Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 20 août 2021

Tuer n'est pas jouer - The living daylights, John Glen (1987)


 Après que Bond ait aidé un officier soviétique à traverser le Rideau de Fer pour passer à l'ouest, il découvre avec stupeur que celui-ci a été retrouvé et kidnappé. La piste le mène sur les traces d'une belle violoncelliste, Kara, qui va l'entraîner dans une suite de situations dangereuses, avec comme paroxysme une base militaire en Afghanistan où il doit stopper un trafic d'armes.

Roger Moore vieillissant s’était volontairement retiré après Dangereusement Votre (1985) malgré la popularité intacte de son incarnation de James Bond. C’est l’occasion pour les producteurs d’envisager un Bond plus jeune qui serait à la fois un retour aux sources plus humain au héros de Ian Fleming, mais aussi plus dans l’ère du temps, que ce soit en termes de canon de héros d’action mais aussi des mœurs contemporaines. Cubby Broccoli avait déjà proposé le rôle à Timothy Dalton à la fin des années 60 pour succéder à Sean Connery dans Au Service Secret de sa Majesté (1969), mais l’acteur s’estimant alors trop jeune avait décliné la proposition. Il se montre cette fois plus intéressé, mais un conflit d’agenda l’obligera une nouvelle fois à refuser. Pierce Brosnan remportera alors la mise face à un Sam Neil sérieusement envisagé, mais les producteurs de la série Remington Steele dans laquelle joue Brosnan font jouer leur close d’exclusivité pour le forcer à tourner une cinquième saison. Bond s’éloigne (pour l’instant) et entretemps Timothy Dalton se trouve de nouveau libre et va pouvoir enfin revêtir le costume de l’agent secret 007.

Cette gestation compliquée va jouer sur le ton de Tuer n’est pas jouer. D’abord envisagé comme un préquel sur les premiers pas de Bond (idée rejetée par Broccoli mais qui ressurgira 20 ans plus tard), le scénario s’écrit sans acteur en tête avant d’être un peu réajusté à la personnalité de Dalton. Néanmoins on retrouve quelques idées fantaisistes que l’on devine initialement pensées pour Roger Moore, que ce soit dans les bons mots superflus, quelques situations ou cascades farfelues (dont une tournée mais coupée au montage où Bond traversait deux bâtisses à Tanger sur un tapis volant) et le ton du film s’avère inégal. On retrouve cependant la volonté d’ancrer James Bond dans le réel avec une pure intrigue d’espionnage de Guerre Froide qui s’avère assez captivante durant la première heure. Le jeu de dupe d’un agent du KGB exfiltré par l’Ouest annonce des tensions entre les deux blocs, mais Bond soupçonne une volonté externe de susciter cette confrontation à des fins obscures. L’enquête est prenant et se dote d’un enjeu romantique touchant avec la violoncelliste Kara (Maryam D’Abo). Face à la naïveté de cette dernière, c’est l’occasion pour Timothy Dalton d’interpréter la dualité d’un Bond à la fois plus humain et romantique, mais également le professionnel froid et manipulateur exerçant sans ciller son permis de tuer. Ni dans le sadisme viril d’un Sean Connery, ni dans la distanciation amusée de Roger Moore, Dalton trouve sa voie à travers une prestation sobre et sensible qui surmonte la tonalité schizophrène du film.

Après un Roger Moore laissant de plus en plus les scènes d’actions à ses doublures, on retrouve un Bond physique et menaçant par la grâce d’un Dalton exécutant nombres de cascades lui-même. C’est l’occasion de savourer quelques jolis morceaux de bravoures, dont la très inventive descente enneigée dans un étui de violoncelle transformé en luge. L’excès de gadget ne sied pas au Bond réaliste de Dalton et, si l’on est content de voir revenir l’Aston Martin, d’autres accessoires font un peu trop office de deux ex machina pour sauver la mise de notre héros tel cet explosif à retardement siffleur. La deuxième partie en Afghanistan s’égare malheureusement. Si l’on peut saluer la volonté d’ancrer Bond dans un contexte réaliste de l’époque, le traitement avec ces braves moudjahidin face à la méchante armée russe datait déjà le film au moment de sa sortie (de la même manière qu’un Rambo 3 qui sortira l’année suivante, même si le Bond ne relève pas de la même volonté impérialiste que le film hollywoodien de Stallone) et encore plus aujourd’hui au vu de l’actualité récente. 

Les rebondissements se font alors un peu poussifs malgré des scènes d’actions spectaculaires où les équipes de cascadeurs et de trucages optiques font des merveilles (le combat suspendu sur le bombardier, l’explosion du pont en matte-painting absolument imperceptible encore aujourd’hui). Les méchants veules, grotesques mais guerre intimidants (le fou de guerre Joe Don Baker semble lui aussi plus approprié à la période Moore) participent aussi à cette perte progressive d’intérêt d’une intrigue tirant trop en longueur. 

On saluera également le baroud d'honneur de John Barry à la saga avec un score élégant et moderne, dans la continuité du mélange symphonique et electro-pop développé dans Dangereusement Votre (au point de reléguer la magnifique chanson If there was a man des Pretenders, générique initial, à la fin au profit de A-Ha avec le morceau-titre The Living Daylights).Malgré ces imperfections, Tuer n’est pas jouer est cependant un Bond plein de promesses qui seront tenues dans l’opus suivant cette fois taillé sur mesure pour Dalton, l’incroyablement féroce Permis de tuer (1989). 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Sony

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