Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 7 juin 2018

Le Château ambulant - Hauru no ugoku shiro, Hayao Miyazaki (2004)


Une jeune fille de dix-huit ans, Sophie, qui travaille dans le magasin de son défunt père, rencontre par hasard un mystérieux sorcier nommé Hauru, lors d'une course poursuite. Hauru la prend alors en sympathie. Cependant la sorcière des Landes, qui est amoureuse de Hauru, devient jalouse de l'attention portée à Sophie par ce dernier. Pour se venger, elle décide de transformer la jeune Sophie en une vieille dame de quatre-vingt-dix ans. Incapable de révéler cette transformation à sa famille, elle s'enferme chez elle, puis s'enfuit.

Le Château Ambulant semble marquer pour Hayao Miyazaki un retour à une inspiration occidentale après Princesse Mononoké (1997) et Le Voyage de Chihiro (2001) aux thématiques et esthétiques plus spécifiquement japonaises. Le film adapte en effet le roman  Le Château de Hurle de Diana Wynne Jones paru en 1986 et permet au réalisateur de renouer avec tout l’imaginaire des grande œuvres des 80’s : éléments steampunk rappelant Le Château dans le ciel (1986) notamment avec l’omniprésence des machines volantes, cité portuaire à l’esthétique Belle Epoque façon Kikila petite sorcière (1989) et magie intégrée à l’univers… A ce titre le film est une véritable splendeur visuelle, foisonnante de détail et d’authenticité dans les visions de la ville, virtuose comme jamais dans les morceaux de bravoure aériens et sacrément inventif dans certaines créations comme le monstre de ferraille mobile que constitue le design du château de Hauru. Malgré cet indéniable éblouissement formel, quelque chose ne fonctionne pas suffisamment pour réussir à nous emporter.

 La première partie est cependant fort plaisante, entremêlant un très original cheminement intime avec une atmosphère baignée de magie et l’ampleur d’un environnement de monde en guerre. La jeune Sophie se restreint aux amusements de son âge en s’occupant du magasin de son défunt père. L’aventure la trouve plutôt que l’inverse quand elle tombe sous le charme du jeune sorcier Hauru. Mais elle va susciter la jalousie de la sorcière des Landes qui va lui infliger un terrible sortilège en la transformant en vieillarde. L’existence figée et ennuyeuse de l’héroïne prend un tour paradoxalement plus palpitant avec ce vieillissement. Miyazaki durant la même période s’était offusqué que la Mostra de Venise lui adresse un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière, y voyant un prix de « vieux » avant d’accepter l’honneur en voyant que des personnalités encore actives comme Clint Eastwood l’avaient reçu. 

Symboliquement la vieillesse ne rattrape que ceux qui s’y résignent et en affrontant son sort, Sophie se découvre l’entrain et la vigueur qui lui manquait « jeune ». De manière générale tout au long du film les sortilèges ne sont qu’une prolongation visuelle des manques de chacun des protagonistes, amenés à s’altérer par intermittence lorsqu’ils évoluent. C’est le cas de Sophie retrouvant sporadiquement ses traits juvéniles, Hauru passant de dandy blond narcissique à jeune homme brun attachant et la sorcière des landes brutalement ramenées à son vrai âge. 

L’ensemble des « maudits » va ainsi former une sorte de famille dysfonctionnelle (à laquelle on peut ajouter un épouvantail vivant) dont Sophie va s’occuper. La narration un peu lâche sert au départ cette communauté en devenir mais qui finit par s’égarer quand vient l’heure de la résolution. Princesse Mononoké et Le Voyage de Chihiro brillaient par leur construction brillante où Miyazaki articulait parfaitement les maux intimes puis les étapes de la reconstruction de ses personnages. Dès lors fort de leurs spiritualité et féérie baignés de folklore japonais (notamment la culture animiste), les conclusions dans leurs raccourcis oniriques coulaient de source (la renaissance d’un monde dans Mononoké, l’amitié/romance entre Chihiro et Haku retrouvant leur identité). Le Château Ambulant mélange l’univers « concret » des films « occidentaux » de Miyazaki avec le lâcher prise rêvé de ses œuvres plus spécifiquement japonaises sans que le mariage n’opère complètement. 

Le film refait et étire finalement sans la même rigueur la relation Chihiro/Haku du Voyage de Chihiro : héroïne apathique s’éveillant dans l’adversité, héros maudit et impétueux dans son usage de la magie, ying et yang de personnages double oscillant ente le bien et le mal… Cela fonctionne par moment mais l’arrière-plan guerrier sans vrai contexte alourdit l’ensemble (nous sommes loin des enjeux vertigineux de Princesse Mononoké, Le Château dans le ciel ou Nausicäa (1984)) et Miyazaki semble pour la première fois plus miser sur sa virtuosité que sur un scénario impeccable pour résoudre son intrigue. Aussi flamboyante visuellement que soit la dernière partie, elle finit par nous laisser extérieur à son déroulement par ses raccourcis et facilités. Peut-être que les changements par rapport au roman en sont la cause mais en tout cas tout l’œuvre originale semble être comme forcée à se fondre sans harmonie à l’univers et thématiques de Miyazaki. Une des vraies et rares déceptions de la part du génie de Ghibli.

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Buena Vista

 

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