Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 23 août 2021

Alexandrie... Pourquoi ? - Iskanderija... lih ?, Youssef Chahine (1979)

1942, Alexandrie. L’Egypte, sous la domination britannique, s’attend à la prochaine arrivée de troupes allemandes ; la bataille d’El-Alamein est imminente. Yéhia, un adolescent pétri de cinéma américain, veut devenir acteur et prépare un spectacle avec ses camarades du lycée catholique.

Alexandrie… Pourquoi ? entame pour Youssef Chahine une tétralogie autobiographique qui se poursuivra avec La Mémoire (1982), Alexandrie encore et toujours (1990), Alexandrie-New York (2004). Cette orientation arrive à un moment-clé dans la vie du réalisateur qui s’apprête à subir une opération à cœur ouvert des suites d’un problème aux artères – évènement qu’il abordera dans La Mémoire. Ce contexte mène donc Chahine à une forme d’introspection où en se plongeant dans l’Alexandrie de sa jeunesse, il parlera de lui-même et de ses espérances d’alors tout en dressant un portrait choral des différents microcosmes de la société égyptienne. 

Le héros adolescent Yéhia (Mohsen Mohieddin) est le double de Youssef Chahine et traverse le récit de sa fougue, porté par ses velléités artistiques. Son bouillonnement reflète celui de toute cette société égyptienne à vif dans ses amours, ses revendications politiques et/ou sociale. La première partie du film avance sous la menace de l’invasion des troupes allemandes avançant vers Alexandrie et amorçant la bataille d'El-Alamein. Ces derniers instants avant le possible chaos sont donc ceux des amours bientôt interdits entre une juive et un arabe, ceux d’une liberté illusoire chez les activistes attendant les nazis en libérateur du colon anglais, ceux où l’on ose enfin défier le patron d’usine tyrannique, et enfin et surtout ceux où l’on enflammera la scène de théâtre d’une sensibilité qui ne demande qu’à se révéler. 

La mise en scène de Chahine traduit cette énergie par l’intensité et la virtuosité de ses ruptures de ton, tel ce moment où Yéhia va déclamer avec rage un passage d’Hamlet devant sa classe. La subtilité des émotions et l’absence de manichéisme s’exprime également par cette manière de capturer le déraillement d’un phrasé, la force d’un regard où l’on devine les dogmes s’effacer pour laisser entrevoir les sentiments. Ainsi un jeune militant égyptien issu d’un milieu bourgeois va chercher à marquer son engagement en assassinant au hasard un jeune soldat anglais. Les dialogues révèlent les différences sociales entre eux et intronisent l’individu au-delà de l’uniforme ou la nationalité, tandis que la gestuelle passionnée laisse entendre des amours plus coupables que certaines situations auront trahies (le réveil en sous-vêtement du jeune anglais). 

L’imminence de la fin incite à brûler au firmament avant de disparaître, et cela passe par l’obsession du monde du spectacle de Yéhia d’abord longuement spectateur/rêveur de l’éclat hollywoodien et la comédie musicale, puis acteur enfiévré d’une réussite espérée. Une séquence de représentation pourtant ratée devient l’enjeu d’une vie pour l’artiste en herbe, par l’émulation qu’il parvient à créer parmi ses camarades, les soutiens que son allant provoque (la princesse venant assister au spectacle) et la magie que parvient à tirer Chahine d’un échec avec son tourbillon de couleurs, danses et panoramiques passant des coulisses à la scène. Lorsque l’arrivée des Allemands est évitée, la vie et ses déconvenues ordinaires reprennent leurs droits. Tous les espoirs que ce tsunami aura suscités seront voués à l’échec, et préfigurent les soubresauts politiques à venir par cette évocation du conflit israélo-palestinien en germe qui provoquera l’ire des pays arabe et l’interdiction du film dans différentes contrées du Moyen-Orient.  

Les révolutions du monde réel semblent impossibles à accomplir, à l’image de l’échec du père progressiste et droit de Yéhia (Mahmoud El-Meliguy). Il faut donc chercher à réaliser l’ambition de la sphère du rêve et des arts, toute l’urgence de la dernière partie consistant à permettre le départ au Etats-Unis de Yéhia dans l’école qui souhaite l’accueillir (ce qui fut une réalité pour Youssef Chahine qui parti à 21 ans étudier le cinéma à Pasadena Playhouse, à Los Angeles). Le recul de l’adulte s’entremêle à la furie juvénile dans le fond comme dans la forme pour un résultat captivant et touchant. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Tamasa et disponible aussi sur Netflix

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