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mardi 11 août 2015

James Bond contre Dr No - Dr. No, Terence Young (1962)

En 1961 dans la capitale jamaïcaine Kingston, le chef de la section jamaïcaine du MI6, John Strangways, est assassiné en compagnie de sa secrétaire Mary. À Londres, l'agent secret James Bond, de matricule 007, est convoqué dans le bureau de son supérieur et reçoit pour ordre d'enquêter sur la disparition de Strangways et de déterminer si elle est liée ou non à une affaire sur laquelle il travaillait avec la CIA, portant sur la perturbation par ondes radio de lancements de fusées depuis Cap Canaveral.

Production modeste qui aurait pu rester une série B exotique oubliée, James Bond contre Docteur No est au contraire le point de départ d’un véritable mythe cinématographique. Avant d’être un phénomène cinéma, James Bond l’est d’abord en littérature lorsque Casino Royale première aventure du personnage rencontre le succès en 1953. Projection de lui-même fantasmée de son créateur Ian Fleming, le personnage en endosse le raffinement et les goûts (culinaire, alcoolisés comme féminin) et fascinera immédiatement le lectorat d’alors. Fleming poursuit donc ses aventures pour une série de roman au succès croissant dont l’univers d’espionnage s’inspire de sa propre expérience dans la Naval Intelligence Division de l'Amirauté britannique.  Une première adaptation télévisée de Casino Royale sera diffusée en 1954 à la télévision américaine (Bond étant incarné par Barry Nelson) mais ne rencontrera guère d’écho. Fleming ne rêve pourtant que de cinéma pour son héros, imaginant Alfred Hitchcock et Cary Grant (qui ont pourtant conçu une sorte de matrice au James Bond cinéma avec La Mort aux trousses (1959)) derrière et devant la caméra. Toutes les tentatives vont pourtant échouer, y compris une première initiée déjà par Cubby Broccoli qui souhaite la coproduire avec son partenaire Irving Allen. La première rencontre entre ce dernier et Fleming s’avère pourtant si catastrophique (Allen n’ayant que mépris pour les romans) que le projet est mort-né. 

En 1961 l’idée d’une adaptation se fait plus urgente encore, les ventes des romans explosant avec la publication des dix livres favoris de John Fitzgerald Kennedy dans le magazine Life et où Bons baisers de Russie figure en neuvième position. Le producteur Harry Saltzman s’en porte immédiatement acquéreur pour six mois mais il n’a ni les moyens, ni les contacts au sein des studios pour lancer la production d’un film. Cubby Broccoli lui les a et, désormais séparé de Irving Allen cherchera à racheter les droits à Saltzman qui au contraire lui propose une association qui perdurera jusqu’à L’Homme au pistolet d’or (1974). Le roman le plus simple à transposer en termes d’intrigue, de logistique et budget sera Dr No, sixième aventure littéraire de Bond. En dépit du budget modeste, la réussite tiendra du savoir-faire exemplaire de l’industrie britannique tant dès ce premier opus la série des James Bond tient d’un vrai travail collectif. 

Aucun nom ronflant (tous ceux envisagés autant pour le rôle de Bond que d’autres secondaires seront écartés comme Noel Coward qui refusera d’être le Docteur No) mais une solide et ambitieuse équipe dont un Terence Youngvieux routier de la série B et technicien rompu à l’action sur des titres comme Trois chars d’assauts (1950) ou Les Bérets Rouges (1953). Son style punchy et heurté définira la charte des Bond suivant mais il aidera aussi grandement Sean Connery à s’approprier le personnage. Choisi grâce à sa gestuelle féline malgré son inexpérience, Connery est alors encore un jeune homme mal dégrossi, issus d’un milieu modeste et ayant eu plusieurs vies (engagé à 17 ans dans la marine britannique, culturiste et troisième au concours Mister Univers en 1950, divers travaux manuels) avant d’être acteur. La séduction animale est déjà là mais pas forcément la distinction et le gentleman qu’est Terence Young lui apprendra à se tenir en société, affinera ses goûts et le recommandera à son tailleur. Ian Fleming horrifié par ce jeune prolo changera totalement d’avis après avoir vu le film, au point d’ajouter des origines écossaises à Bond dans les opus suivant.

