit Frances "Conway" comme couverture soit le même nom que le personnage radio). Stupéfaction alors notre frêle et fragile héroïne se métamorphose pendant près d'une demi-heure en quasi barbouze totalement casse-cou laissant son seul allié le journaliste Bill Casey (Dane Clarke) complètement dépassé.

Totalement fantaisiste sur le papier, l'argument fonctionne parfaitement à l'image grâce à l'efficacité et au rythme soutenu qu'instaure Baker ne nous laissant pas réfléchir à l'improbabilité de la chose. Margaret Lockwood est excellente pour exprimer ce basculement passant de la fébrilité apeurée à la détermination sans faille et comiquement on a parfois l'impression que c'est Dane Clarke qui remplit le cliché de figure "féminine" peinant à suivre le héros énergique (même si les choses rentrent un peu plus dans l'ordre sur la toute fin). Le suspense est redoutable et les péripéties variées notamment une traque finale en forêt des plus palpitante et une fuite finale des plus fine. On sentait déjà le savoir-faire de Roy Ward Baker dont c'est un des premiers films et qui serait un touche à tous des plus doué du cinéma britannique notamment au sein de la Hammer. Excellent et très enlevé divertissement en tout cas.

Disponible en dvd zone 2 anglais notamment dans un très beau coffret consacré à Margaret Lockwood chez ITV et doté de sous titres anglais.

jeudi 12 avril 2012

Le Coup de l'escalier - Odds Against Tomorrow, Robert Wise (1959)


Dave Burke, ancien policier viré injustement, décide de préparer un casse dont le plan semble facilement réalisable. Pour cela, il a besoin d’Earle Slater, un ancien soldat ne réussissant pas à retrouver sa place dans la société, et Johnny Ingram, un chanteur noir criblé de dettes. Mais Slater est un raciste et Ingram est réticent à l'idée de sombrer dans la criminalité...

Robert Wise signait un de ses tout meilleurs films avec ce Odds Against Tomorrow, véritable fleuron de ce sous-genre du polar qu'est le film de casse dont les réussites étaient nombreuses à l'époque (L'Ultime Razzia, Quand la ville dort...). Wise adapte ici le un roman de John O. Killens dont le chanteur Harry Belafonte avait acheté les droits en vue de le produire et d'y jouer, lui dont la seule prestation marquante se résumait au Carmen Jones de Preminger. Wise s'adjoindra les services du blacklisté Abraham Polonski pour revoir le script avec comme changement le plus notable l'amitié naissante entre les personnages de Robert Ryan et Harry Belafonte disparaissant en conclusion (car trop proche de La Chaîne de Stanley Kramer sorti l'année précédente) pour un final bien plus sombre et sans espoir.

Le casse en lui-même, son organisation et son procédé ne sont pas particulièrement innovant dans l'idée (pour l'exécution le résultat sera mémorable par contre) car ce n'est pas ce qui intéresse Wise en premier lieu. Le réalisateur joue plutôt sur l'attente, la destinée inéluctable qui va entraîner les personnages sur cette voie criminelle qu'on devine fatale. Cela se fait tout d'abord par la caractérisation des personnages, tous aux abois et pour qui le coup est synonyme de dernière chance.

Dernière chance de retrouver son honneur et une existence décente pour le flic retraité déchu Ed Begley. Il est également question d'honneur pour l'ex soldat Slater (Rober Ryan) qui peine à trouver sa place dans la société et est meurtri dans son amour propre d'être entretenu par sa femme (Shelley Winters). Les raisons sont plus terre à terre pour Johnny Ingram (Harry Belafonte) qui doit un paquet à un mafieux local. Cependant son individualisme rompant les liens avec son ex épouse souhaitant s'intégrer et son rapport tendu avec Slater soulève de manière intéressante la question raciale le concernant.

Wise dévoile avec finesse les fêlures et faiblesse de ces personnages lors de courts moments tout en non-dits lourd de sens : la réaction diamétralement opposé de Ryan et Belafonte face au jovial portier d'ascenseur en ouverture, la reconnaissance et la honte se lisant sur le visage de Ryan lorsque son épouse lui donne de l'argent pour sortir ou encore la mine de Belafonte face aux invités blancs de son ex épouse...

Après avoir posé la nature autodestructrice de ses personnages, Wise va instaurer la fatalité de son récit à travers une atmosphère très particulière. Le réalisateur aura usé d'une pellicule très sensible aux infras rouges sur le tournage et qui imprègne les images d'une étrangeté imperceptible et rêvée.

Les paysages ruraux traversés par les héros offrent des visions de désolation (le vert des arbres désaturés qui vire au blanc) qui instaure un ton oppressant de tous les instants. Ce parti pris atteint des sommets lors de la magnifique séquence muette en forme de veillées d'armes ou les personnages séparés admirent la nature environnante sur le score jazzy et minimaliste de John Lewis, plein d'espoir alors que la mise en scène ne leur en laisse aucun.

Le hold-up est un fulgurant morceau de bravoure filmé au cordeau par Wise qui laisse échapper de saisissant éclair de violence (la brutalité de Ryan, le gunfight en pleine rue) et dont l'issue est logique et inéluctable. Après avoir été si longtemps contenues, le dépit, la frustration et les rancœurs peuvent enfin (littéralement) exploser lors d'un final flamboyant lorgnant sur L'Enfer est à lui de Walsh. Grand film noir.


Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side