Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 29 janvier 2014

Byzantium - Neil Jordan (2013)


 Dans une petite ville côtière, deux jeunes femmes aussi séduisantes que mystérieuses débarquent de nulle part. Clara fait la connaissance de Noel, un solitaire, qui les recueille dans sa pension de famille déserte, le Byzantium. Eleanor, étudiante, rencontre Frank, en qui elle voit une âme sœur. Bientôt, elle lui révèle leur sombre secret… Eleanor et Clara sont nées voilà plus de deux siècles et survivent en se nourrissant de sang humain. Trop de gens vont finir par l’apprendre pour que leur passage dans la ville n’ait aucune conséquence sanglante…

18 ans après son classique Entretien avec un vampire (1994) Neil Jordan revisite le mythe vampirique avec ce Byzantium en offrant une fascinante refonte. Si c'est bien évidemment à sa fameuse adaptation d'Anne Rice que l'on se réfère par des liens évident (mythe du vampire, destinée courant à travers les siècles, opposition entre figure effacée et torturée avec une plus séduisante et charismatique avec Clara/Lestat face à Louis/Eleanor) Neil Jordan livre en fait une œuvre somme empruntant des éléments à toute sa filmographie. Récits enchevêtrés où le réel se dispute au conte (La Compagnie des Loups), narration en flashback où le point de vue du narrateur bascule et redéfinissant la perspective du récit par le spectateur (La Fin d'une Liaison (1999)) et cadre balnéaire où la féérie se dispute au réalisme dans un rythme flottant (le merveilleux Ondine (2009)).

On suivra donc ici le destin du mystérieux duo que forme l'effacée et rêveuse Eleanor (Saoirse Ronan) adolescente de seize ans accompagnée de la pulpeuse et volcanique Clara (Gemma Aterton), plus âgée. Sous leurs allures juvéniles, ces deux-là sont en fait des vampires à l'existence déjà longue de plus de deux cent ans. Dans une narration complexe, Neil Jordan laisse découvrir quel lien unit les deux héroïnes, ce qui les différencie dans leur façon d'assouvir leur soif (Eleanor soulageant des vieillards en fin de vie, Clara saignant impitoyablement tous les tyrans masculins croisant sa route) et de survivre au quotidien. Eleanor déambule en traînant sa mélancolie tandis que Clara prend les choses en main pour deux en n'hésitant pas à jouer de ses charmes et se prostituer pour gagner sa vie.

La narration en flashback fera progressivement comprendre l'origine du vampirisme de chacune, expliquant ainsi leur caractère mais aussi la nature des mystérieux ennemis qui les traquent sans cesse. En revenant sans sur les lieux où elles devinrent vampire des siècles plus tôt dans une station balnéaire désolée, tous les drames et rancœurs contenues vont s'exacerber pour faire basculer leur situation établie depuis si longtemps. Eleanor en tombant amoureuse d'un jeune homme (Caleb Landry Jones) aura des élans de confidence pour enfin révéler la triste existence qu'elle mène depuis 200 ans. Des aveux qui ne seront pas sans conséquences notamment par la relation qu'elle entretient avec Clara, leur jeunesse commune nous guidant faussement vers une relation fraternelle...

En adaptant la pièce de Moira Buffini, Neil Jordan propose une véritable refonte de la figure du vampire. Prolongeant les élans celtiques et païens de Ondine (dans un fantastique plus ouvertement affirmé), le réalisateur fait du vampirisme un don et une malédiction qui ne se transmet plus de façon organique mais en convoquant des forces ancestrales et occultes ne pouvant être appelées que dans un lieu secret et sauvage avec cette île aux rocheuses battues par les vague dissimulant des cavernes mystérieuses. 

Tout le folklore associé au vampire est en grande partie balayé avec des créatures évoluant au grand jour et dépourvu de canines aiguisées (avec un extrait de film de la Hammer moquant justement ce fatras de symboles), la dimension aristocratique demeurant cependant puisque le statut est dédié à une élite masculine se transmettant le "don". Nos héroïnes font donc ainsi acte de féminisme en endossant cette nature, du moins Clara ayant volé le secret du vampirisme pour se venger de la tyrannie des hommes tandis qu’Eleanor subit plutôt les évènements avec ce dramatique flashback où elle est mordue.

Autre apport majeur, le vampirisme fige non seulement le physique mais aussi le caractère des suceurs de sang, s'éloignant par exemple du troublant personnage de Kirsten Dunst dans Entretien avec un vampire où dans un corps de fillette permanent elle était déchirées par des pulsions de femme. Tout est un perpétuel recommencement ici pour Gemma demeurant la fille perdue qu'elle fut dans sa vie humaine et pour qui se prostituer est une manière normale de subsister. Eleanor conserve quant à elle l'immaturité et la candeur de ses seize ans, l'honnêteté de son éducation religieuse en orphelinat ne lui faisant garder aucun secret et ne pas accepter le mensonge quel que soit les risques. Jordan amène cela avec une telle finesse que le spectateur inattentif prendra certaines réactions pour des facilités de scénario alors que tout cela obéit à une parfaite logique.

Entre sobriété et lyrisme, romantisme feutré et érotisme outré, Neil Jordan exprime parfaite la dualité de ses héroïnes avec l'effacée et fragile Eleanor au physique longiligne et adolescent alors qu'une volcanique Gemma Aterton aux formes généreuses incarne un esprit imposant et protecteur, symboliquement (si ce n'est plus) maternel. Le vampirisme est une prison pour la plus frêle devenue ainsi malgré elle alors que c'est une libération pour Clara qui y a vu une manière de s'émanciper. Les flashbacks où elles découvrent leurs nature s'opposent ainsi par le filmage de Jordan sur des séquences pourtant identiques, saccadées et inquiétantes pour Eleanor alors que la fameuse falaise se révèle dans toute son ampleur avec ses cascades de sang s'écoulant sur une Clara radieuse. 

Cet entre-deux donne une esthétique fascinante à ce Byzantium assez terre à terre dans ses péripéties finalement mais dont le caractère emporté des personnages donne un élan romanesque et dramatique captivant. Le présent ordinaire contredit constamment les flashbacks flamboyant, la romance sobre entre Eleanor et Frank bien éloignés des débordements sanglants de Clara. Une dichotomie permanente qui se fait concrète dans une magnifique conclusion qui fait du film une poignante histoire d'émancipation qui aura couru sur plusieurs siècles au vu des figures dépeintes. Gemma Aterton trouve peut-être là son meilleur rôle et Saoirse Ronan confirme une fois de plus son aura évanescente.

Sorti en blu ray et dvd zone 2 français chez Metropolitan

2 commentaires:

  1. Ce film m'intrigue : je vais tâcher de le visionner rapidement. Merci pour ce billet (et pour ce blog).

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  2. Merci Laurent, j'espère qu'il vous plaira si vous êtes amateur de son traitement dans "Entretien avec un vampire" ça devrait bien accrocher.

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