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mercredi 12 août 2015

Mesdames et messieurs bonsoir - Signore e signori, buonanotte, Luigi Comencini , Luigi Magni, Nanni Loy , Ruggero Maccari , Mario Monicelli et Ettore Scola (1976)

Le présentateur de TG3 s'adresse à ses spectateurs : ce soir, au programme, les actualités, puis la leçon d'anglais, puis des débats, un épisode de série, un jeu... Une soirée presque normale sur la télévision italienne, en quelque sorte.

Mesdames et messieurs bonsoir s’inscrit dans le genre roi de l’âge d’or de la comédie italienne, le film à sketch dont on ne compte plus les classiques à cette période (Les Monstres de Dino Risi en tête). Cependant à l’orée des années 70 et avec le contexte socio- politique explosif en Italie (fin de la bulle et crise économique, corruption des élites, attentats et enlèvement des Brigades Rouges), le genre atteint une forme de stade terminal dans l’excès et la provocation. Dans des œuvres comme Affreux, sales et méchants (1976) ou Les Nouveaux Monstres (1978), l’hilarité se disputait au vrai malaise pour un ton transgressif typique de la décennie où personne n’était épargné. Sans être totalement à la hauteur de ces titres, Mesdames et messieurs bonsoir reprend cette hargne provocatrice et souille toutes les institutions (religion, politique) avec un mauvais esprit réjouissant.

Le film prend la forme d’un journal télévisé imaginaire - présenté avec un flegme décalé par Marcello Mastroianni - d’une chaîne qui l’est tout autant (et ironiquement en 1979 la Rai Tre créera son journal télévisé qu’elle nommera TG3 soit le nom de la chaîne du film !) et l’ensemble des sketches constituent le programme de cette soirée cathodique. Cet enrobage constitue néanmoins un fil conducteur assez artificiel et comme souvent l’ensemble est plutôt inégal. Malgré ces écueils, la férocité du propos fait mouche dans les sketches les plus réussis. Il faut dire que la fine fleur de la comédie italienne est ici présente à la mise en scène (Scola, Monicelli, Comencini) comme à l’écriture (les légendaires duettistes Age e Scarpelli entre autres).

Le premier grand moment interviendra lors de ce segment où pensant abriter une bombe dans un commissariat, les pontes de la police vont en profiter pour se débarrasser d’un quidam oublié en garde à vue depuis trois ans. La farce est énorme et fait feu de tout bois avec ce possible attentat monté en épingle pour constituer un vrai spectacle médiatique. La finesse n’est pas la vertu première du film qui fait dans l’humour gras et massif mais diablement efficace dans le sketch où quatre députés napolitains débattent. Bouffi, gras et littéralement monstrueux des ressources de la ville exploitées à leurs profits. Leurs natures corrompues se répercutent sur leur physique ogresque et l’épisode s’achève en les voyant carrément manger à pleines mains le plan de la ville disposé devant eux, la gloutonnerie répugnante signifiant leur impunité. Ce côté sale et presque scatologique ne fonctionne pas toujours comme ce court segment ridiculisant un gradé américain (Ugo Tognazzi) en le plongeant dans ses excréments.

Cette noirceur se teinte d’une sorte de néoréalisme au vitriol dans le sketch où un petit garçon traverse une ville grouillante d’enfants miséreux, avant d’arriver chez lui dans un appartement exigu et insalubre ou sa mère malade et enceinte ne peut contenir la marmaille de ses innombrables frères et sœurs. La chute est d’un désespoir absolu avec qu’un enchaînement faussement potache donne une solution radicale pour gérer cette invasion d’enfants pauvres. Même si l’on ne sait pas qui a signé quoi au sein du film, cette imagerie pathétique teintée d’humour très noir évoque le Scola de Affreux, sales et méchants sorti la même année.

L’ensemble saura aussi brillamment user du postulat de programme télévisé dans la forme. Le « reportage » où l’on suit un pauvre bougre (Tognazzi à nouveau grandiose) survivre au quotidien avec sa retraite ridicule est fabuleuse et on rit jaune au système D du protagoniste. En plus léger le faux jeu télévisé où s’affrontent les plus grand poissards est très drôle, en plus d’être cruellement prémonitoire dans le mauvais gout esthétique et la touche racoleuse des vrais programmes stupides dont Berlusconi envahira le paysage audiovisuel italien lors de la décennie suivante.

Enfin le vrai/faux grand feuilleton dominical écorne avec brio l’église, avec un conclave tout en trahison, meurtres et manipulation afin de conquérir le trône du pape, le tout s’inspirant des circonstances mouvementées de l’élection du Pape Sixte V en 1585. Sans doute trop long et décousu dans l’ensemble mais cette réunion de talents nous offre néanmoins un spectacle généreux et grinçant dans l’irrévérence.

Sorti en dvd zone 2 français chez SNC/M6 Vidéo

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