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mercredi 21 novembre 2012

The Music Lovers, La Symphonie Pathétique - Ken Russell (1970)


Disparu dans un relatif oubli en 2011, Ken Russell fut une des figures les plus importantes du cinéma anglais des années 70/80. Son style baroque et excessif, son goût pour la provocation et le scandale fit de ses films de vrais évènements médiatiques durant sa grande période notamment le fameux Les Diables (1971). The Music Lovers arrive à un moment où la carrière du réalisateur est en pleine ascension. Après avoir principalement œuvré pour la télévision, Russell s’était fait remarquer en dynamitant le troisième volet de la saga d’espionnage des Harry Palmer, Un cerveau d’un milliards de dollars (1967). Le côté espionnage décalé des deux précédents épisodes prend un tour plus fou et iconoclaste sous l’impulsion de Russell qui transforme l’ensemble en James Bond sous acide détonant.


 Ce premier tour de force lui permet d’être engagé pour la mise en scène de Women in love (1969), adaptation du roman éponyme de DH Lawrence. En apparence plus sobre et académique, le film se démarque pourtant de l’adaptation sage attendue. Ken Russell truffe le film d’inventions formelles et de rupture de ton déroutantes pour dépeindre ces chassé-croisé amoureux, tout en y posant certaines de ses obsessions comme l’homosexualité au cœur de The Music Lovers justement. Women in love recevra un excellent accueil public et critique, Glenda Jackson remportant même l’Oscar de la meilleur actrice.

La voie était toute tracée pour Ken Russell plus libre dans ces réalisations suivantes ce qui se manifeste donc dès le film suivant qu’est The Music Lovers. Le film s’inscrit dans un cycle que Russell consacre au biopic de grands compositeurs auxquels s’ajouteront  Mahler (1974), Lisztomania (1975) et précédé à la télévision par Bartok (1964) ou Elgar (1962). Ici il sera question de retranscrire l’existence de Tchaïkovski. Russell choisit bien évidemment un angle controversé en évoquant le sujet tabou (encore aujourd’hui en Russie) de l’homosexualité de du compositeur incarné par Richard Chamberlain.   

 A travers les tourments existentiels que lui cause son penchant, Tchaïkovski exprime un thème au cœur de nombres des œuvres de Russell, la quête (et son échec) de la grande passion amoureuse. Chez Russell cette obsession est synonyme d’aveuglement et de risques insensés pour l’atteindre comme héros de Women in love, et face à la fadeur du monde réel les personnages se réfugie dans l’artifice et les apparences tel la Kathleen Turner schizophrène des Jours et Nuit de China Blue.

Cela est parfaitement exprimé dans une des premières scènes de The Music Lovers, lorsque Tchaïkovski joue sa première grande symphonie devant un public. Là, dans un tourbillon de rêveries, fantasmes et de flashback défilent les espérances amoureuses impossibles du compositeur mais aussi celle de son amant le comte Anton Chiluvsky,  de sa future épouse Antonina Milioukova (Glenda Jackson), sa sœur au désir incestueux Sasha et l’admiratrice silencieuse Nadejda Von Meck. 

Tous représentent une des possibles aspirations amoureuses de Tchaïkovski, toutes vouées à l’échec. L’assouvissement des sens interdit par la morale avec son amant, une normalité qui le dégoutte avec son épouse ou une communion spirituelle illusoire avec la mécène Nadejda Von Meck forment tous autant d’impasse dans ce désir d’absolu.

Russell fait passer tout cela par la seule force de l’image (les dialogues sont plutôt rares) et son sens de l’excès, notamment le jeu outrancier et expressifs des acteurs notamment une Glenda Jackson à l’abandon impressionnant. Russell sait aussi faire preuve d’une vraie finesse sous les écarts visuels dont cette scène où les personnages assistent à une représentation du Lac des Cygnes

La connaissance de l’intrigue  l’Opéra et le montage aventureux permet de faire un rapprochement logique avec la situation précaire du triangle amoureux : l’épouse est le cygne noir qui conduira le Prince Siegfried/ Tchaïkovski à sa perte et le cygne blanc son amour fidèle. Le degré de fascination sera tout aussi grand dans la manière dont Russell illustre l’amour platonique et épistolaire entre Tchaïkovski et Nadejda Von Meck, ce qui est somme toute logique puisque le film s’inspire de leur correspondance recueillie par Catherine Drinker Bowen spécialiste des biographies de grands musiciens. 

La Russie du XIXe vue par Russell est un reflet mental des personnages.Les visions de Moscou et Saint-Pétersbourg  alternent entre imagerie de contes de fée et pure confusion grotesque selon les sursauts créatifs de Tchaïkovski.. On appréciera la reconstitution somptueuse dans la demeure de Nadejda Von Meck dont les vastes intérieurs dévoilent son  esprit romanesque et rêveur. Il y a tellement de détails et  d’éléments sous-jacents qu’une vision ne suffit pas à savourer la splendeur de The Music Lovers, notamment la magnifique photo de Douglas Slocombe.

Sorti en dvd zone 2 français chez Bel Air

Extrait

4 commentaires:

  1. Mais qu'est donc devenue Glenda Jackson ??!!
    Tout le monde était à ses pieds en ces années-là ! Une espèce de déesse de l'Art dramatique intello qu'on s'arrachait à Hollywood et à Broadway. Un genre de Meryl avant la Streep.
    Puis, hop, disparue! Plus personne.
    Si quelqu'un a des news...
    L.F.

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  2. Glenda Jackson a entamée depuis les années 90 une assez brillante carrière politique. Elle a même faillit remplacer Tony Blair à son départ en 2006 et fait partie du parlement britannique. C'est ce qu'on appelle réussir sa reconversion !

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  3. Un extrait au format 4/3 anamorphosé, quel dommage ! A quoi pensent les "youtubeurs" ?
    Film très important pour moi : j'ai enchaîné deux séances lors de sa sortie.

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  4. Oui c'est dommage pour le format, j'ai mis l'extrait quand même car c'est une des plus belles séquences du film même si un peu gâchée. En tout cas cette nouvelle édition a vraiment une belle copie qui rend bien justice au film.

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