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mardi 18 août 2015

Bons baisers de Russie - From Russia with Love, Terence Young (1963)

Le MI6 reçoit un message d'une secrétaire russe du consulat soviétique à Istanbul, Tatiana Romanova, qui leur propose de leur apporter une machine de déchiffrement "top secret" appelée Lektor, à condition qu'on l'aide à fuir à l'Ouest. En réalité, elle a été engagée sans le savoir par Rosa Klebb, membre important du SPECTRE et ancien colonel du KGB, afin d'éliminer James Bond, qui est la cause de la chute d'un de leurs meilleurs éléments, le docteur No. La nouvelle mission de James Bond s’annonce bien plus complexe et dangereuse que la précédente...

Durant le tournage de Dr No (1962), Cubby Broccoli et Harry Saltzman envisagent déjà en cas de succès de faire de Bons baisers de Russie la seconde aventure de James Bond. Si Dr No était le roman de Ian Fleming le plus facile à adapter pour un galop d’essai, le choix de Bons baisers de Russie est logique puisque le roman facilita indirectement le financement du premier film lorsqu’il figura parmi les dix livres favoris de John Kennedy dans le magazine Life. L’accueil positif (mais encore loin de la Bondmania qui verra le jour après Goldfinger) aura donc conforté les deux producteurs et l’équipe du premier film est reconduite avec un budget doublé, Terence Young à la mise en scène et bien sûr Sean Connery en Bond et même si quelques éléments clé se désisteront pour cet épisode. Stanley Kubrick impressionné par les décors de Dr No engagera en effet Ken Adam pour créer la salle de contrôle de Docteur Folamour (1964), Syd Cain le remplace avec brio notamment sur la superbe salle de jeu d'échec.

On sait que Ian Fleming rêvait d’Alfred Hitchcock pour transposer son héros à l’écran et cette influence n’aura jamais été aussi prégnante que sur Bon baisers de Russie, surtout sa deuxième partie lorgnant ouvertement sur La Mort aux trousses (1959). Le scénario de ce Bond est celui se rapprochant le plus d’un film d’espionnage classique. Le principal changement par rapport au roman sera de détourner la pure trame de Guerre Froide de ce dernier (afin de ne pas se mettre à dos les russes), les services secrets russes et britanniques étant manipulés par la tentaculaire organisation du SPECTRE introduite dans Dr No. L’appât sera le Lektor, une machine de décodage russe que se propose de livrer l’agent russe Tatiana Romanova (la beauté élégante de Daniela Bianchi) en échange d’un passage à l’Ouest, le SPECTRE par cette manœuvre cherchant à s’approprier l’objet et le revendre au plus offrant. Un scénario (signé   Richard Maibaum et Johanna Harwood déjà à l’œuvre sur Dr No) complexe que Terence Young parvient à rendre limpide par sa narration habile. 

Le monde ordinairement glacial de l’espionnage au cinéma se pare d’un aspect ludique tout en demeurant très rigoureux et loin de la démesure à venir. La longue introduction nous fera ainsi découvrir plus avant le fonctionnement du SPECTRE (chaque épisode suivant introduisant un sbire de plus en plus haut placé de l’organisation criminelle) qui en plus de ses noirs desseins désire plus que tout se venger de Bond comme le montrera le pré-générique (première scène du genre dans la saga) inquiétant. Encore seulement nommé Numéro 1, le redoutable Blofeld se résume à des mains caressant un chat persan et une voix aussi posée qu’inquiétante face à laquelle tremble même la redoutable Rosa Klebb (Lotte Lenya). La frêle silhouette de l’actrice (surtout connue pour ses performances à Broadway et en tant qu’épouse de Kurt Weil) sied à merveille aux attitudes rigides de l’actrice dont la présence hargneuse constitue une menace complémentaire à celle physique de l’intimidant Red Grand (Robert Shaw).

En plus de ces méchants hors-normes, l’autre aspect ludique est amené par la ville d’Istanbul. Les cités turques servent décidément bien les trames d’espionnage puisque après Ankara dans le chef d’œuvre de Mankiewicz L’Affaire Cicéron (1955), Istanbul s’avère un cadre tortueux dont l’allure touristique n’est qu’un reflet illusoire au jeu de dupes que constitue l’intrigue. Les ruelles bondées sont le théâtre de filatures consenties entre services secrets, les beaux monuments comme les mosquées servent à faire des transactions discrètes et les sous-sols recèlent des passages secrets permettant d’aller surveiller son voisin - Red Grant semant la mort sans un mot ajoutant une dimension inquiétante à tous ces lieux traversés. Hormis la scène d’action dans le camp de gitans, toutes les scènes furent tournées à Istanbul même et sans forcément retrouver l’atmosphère exotique de Dr No la ville s’avère un vrai personnage à part entière. La truculente prestation de Pedro Armendáriz (dont ce fut le dernier rôle il se suicidera alors qu’il souffrait d’un cancer en phase terminale) en Kerim Bey ajoute encore à ce plaisir.

Sean Connery reprend le rôle avec un égal panache, incarnant un Bond encore plus outré dans sa dimension de jouisseur machiste (les deux gitanes avec lesquels il passent la nuit, une étant d’ailleurs incarné par Martine Beswick qui reviendra avec un rôle lus consistant dans Opération Tonnerre (1965)), d’homme du monde et de tueur impitoyable (voir comme il n’oublie pas de reboutonner sa veste après le féroce combat avec Red Grant). L’érotisme est d’ailleurs bien plus prononcé et ce dès le générique où les crédits apparaissent sur des formes féminines rebondies et en mouvement, la première rencontre à l’horizontale avec Tatiana Romanova (qu’on entraperçoit se glisser nue dans le lit de Bond) et la grande tradition des blagues salaces à double sens de notre héros.

Tatiana: I think my mouth is too big.
James Bond: I think it's a very lovely mouth. It's just the right size - for me that is.

Tout ce jeu a pourtant un prix et la mort sera au bout comme le démontrera la tension de la seconde partie contrebalançant le plaisir initial. Le sommet sera atteint lors d’une des scènes d’anthologie de la saga, le face à face entre Bond et Red Grand où la vivacité de la mise en scène de Terence Young s’harmonise à merveille au montage heurté de Peter Hunt - Robert Bresson, aux antipodes de ce cinéma se montrera d'ailleurs admiratif du montages des James Bond. Toutes les scènes d’actions du film fonctionnent d’ailleurs selon cette approche novatrice, au départ pour corriger les imperfections techniques et le retard de la production causant l’absence de nombreux plans raccords puis pour devenir un style à part entière des premiers Bond qui renouvèle ainsi le cinéma d’action. Même les gadgets ne s’avèrent pas encore trop envahissant (Desmond Llewelyn s’installant dans le rôle de Q même s’il apparaissait déjà dans Dr No)  avec cette valise servant bien le suspense du train. 

Le score de John Barry sait se faire romantique (le main theme de la chanson titre entêtant), percutant dans l’action avec le fameux morceau 007 et le James Bond Theme s’installe définitivement dans l’inconscient collectif. La filiation avec La Mort aux trousses s’affirment définitivement lors du spectaculaire final où Bond est traqué par un hélicoptère, la suite amenant la première grande course poursuite en hors-bord. Ce virage de l’espionnage feutré tout en suspense psychologique vers la pyrotechnie annonce déjà les changements à venir dans la saga. Le succès de ce nouvel opus permettra donc l’arrivée de la vraie démesure avec Goldfinger (1964).

 Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Fox

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