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vendredi 21 août 2015

Diabolo Menthe - Diane Kurys (1977)

Septembre 1963, la rentrée des classes. Anne, treize ans, et sa sœur Frédérique, quinze ans, vont être confrontées à une double évolution: la leur et celle d'un monde en pleine effervescence.

Frustrée par les emplois qu’on lui propose dans sa carrière d’actrice, Diane Kurys décide de se réorienter vers l’écriture. Cette orientation se fera dans un premier temps dans le sillage de cet emploi d’actrice quand elle adapte la pièce The Hot l Baltimore de Lanford Wilson qu'elle joue à l'Espace Cardin. Après une discussion avec un ami à qui elle avait narré ses souvenirs d’une enfance qui l’a profondément marquée, ce dernier lui suggère d’orienter son écriture vers cette facette plus personnelle. Au départ envisagé pour un livre autobiographique, Diabolo Menthe devient un scénario de film que Diane Kurys malgré sa totale inexpérience (et la rareté des femmes réalisatrices en France à l’époque) souhaite réaliser. Le mélange de nostalgie, de justesse sur la difficile période de l’adolescence et le fait de l’aborder d’un point de féminin (puisque pour les garçons Les 400 coups (1959) de François Truffaut est passé par là) frappera juste et fera du film un succès inattendu et un véritable phénomène de société à sa sortie.

L’émotion de cette histoire se conjugue à l’échelle de ces souvenirs si personnels pour Diane Kurys mais aussi au contexte en mutation de cette période du début des années 60. Anne (Éléonore Klarwein), treize ans, et sa sœur Frédérique (Odile Michel), quinze ans entament une nouvelle année scolaire au sein du lycée Jules Ferry. Anne la cadette (et double de la réalisatrice) est la plus vulnérable, celle qui entame cette période avec le plus de difficulté. Diane Kurys évoque les émois de son héroïne avec en filigrane (la fin et le début des vacances d’été où elle retrouve son père ouvrent et concluent le film, tout en en constituant une sorte d’entracte photographique lors des vacances aux sports d’hiver) le divorce de ses parents, véritable traumatisme qui à cette époque les distinguait avec sa sœur de ses autres camarades. Ce manque s’ajoutera aux premiers questionnements sur les mutations de son corps (les premières règles simulées puis vécues comme un évènement), son statut de cadette malmenée et souvent exclue par son aînée du cercle de ses amis ou des discussions avec leur mère. 

Le contexte rigide de cette époque n’aide pas à s’épanouir non plus, Kurys évoquant la sévérité si ce n’est les abus malveillants de certains professeurs (traumatisant moment où une jeune fille est violemment démaquillée par la prof de dessin adepte de l’humiliation). Les élans de rébellion n’en sont que plus jubilatoires, Diane Kurys ayant demandée à ses amis de la troupe du Splendid de lui narrer quelques-uns de leurs mauvais coup de jeunesse qu’elle transpose ici et dont sera d’ailleurs victime une hilarante Dominique Lavanant en prof de maths malmenée. Ce trouble intime mêlé d’insoumission se dévoilera aussi à travers le contexte politique agité d’alors qui se reflète sur ces adolescents. 

L’adhésion naïve aux thèse communistes et premiers élans de pacifisme anti-nucléaire de Frédérique est ainsi autant une manière de se démarquer que d’affirmer une position opposée aux adultes neutre (la mère refusant toute allusion à la politique) ou solidement ancré à droite (le dîner chez les parents d’une camarade témoignant de cette hostilité). Cela donnera aussi une des scènes les plus touchantes du film lorsque la jeune Pascale (Corinne Dacla) relate en classe avec ses mots simple l’émotion ressentie lorsqu’elle assista à la violente répression policière durant les manifestations contre l'OAS et la guerre d'Algérie métro Charonne en 1961.

