Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 13 janvier 2022

Parade / Water Dream / Le Vieux crocodile - Koji Yamamura (2005, 2016, 2017)


 Koji Yamamura est un maître de l’animation contemporaine régulièrement salué et reconnu par ses pairs (nomination à l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation pour Le Mont chef en 2002, puis le Cristal du court-métrage pour cette même œuvre au Festival d’Annecy), mais dont la portée demeure confidentielle auprès du grand public. Cette sortie dvd Montparnasse est donc l’occasion d’amener une plus grande lumière sur lui, d’autant que les trois courts-métrages composant l’édition entretiennent des liens étroits avec la France.

Le plus ancien est Le Vieux crocodile datant de 2005, et qui est une adaptation de l’histoire éponyme issue du recueil pour enfants Histoire du Poisson Scie et du Poisson Marteau écrit par Léopold Chauveau et paru en 1923. Ce choix montre l’ouverture et la versatilité de Yamamura qui s’attaque à un auteur qui était à cette période paradoxalement plutôt oublié en France. Léopold Chauveau était un artiste complet exerçant le dessin, la peinture ou la sculpture (une exposition lui fut d’ailleurs consacré au Musée d’Orsay en 2020) et avait notamment livré quelques illustrations accompagnant les pages de Le Vieux Crocodile. Yamamura se défait ainsi du style qui lui valut sa reconnaissance internationale sur Le Mont Chef pour se plier au trait de Chauveau dans son adaptation. Dans le respect de cette tonalité de conte, c’est le plus accessible et narratif des trois courts du dvd. La voix-off allie distance amusée et mélancolie sur cette histoire tragicomique de l’amitié entre une pieuvre et un vieux crocodile, le second ne parvenant pas à contenir ses instincts carnivores envers son compagnon. Le trait arrondi des animaux et leurs regards expressifs amènent la naïveté attendue tandis que l’épure des décors exprime cette dimension de fable teintée d’ironie. L’émotion fonctionne au premier degré tout en sous-entendant pour l’adulte un profond pessimisme. 

 

Grand amateur d’Erik Satie, Yamamura creusera de nouveau ce sillon français en 2016 en réalisant Parade. Parade est le titre d’un ballet joué en 1917 qui se voulait sortir des conventions scéniques d’alors, et étant conçu par un collectif d’artistes de haut vol : Erik Satie à la musique, Pablo Picasso aux décors et costumes, Léonide Massine à la chorégraphie, Jean Cocteau pour le livret, excusez du peu… La partition de Satie s’y démarquait par son refus des lignes mélodiques simples et un choix pour les dissonances martelées. L’ensemble offre une sorte de collage sonore jazzy inclassable qui accompagne aussi une histoire hors des canons romanesques de rigueurs. Yamamura tient compte de tout ce passif dans son film qui se veut à la fois portrait de Satie, transposition du ballet mais aussi évocation du scandale qu’il provoqua dans les milieux culturels à l’époque. C’est bariolé, imprévisible, surréaliste et très original.

Au cours de ces précédents projets se nouera une amitié entre Yamamura et le duo d’artiste Catherine Verhelst (compositrice et pianiste) et Hervé Tougeron (auteur et metteur en scène). Ces derniers vont solliciter Koji Yamamura pour réaliser Water Dream/L’eau des rêves. Le défi est ici de proposer un alliage musique classique/animation pour dépeindre les quatre grandes ères de l’apparition de la vie sur terre : Protérozoïque, Paléozoïque, Mésozoïque et Cénozoïque. L’entreprise n’est pas totalement inédite puisque Disney s’y était essayé dans un des segments de Fantasia (1940) sur Toccata et fugue en Ré Mineur de Jean-Sébastien Bach. Cependant Disney avait opté pour une pure imagerie abstraite alors qu’ici Yamamura a une approche de plasticien où la mer, plus particulièrement l’élément liquide et sa texture, sont omniprésents. Les moments les plus insaisissables ne nous le font jamais oublier tandis que la partition originale de Catherine Verhelst amène une portée hypnotique à l’ensemble, notamment l’usage des chœurs. La bascule entre les ères sont amenées avec poésie et minutie, les variations sonores et formelles nous guidant vers une vie de plus en plus palpable et concrète où se distingue les premiers silhouettes de poissons et autres mammifères marins. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Montparnasse

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