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mardi 21 janvier 2014

Noce Blanche - Jean-Claude Brisseau (1989)

Saint-Étienne, 1989. Mathilde Tessier, jeune fille difficile et marginale, tombe amoureuse de son professeur de philosophie, François Hainaut. Ce dernier, qui croit profondément aux capacités intellectuelles de la jeune fille, va se démener pour l'aider. Pendant que Mathilde progresse, leur histoire d'amour se tisse et éloigne peu à peu François de sa femme et de son métier...

Noce Blanche est sans doute le plus grand succès de Jean-Claude Brisseau et sera le film de la révélation pour la Vanessa Paradis actrice dans premier rôle et récompensée du César du meilleur espoir et du Prix Romy-Schneider en 1990. Brisseau exploite ici son attrait des personnages marginaux et des thèmes provocateurs avec cette romance scandaleuse. Brisseau nous reprend ici en fait le Lolita de Vladimir Nabokov mais sans la dimension morale et ironique du roman que su si bien exprimer Kubrick dans son adaptation.

L'approche semble similaire avec cet adulte dépassé bien malgré par la passion inattendue qui naît en lui pour une nymphette adolescente, le lien semblant encore plus choquant puisqu'il s'agit d'un professeur et de son élève lycéenne. Comme chez Nabokov également la séduction semble naître comme par jeu chez une Mathilde (Vanessa Paradis) totalement désinhibée et qui trouble progressivement son professeur de philosophie François (Bruno Crémer) par cette facette frêle et sensuelle à la fois.

Sur cette structure bien connue, Brisseau par son absence de jugement moral emmène pourtant son film totalement ailleurs. François est certes atteint d'un trouble libidineux dont le côté dérangeant n'est jamais évité (la scène où il scrute en plein cours la courbe de la silhouette fine de Mathilde penchée sur son devoir presque plus gênante que les scènes d'amour très sobres) et Mathilde se révélera une manipulatrice obsessionnelle fortement perturbée. Pourtant il n'y aura pas de profiteur ou de dupé ici et malgré ses contours sinueux et provocants c'est à une réelle histoire d'amour qu'on assiste ici. Brisseau amène d'ailleurs le lien entre les amants par des motifs ne reposant pas sur l'attrait charnel. François ne remarquera cette adolescente pas plus attrayante qu'une autre que lorsque sous la paumée adepte de l'absentéisme se révélera une personnalité unique, érudite et précocement désenchantée.

C'est le professeur qui est d'abord interpellé par une élève comme on n'en rencontre peu dans une carrière avant que l'homme soi peu à peu attiré par la jeune femme. De même Mathilde livrée à elle-même s'abandonnera au bras du seul adulte lui ayant vraiment tendu la main, touchée puis amoureuse de cette figure protectrice qu'incarne Bruno Crémer.

Brisseau filme ainsi leurs amours avec une grâce constante, que ce soit cette première étreinte dans la pénombre d'une chambre où Bruno Crémer ne pourra plus lutter, la ballade en barque sous la photo immaculée de Romain Winding et la musique envoute de Jean Musy et aussi ces silhouettes disparaissant sous les fougères.

Vanessa Paradis est filmée avec un charme lascif qui prolonge son image de lolita issu de sa carrière musicale, Brisseau nous plaçant selon le point de vu troublé et coupable de Bruno Crémer, mais s'estompant au fil de son abandon à cette passion interdite. Malgré la sincérité de cette romance, Brisseau ne néglige jamais sa nature transgressive puisque presque tous ces élans amoureux se feront dans des lieux clos et/ou isolé, à l'abri des regards inquisiteurs et moraux d'un monde qui ne les comprendrait pas.

Le film perd un peu de sa force quand il tente de verser dans le pseudo thriller quand la relation s'interrompra un temps et que Mathilde harcèlera et provoquera François. Heureusement un final intense rendant cet attrait irrépressible conclut l'ensemble sur une note passionnée et mélancolique. Une ultime étreinte puis la révélation d'un amour distant poignant font ainsi entrer Noce Blanche dans les grands mélodrames français, au-delà de son sujet sulfureux.


Sorti en dvd zone 2 français chez Aventi

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