Éléonore Klarwein est une magnifique révélation. Elle incarne merveilleusement ce mélange de candeur et de profonde mélancolie propre aux soubresauts émotionnel de cet âge ingrat. Cette naïveté ancre le film dans son époque par rapport à des adolescents d’aujourd’hui (mais ce décalage devait sans doute déjà exister entre ceux du film et les jeunes spectateurs de 1977) notamment les discussions sur le sexe mais Diane Kurys parvient à toucher à l’universel par ce malaise latent, ce bouillonnement intérieur incontrôlable qui nous fait rire puis pleurer dans la minute, commettre des actes impulsifs et incompréhensible (le vol en pleine rue).

La réalisatrice atteint le juste équilibre dans ce point de vu au féminin en confrontant innocemment ses personnages aux premiers élans amoureux, tout en ne sexualisant pas gratuitement son propos (elles restent des jeunes filles en développement avant tout même la grande sœur) si ce n’est avec humour pour évoquer la question sensible des vieux satyres lorgnant sur ces lycéennes court vêtues faisant du sport. Le score sobre, entêtant et à la subtile sensibilité capture bien le ressenti du film et la chanson-titre rencontrera un beau succès.

En se dévoilant si impudiquement (sa grande sœur s’excusera auprès d’elle après avoir vu le film), Diane Kurys touche à l’universel et nous frappe en plein cœur. C’est d’ailleurs en poursuivant cette exploration intime qu’elle signera certains de ses meilleurs films suivants, Coup de foudre (1983, sur la rencontre et la séparation de ses parents) et La Baule-les-Pins (1988, sur le spectacle de cette séparation par les enfants en pleine vacances d’été) poursuivant le cycle entamé avec ce magnifique Diabolo Menthe

 Sorti en dvd zone 2 français chez TF1 vidéo


4 commentaires:

  1. J'ai dû voir le film dans les années 80, à une époque où j'étais moi-même une jeune adolescente. Il y avait déjà un fameux décalage entre cette représentation de la jeunesse et la nôtre, mais j'avais été sous le charme, et la jeune actrice Éléonore Klarwein y avait contribué pour beaucoup, tant elle était parfaite pour ce rôle. On l'a très peu vue par la suite, je ne me souviens d'elle que dans « La clé sur la porte » de Yves Boisset, avec Patrick Dewaere et Annie Girardot. Un film qui avait marqué son époque également, je me souviens même d'avoir lu le roman à partir duquel le film fut adapté, écrit par Marie Cardinal. Un auteur un peu (beaucoup) oublié aujourd'hui mais qui avait également écrit un percutant "Les Mots pour le dire" (1975), que j'avais aussi beaucoup aimé. Tiens, une petite pointe de nostalgie se fait sentir, et qui me donne envie de les revoir :-)

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    1. Éléonore Klarwein n'a effectivement que peu tourné par la suite, apparemment elle a grandi d'un coup passant du physique frêle de Diabolo Menthe (ce que cherchait les casting où elle se présentait) à une jeune femme de 1,80 et elle est devenue mannequin. C'est le problème de trouver le grand rôle immédiatement on ne vous voit plus dans d'autres emploi. C'est vrai qu'une grande partie du charme du film repose sur elle, une sacrée présence il y avait de quoi poursuivre si elle avait trouvé un rôle aussi puissant dommage !

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    2. Le début de l'adolescence d'une jeune fille est effectivement un âge très délicat et trouver l'actrice, qui correspond le mieux à cette phase, encore proche de l'enfance mais qui s'en éloigne progressivement, ne doit pas être évident. A titre de comparaison, Charlotte Gainsbourg était très bien également dans L'Effrontée de Claude Miller, mais cela ne l'a pas empêchée de faire une belle carrière par la suite, heureusement. Le physique de Maïwenn Le Besco m'a toujours rappelée celui de la jeune Éléonore Klarwein...

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    3. D'ailleurs dans les bonus du dvd on voit que Diane Kurys avait complètement bloqué sur Éléonore Klarwein. Elle l'avait seulement vu en photo mais n'était pas en France, la réalisatrice l'a faite revenir et l'a engagé sans lui faire passer d'essai elle incarnait vraiment idéalement ce passage de l'adolescence dans son allure. Le reste du jeune casting est excellent aussi d'ailleurs, toutes sont confondantes de naturel.

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