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lundi 3 août 2015

Quelques jours avec moi - Claude Sautet (1988)

Un fils de bonne famille, Martial, mal dans sa peau, dépressif, PDG d'une chaîne de supermarchés, profite de raisons professionnelles pour prendre un peu de recul. Il se pose à Limoges semant le trouble dans la vie des bourgeois locaux, dont les gérants du supermarché de la ville, Monsieur Fonfrin et sa femme, comme dans le cœur d'une provinciale, Francine, à qui il propose de rester quelques jours avec lui, en échange de quoi elle pourra se voir offrir tout ce qu'elle veut.

Après l’échec commercial de Garçon ! (1983), Claude Sautet était passé par une période de doute. Le cinéaste était alors considéré comme associé dans l’imaginaire cinéphile à un cinéma du passé, celui des années Giscard à travers ses castings récurrents (Michel Piccoli, Yves Montand, Romy Schneider ou Serge Reggiani) et le leitmotiv de la crise de la quarantaine courant dans tous les films de cette période. Un procès d’intention assez injuste tant Sautet aura su faire évoluer ses thèmes, que ce soit le féminisme de Une histoire simple (1978) ou le point de vue plus lumineux et juvénile de Un mauvais fils (1980). Seulement ses œuvres avaient remporté un succès moindre, enfermant Sautet dans une case. Celui-ci fera donc véritablement sa révolution avec Quelques-jours avec moi.

Le projet naît au fil d’entretiens réalisés entre Sautet et Philippe Carcassonne dans le cadre de la revue Le Cinématographe. Les deux hommes sympathisent et Carcassonne annonce à Sautet son projet de se lancer prochainement dans la production se propose de produire son film à venir. Sautet y voit l’occasion qu’il attend de renouveler son œuvre et partant de la base du roman éponyme de Jean-François Josselin va tenter une autre approche avec de nouveaux scénaristes (les débutants Jacques Fieschi et Jérôme Tonnerre), une équipe technique renouvelée et un casting rajeuni. Sautet se sera plu dans des œuvres comme Max et les ferrailleurs (1971) ou Mado (1976) à montrer des figures masculines dépassées par les femmes dont ils se pensaient les mentors. Quelques jours avec moi reprend ce schéma dans une tonalité différente. Martial (Daniel Auteuil) est un jeune héritier d’une famille de propriétaire de supermarché qui va justement retrouver gout à la vie en partageant le quotidien de Francine (Sandrine Bonnaire). Celle-ci est la bonne de Monsieur Fonfrin et sa femme (Jean-Pierre Marielle et Dominique Lavanant) propriétaire du supermarché provincial qu’il était venu inspecter. Fasciné par Francine, il l’engage pour sa compagnie durant quelques jours moyennant finance et un curieux rapport va s’installer.

La première partie du film exprime le regard décalé et distancié qu’entretient Martial par rapport au monde. Daniel Auteuil, le regard absent observe ses interlocuteurs s’agiter sur leurs petites ou grandes affaires qui lui semblent si insignifiante. On a ainsi un portrait mordant de la bourgeoisie parisienne (la mère jouée par Danielle Darrieux, le triangle amoureux admis avec son épouse) comme provinciale avec comme pic ce dîner où il raillera les discussions politiques creuses des Fonfrin et leurs convives. Cette vacuité se vérifiera autant par le cynisme parisien que par la stupidité provinciale, Fonfrin étant idéalement incarné par un Marielle à la bonhomie vide de sens. C’est un même jeu ironique mêlé d’attirance qui semble se nouer entre Martial et Francine mais notre héros va être pris à son propre piège par sa protégée qui ne s’en laisse pas compter.

