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jeudi 8 novembre 2012

Les Choses de la vie - Claude Sautet (1969)


Pierre (Michel Piccoli), architecte d'une quarantaine d'années, est victime d'un accident de voiture. Éjecté du véhicule, dans le coma, au bord de la route, il revoit son passé et les deux femmes qui comptent dans sa vie, Catherine (Léa Massari) dont il est séparé et avec qui il a eu un fils, et Hélène (Romy Schneider), avec qui sa relation amoureuse est à un tournant...

Avant Les Choses de la vie les premiers films de Claude Sautet n'étaient guère représentatifs de sa personnalité, entre la grosse comédie Bonjour Sourire (1955) qu'il reniera par la suite, et les pourtant efficaces collaborations avec Lino Ventura avec le polar Classe tout risques (1960) et le film d'aventure L'Arme à gauche (1965). Peu satisfait de ces films qui ne lui ressemblent pas, Sautet abandonne donc la réalisation pendant quatre ans pour mieux officier dans l'ombre et contribuer aux scripts des films de ses amis avec La Vie de Château (1965) de Jean-Paul Rappeneau ou Le Diable par la queue (1969) de Philippe de Broca pour l'officiel puisque cette activité de script doctor courant sur toute sa carrière ne fut pas forcément créditée à chaque fois. C'est avec Les Choses de la vie qu'il se réinvente, le succès du film lui permettant enfin de creuser ce sillon personnel qui donnera tous ses grands classiques des années 70 que sont César et Rosalie, Vincent, François, Paul... et les autres , Max et les ferrailleurs, Mado...

En adaptant le roman éponyme de Paul Guimard, Claude Sautet développe tous les grands thèmes de ses films suivants, le manque de communication dans le couple et surtout la figure masculine incapable d'extérioriser ses émotions. Ces questionnements seront plus approfondis dans les œuvres à venir, et c'est justement cette approche tout en esquisses qui fait tout le prix des Choses de la vie. Le film est traversé par le poids du souvenir et de l'inéluctable.

La fatalité est exprimée d'emblée avec les images de cette foule inquiète et curieuse observant la carcasse calcinée d'une voiture dont on ne voit pas encore l'occupant gisant à terre. Tout semble déjà joué lors de ce générique rembobinant le terrible accident et ramenant le blessé à sa vie paisible quelques jours plus tôt. Pierre (Michel Piccoli) coule des jours heureux avec sa nouvelle compagne Hélène (Romy Schneider) mais n'a jamais vraiment oublié Catherine (Lea Massari), sa première épouse. Cette hésitation pas encore résolue fragilise le couple lorsque Pierre va tergiverser alors qu'ils préparent un départ définitif à l'étranger.

Saute distille subtilement les éléments reconstituant le puzzle de la personnalité de son héros, que ce soit une conversation où on devine les liens intact entre Catherine et Pierre ou encore l'égo de ce dernier qui fait volte-face en découvrant (ou se souvenant) sur un détail qu'un ami est désormais l'amant de son ex. C'est ce même égo et cette carapace qui va l'amener à faire preuve d'une révoltante froideur envers Hélène, qui à l'opposé est un livre ouvert pour exprimer ses sentiments et est éperdument amoureuse de lui. Romy Schneider est absolument magnifique avec ce personnage tout en abandon, bouleversant sans un mot le temps d'une scène où elle ressurgit de l'entrée de son immeuble pour observer Piccoli parti sans un mot ni un regard après une dispute.

La narration est entrecoupée d'inserts de l'accident (très impressionnant) jetant un voile funeste sur toute les erreurs commise par Piccoli et qui ne pourront être réparées. Des souvenirs en flashback interviennent également du point de vue de notre héros, symbole de son dilemme puisque alternant entre les images estivales de son bonheur avec Lea Massari sur l'île de Ré et le romantisme plus flamboyant des moments avec Romy Schneider avec une première rencontre fabuleuse où d'une voix perdue dans une pièce sa présence se concrétise par son regard bleu magnétique envahissant soudain l'écran.

Après avoir adopté une certaine hauteur de point de vue, Sautet fait enfin se rejoindre les deux temporalités du récit et plonge totalement dans l'intime en faisant partager les ultime pensées d'un Michel Piccoli mourant et qui l'ignore. Les flashbacks se mue en hallucinations synonyme de mort, la voix-off déterminée de Pierre dénote avec le délabrement de son corps, se raccrochant à la vie pour déchirer cette horrible lettre qu'il n'aurait jamais dû écrire. Michel Piccoli est extraordinaire, ne dévoilant sa fragilité qu'une fois seul (magnifique moment de mélancolie quand de nuit en voiture son regard trahi les regrets de son attitude, émotion suspendue appuyée par les notes de Philippe Sarde) ou totalement démuni et vulnérable après l'accident.

Sautet offre de belles idées narratives et visuelles pour traduire la confusion de Pierre : la fougère du sol où il git se confondant avec une autre traversée en souvenir avec Romy Schneider, la voix-off de Piccoli de plus en plus erratique, les détails qui transforment les flashbacks en rêveries du condamné. Rien n'est excessivement appuyé, la narration progresse à l'image du maelstrom et de la confusion de souvenirs qui assaillissent Piccoli et exprime ainsi ce qu'est Les Choses de la vie, un long et ultime songe teinté de regrets éternels.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

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