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jeudi 27 août 2015

Une autre femme - Another Woman, Woody Allen (1988)

Marion (Gena Rowlands), la cinquantaine, est professeur de philosophie en congé sabbatique. Elle loue un pied-à-terre pour achever au calme l’écriture de son roman. Par le truchement d’une bouche d’aération, elle surprend la conversation entre une jeune femme (Mia Farrow) et son psychanalyste. Troublée par le désespoir de la jeune femme, Marion décide de la suivre, puis de la rencontrer. Cette rencontre l’amènera à s’interroger sur sa vie et sa relation aux autres.

Another Woman s’inscrit dans la veine Bergmanienne de Woody Allen qui, de Intérieurs (1978) à Crimes et délits (1990) en passant par Comédie érotique d’une nuit d’été (1982) accompagna toutes sa filmographie des 80’s. Another Woman constitue un hommage explicite à Les Fraises sauvages (1957) avec là également l’introspection d’un personnage à un moment clé de sa vie. Si le vieillard du classique de Bergman posait un regard attendri, nostalgique et lucide sur son passé, le bilan que fera la cinquantenaire Marion (Gena Rowlands) sera nettement plus douloureux.

En apparence Marion a tout pour être heureuse entre un second mariage réussi et une brillante carrière de professeur de philosophie. Alors qu’elle écrit son prochain roman dans un appartement loué en ville, un défaut d’isolation lui fait entendre les confessions des patients de son voisin psychanalyste. L’une d’entre elle va l’interpeller par son mimétisme avec sa propre existence avec le mal-être d’une jeune femme (Mia Farrow). Alors que l’inconnue est bien consciente de ses névroses, l’expérience sert de révélateur pour Marion se confrontant à sa froideur, son intellect lui faisant réfréner toute émotion. Entre vrais souvenirs et rêveries ainsi qu’une réalité cruelle, les conséquences passées, présentes et futures du caractère de Marion vont s’imposer à elle. 

Sa froide détermination lui aura toujours fait prendre la place d’un autre : son frère moins doué pour les études négligé par ses parents, l’ex-épouse de son mari qui la trompa avec elle durant de long mois d’adultère ou encore sa meilleure amie d’enfance jamais remise d’un amoureux qu’elle lui ravit sans même s’en rendre compte. Ce regard froid sur le monde s’avère détaché et superficiel (on s’étonnera de sa participation à tant d’association caritatives quand elle se montrera si peu compatissante envers son entourage) altère également son rapport à ses proches, peu enclin à se confier face à ses jugements de valeur impitoyable (sa belle-fille l’admirant tout en craignant ses opinions). Son mariage sera l’élément le plus emblématique de cet état, son époux Ken (Ian Holm) étant un vrai égoïste qui s’assume et auquel elle semble bien assortie.

Le film dessine ainsi progressivement l’éveil de Marion, prenant enfin conscience du vide de son existence et des occasions manquées (belle romance fugace avec Gene Hackman) conséquence de son attitude. Woody Allen évite le côté pesant d’Intérieurs, fragmentant ce voyage intime dans une narration flottante. Le fil rouge sera la voix-off de Marion, reflet discret de son caractère secret puisque l’émotion des images devancera plus d’une fois celle plus contenues de la voix-off n’osant admettre son dépit. Allen se montre d’une invention constante pour traduire par l’image et les situations le mal-être que n’ose s’avouer Marion. 

Des photos d’enfances prendront vie pour refaire vivre des instants douloureux, une séquence de rêve fait dire à ses amis les vrais sentiments qu’ils ont pour elle et parfois sans artifice narratif Marion s’avère carrément omnisciente sur les échanges amers de ses proches à son sujet. Cet aspect morcelé du récit dissémine ainsi les informations au fil de l’aveu qu’ose se faire Marion, les actes les plus cruels mais aussi les déceptions les plus profondes se révélant par la bouche d’une autre. 

L’apaisement des images se conjuguera à celle de cette voix intérieure uniquement dans la dernière scène, lorsqu’elle sera enfin en paix. L’atmosphère automnale et intimiste lorgne bien évidemment sur Bergman (la photo est signée Sven Nykvist, directeur photo emblématique d’Ingmar Bergman) mais Woody Allen parvient à en donner une interprétation réellement personnelle. Une œuvre méconnue et envoutante d’Allen, portée par une Gena Rowlands magnifique. Et au passage c'est le 1500e texte de ce blog !

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM 

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