Le scénario dépeint ainsi l’éveil à l’amour et à la vie de Martial. Le regard amusé se fait progressivement tendre pour les Fonfrin, bien plus attachant que la caricature sous laquelle ils ont été introduits. Contrairement aux personnages obstinés et fonçant vers leurs destinée tragique des œuvres désespérées des70’s (Vincent,François, Paul... et les autres (1974), Mado), Sautet pose ici un regard bienveillant où il croit en des protagonistes capable d’évoluer. Le ton est également très différent pour l’exprimer, s’autorisant des moments de comédies enlevés (la longue scène de la fête dans l’appartement) où les barrières sociales tombent par la désinhibition festive. Sautet s’éloigne de la veine pesante d’antan, osant un mauvais goût assumé (les tenues criardes de Sandrine Bonnaire) qui rend l’ensemble plus léger. Ce cheminement, Martial semble comme surpris de devoir l’emprunter en tombant réellement amoureux de Francine. 

Cette dernière sentant l’hésitation de cet homme encore prêt à lui échapper préfèrera ainsi se perdre entre les mauvaises mains. Martial va donc paradoxalement prouver sa sincérité en perdant tout espoir de d’accomplir leur union dans un sacrifice final poignant. Daniel Auteuil (après le diptyque  Jean de Florette et Manon des sources) acquérait définitivement la reconnaissance d’acteur dramatique et ce rôle chez Sautet hanterait nombres de ses prestations à venir. Sandrine Bonnaire, lumineuse et ardente offre également une composition magnifiques tandis que Marielle confère une humanité rare à Fonfrin qui reste touchant dans la bêtise comme l’émotion. Succès public et critique, le film ramène Sautet au premier plan avec ce qui est à la fois autant une brillante synthèse qu’un renouveau brillant de son œuvre. 

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Studiocanal


5 commentaires:

  1. Quelques jours avec moi est sans doute le seul film de Claude Sautet que je n'ai pas apprécié. D'abord sa vision du monde ouvrier, via le personnage de Francine, ne m'a pas du tout convaincue. Ensuite je n'ai pas retrouvé son empathie habituelle pour ses personnages, les rendant souvent assez pathétiques (un peu moins vers la fin, où l'approche s'affine un peu). Ce fut en tout cas une réelle déception en ce qui me concerne mais je ne peux que conseiller de voir les autres films de sa filmographie :-)

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    1. Oui moi même il m'a fallu du temps pour rentrer dedans même si j'ai apprécié. Vu les caricatures volontaires qu'il fait de la bourgeoisie comme du monde ouvrier (alors que dans "Un mauvais fils" il y parvenait avec brio) je ne pense pas que c'est ce qui l'intéressait vraiment passé la satire. C'est le côté lunaire et imprévisible de Daniel Auteuil ou l'antipathie initiale pour Marielle qui bouscule un peu mais j'ai quand même ressenti cette empathie au final la dernière rencontre est superbe et j'aime beaucoup l'évolution de Marielle. Pas mon préféré (Les Choses de la vie, César et Rosalie et Une histoire simple sont les sommets mais pas encore vu Un coeur en hiver et Nelly et Monsieur Arnaud) mais j'ai apprécié cette remise en question.

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  2. Je te rejoins sur Le mauvais fils, film plus inspiré et moins caricatural des milieux qu'il explore. Le regard changeant sur le personnage de Marielle est effectivement un des éléments le plus réussi du film. Je me rends compte qu'il me reste encore à voir Une histoire simple :-)

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  3. Un merveille "Une histoire simple" un des plus beaux rôles de Romy Schneider et un propos très progressiste et féministe pour l'époque où Sautet opère déjà une mue en sortant des figures masculines machistes dépassées de ses films précédents. J'en parlais ici

    http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2012/11/une-histoire-simple-claude-sautet-1978.html

    Vu que les vignettes sous le texte buguent sérieusement autant te mettre le lien ^^

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    1. Je me suis fait un cycle Claude Sautet il y a quelques années et ce fut un grand plaisir de revoir quelques-unes de ses pépites. Merci pour le lien, j'ai le film en stock depuis des mois mais il m'était sorti de la tête. Je vais essayer de le voir prochainement, histoire de me replonger dans l’œuvre de Claude Sautet, de retrouver Romy puis de découvrir enfin ce film qui semble très prometteur !

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