La première apparition graduée de Bond à une table de baccara sera ainsi mémorable. Une ombre, une silhouette, une main puis cet homme à l’allure aussi désinvolte que classieuse qui se présente cigare au bec d’un dédaigneux Bond, James Bond. L’alliance du voyou et du gentleman sied idéalement à un Sean Connery parfait. C’est précisément ce mélange d’élégance et de férocité, de classe et de vulgarité qui fera tout l’attrait du film, à tout point de vue. L’entrevue avec le chef du MI6 M (Bernard Lee) teinté d’autorité militaro - paternelle affectueuse voit son sérieux contrebalancé par le ping-pong séducteur avec la secrétaire Moneypenny. Bond est également un héros à la sexualité affirmée, typique poussant jusqu’au bout la logique du héros macho. Les femmes le regardent avec désir et le poursuivent de leurs assiduités (Sylvia Trench à peine rencontrée l’attendant en nuisette dans son appartement), si ce n’est pas le cas sa séduction virile s’impose à elles (la secrétaire agent du Docteur No dont il profite tout en connaissant sa traitrise) tôt ou tard (Honey Rider méfiante mais sous le charme au final). 

Cette dualité opère aussi dans l’exotisme du film, le dépaysement ne virant jamais à la carte postale et toujours imprégnée d’une aura menaçante à travers le folklore local (les pittoresques faux aveugles qui s’avèrent être des assassins redoutable). Enfin, cela s’applique bien sûr à l’héroïsme tout particulier de Bond. Adepte du jeu de mot macabre (loin cependant de la surenchère grotesque d’un Roger Moore trop blagueur) après s’être débarrassé d’un ennemi, Bond malmène et tue de sang-froid (le professeur Dent (Anthony Dawson) désarmé et abattu froidement, presqu'avec plaisir) quiconque s’interposera sur son chemin, faisant passer la chose avec un bon verre. C’est un véritable choc dans le paysage cinématographique d’alors et ce Bond sera l’incarnation la plus fidèle du personnage avant d’être progressivement adoucie à partir de Goldfinger (1964) et Sean Connery crève l’écran par sa présence élégante et menaçante. Les ennemis seront à la hauteur de ce héros surdimensionné avec le Dr No (Joseph Wiseman) où là encore l’apparat de bd entourant le personnage (la forteresse, les traits eurasiens forcés par le maquillage d’un acteur canadien) ne sont qu’un contrepoint à sa présence glaciale et inquiétante. 

C’est bien tous ces éléments typiques du cinéma d’aventures (dépaysement, action, érotisme) mais aux traits accentués qui font toute la particularité de ce premier James Bond et qui seront affiné dans les opus suivant. C’est déjà la promesse d’un divertissement plus corsé que la moyenne en dépit d’éléments ayant forcément vieillis notamment les scènes d’actions (cette poursuite en voiture en rétroprojecteur bien ratée). 

Le style fait pourtant tout dans la caractérisation du personnage (le Walter PPK, le vodka-martini) et marque la rétine (fabuleux décor de salle de contrôle par Ken Adam qui signera d’autres créations folles pour la série, l’apparition d’Ursula Andress en bikini posant les bases de la James Bond Girl) autant que les oreilles avec le légendaire thème de Bond. D’un vague thème de Monty Norman, John Barry fera un arrangement percutant, inventif et entêtant dont il ne pourra pourtant pas s’attribuer la paternité. Il se rattrapera en signant onze bandes originales pour la saga. Félin, bariolé, sensuel et brutal même si encore perfectible, un premier épisode marquant : la légende était en marche.


Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Fox

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