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lundi 6 janvier 2014

Femme aimée est toujours jolie - Mr. Skeffington, Vincent Sherman (1944)


Fanny Trellis, la femme la plus séduisante et la plus courtisée de tout New York, est mariée par simple intérêt à Job Skeffington, homme d'affaire juif plus âgé qu'elle. Elle s'abîme dans la mélancolie lorsqu'elle perd son frère à la guerre, le seul être qu'elle ait jamais aimé. Bientôt son mari la quitte. Esseulée, Fanny se met à multiplier les soirées mondaines et les amants.

Mr. Skeffington est un des rôles emblématiques de la figure de garce capricieuse que Bette Davis su si bien jouer dans des films aussi mémorables que L'insoumise (1939). Elle pousse très loin cette figure dans le film, sa prestation outrée étant peut-être lié au drame personnel qu'elle vit parallèlement avec la mort accidentelle de son époux Arthur Farnsworth, Mr. Skeffington étant le film tourné à la suite de cette tragédie. Le tournage ne sera pas sans heurts bien qu'elle y soit dirigée pat Vincent Sherman qui fut un temps son amant. Bette Davis incarne donc ici la belle et narcissique Fanny Trellis, la femme la plus courtisée de New York et dont tous les hommes se disputent les faveurs.

Cette facette est d'abord montrée dans son aspect le plus comique avec ce hall d'entrée constamment encombré de prétendants balourd. Cela nourrit l'égo de Fanny ravie de cette adulation, cette tare se prolongeant à son frère Trippy (Richard Waring), viveur dépensier et inconscient. La réalité les rattrape pourtant lorsque Job Skeffington (Claude Rains) patron de Trippy, les avertit des malversations de ce dernier. Par chance Skeffington tombé sous le charme de Fanny va l'épouser et annuler la dette. Trippy jaloux et outré s'engage alors pour la guerre 14-18.

Bette Davis est épatante, apportant de nouvelle nuances à un type de personnage qu'elle a déjà incarné. Fanny est ici cruelle et égocentrique sans même s'en rendre compte, totalement consacrée à sa propre personne et jamais naturelle. Tous ces gestes et paroles ne sont que minauderies et séduction, le regard toujours aguicheur et en quête d'admiration.

L'actrice malgré son charme était consciente de ne pas être l'incarnation de beauté éclatante supposé figurer son personnage mais son jeu maniéré est parfaitement étudié, ses afféteries caractérisées avec brio par la sophistication de ses tenues et coiffures. La mise en scène de Sherman, la photo délicate d’Ernest Haller offrent aussi un écrin idéal propre à magnifier l'actrice avec notamment une première apparition mémorable et l'idée de ce tableau reflet puis souvenir de son éclat dont l’image plane constamment.

Les comportements expansifs ne semblent ici que dissimuler l'hypocrisie et le personnage le plus sincère sera donc Claude Rains qui campe un Mr Skeffington sobre et discret, son amour s'exprimant dans une retenue à l'opposé des prétendants aux déclarations spectaculaire qui ravissent Fanny. Conscient que celle-ci ne l'a sans doute pas épousé par amour, il va également déchanter en constatant que ce narcissisme se prolongera dans le quotidien du couple. Lorsqu'elle apprend qu'elle est enceinte, Fanny ne se soucie ainsi que des dégâts physiques de son futur état plutôt que du bonheur d'être mère, continue à recevoir les louanges de ses admirateurs...

Le scénario gère excellemment la notion du temps qui passe, l'égoïsme de Fanny semblant même la protéger de l'outrage des ans et son immaturité pouvant s'affirmer sans complexe puisqu'elle a éloigné mari et enfant pour prolonger sa folie adolescente. Lorsque la maladie fait soudainement paraître son âge voire au-delà la déchéance sera cruelle et lui rappellera tous ces errements passé. C'est quand arrive ce moment que l'on se demande s'il fallait bien 2h25 pour raconter cette histoire tant l'épilogue rédempteur est d'une rare lourdeur.

Bette Davis si juste jusque-là en fait des tonnes grimée et si l'émotion fonctionne pour exprimer l'écart entre ses manières inchangées et son physique décrépis, les situations le surlignent avec si peu de subtilité qu'elles finissent par lasser. La cruelle scène de dîner où les anciens prétendants ont un mouvement de recul face à celle qui fut l'objet de leur affection était suffisamment forte pour ne pas en rajouter avec carrément les bouts de perruques qui se détachent dans une autre séquence.

En voulant rendre la chute à la hauteur de l'arrogance passée, le scénario en fait un peu trop et on a l'impression que Bette Davis fait son numéro (son maquillage grossier semblant par moment échappé de La Vie Privée d'Elisabeth d'Angleterre (1939)) alors qu'il y avait une belle prise de risque (elle y gagnera une nouvelle nomination à l'Oscar). Du coup les tant attendue retrouvailles finales laissent presque froid et ajoute encore une touche de pathos avec une astuce assez malhonnête pour préserver l'égo pas tout à fait éteint de son héroïne. Un beau mélodrame qui s'égare un peu par manque de finesse dans sa dernière partie, dommage.

Sorti en dvd zone 2 anglais et zone 1 et doté de sous-titres français

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