Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 14 novembre 2012

Invasion Los Angeles - They Live, John Carpenter (1988)


John Nada parcourt les routes à la recherche de travail comme ouvrier sur les chantiers. Embauché à Los Angeles, il fait la connaissance de Frank Armitage qui lui propose de venir loger dans son bidonville. John va y découvrir une paire de lunettes hors du commun : elles permettent de voir le monde tel qu'il est réellement, à savoir gouverné par des extra-terrestres ayant l'apparence d'humains et maintenant ces derniers dans un état apathique au moyen d'une propagande subliminale omniprésente.

 Les années 80, leur superficialité, leur ode au consumérisme et à l’individualisme constituèrent un violent retour sur terre après les élans libertaires de la décennie précédente. Sous l’ère Reagan, la pensée unique du patriotisme et de la seule quête du profit reprend ses droits, valeur déformée de l’Amérique prospère et idéalisée des années 50 mais ici teintée d’un terrible cynisme où les écarts de richesse se font de plus en plus grands. Les symboles de cette réussite insolente et égoïste sont bien sûr les yuppies, chantres de la finance imbus d’eux-mêmes. La résistance s’organise pourtant à travers diverses œuvres passionnantes. On peut notamment évoquer la vague de films associée au « yuppie nightmare », ces œuvres qui plongent ces nantis dans un véritable cauchemar surréaliste mettant à mal leur assurance (After Hours de Martin Scorsese, Dangereuse sous tout rapport de Jonathan Demme) ou au contraire nous faisant partagé leur détachement des autres avec le cultissime American Psycho de Bret Easton Ellis. Wall Street (1987) d’Oliver Stone est sans doute le film emblème de cette prise de conscience avec son leitmotiv Greed is good mais finalement les œuvres les plus cinglantes en passeront par la science-fiction pour un ton bien plus corrosif avec le Robocop de Paul Verhoeven et donc Invasion Los Angeles de John Carpenter.

Carpenter revenu à des productions plus austères après les échecs successifs de The Thing et Les Aventures de Jack Burton peut désormais librement éclater son amertume, They Live succédant au déjà très sombre  Prince des ténèbres. Ayant grandi dans une Amérique désormais plus méfiante de son gouvernement et de ses mensonges, Carpenter (de son propre aveux loin d’avoir des convictions de gauche) ne reconnaît plus son pays et les inégalités qui le gangrènent à cette période. L’argument de la courte nouvelle Les Fascinateurs (Eight O'Clock in the Morning en VO) de Ray Faraday Nelson va lui donner matière à tirer un film de cette situation.

Dans la nouvelle, un homme découvrait après une séance d’hypnose que le monde était truffé d’extraterrestre cohabitant avec les humains et les exploitants. Carpenter ne conserve que cet argument de départ, la vision réelle du monde se faisant par des lunettes de soleil nous montrant un quotidien où toute les publicités sont en fait des messages subliminaux de soumission, où la plupart des nantis et figure d’autorités sont des extraterrestres ou alors des humains ayant pactisé avec eux par soif de réussite.

Avant ce basculement, Carpenter nous plonge dans cette Amérique des laissés pour compte à travers son héros John Nada (l’ancien catcheur Roddy Pipper sobre et authentique). Ce dernier est un ouvrier fraîchement débarqué à LA pour trouver un job, un dialogue révélant plus tard qu’il a été victime d’un licenciement de masse dans sa région d’origine. Son nom de famille Nada contient déjà la symbolique de son insignifiance, tout comme sa première apparition tel un hobo des temps modernes au fond du cadre dans une gare ouvrière. Cette insignifiance est manifestée visuellement à diverses reprises par ses plans d’ensemble montre sa silhouette écrasée par les immenses buildings de verres illustrant la vraie réussite, à des hauteurs auxquelles il n’aura jamais accès. 

Double à l’écran de John Carpenter, John Nada malgré les obstacles croit pourtant en l’Amérique et sait que son tour viendra s’il persévère comme le souligne un dialogue. Pourtant quelque chose semble s’être déréglé dans cette terre de tous les possibles, à l’image de ce bidonville voisinant avec ce quartier des affaires et les signes d’un monde en déliquescence affluent après ces sermons d’apocalypse d’un prêtre aveugle, des messages alarmistes et paranoïaque venant interrompre les abrutissants programmes télévisés.

 Nada va ainsi découvrir qu’une fragile résistance tente d’agir et va voir le monde sous son vrai jour lors de la saisissante scène où il enfilera pour la première fois les lunettes. C’est un univers totalitaire en noir et blanc où toutes les publicités, lectures et émissions prodiguent un message d’abêtissement et de soumission simple et implacable des valeurs du moment : sleep, obey, this is your god à la vision d’un billet de banque. La plupart des cols blancs s’avèrent être des extraterrestres placés dans les hautes sphères pour mieux nous épier et nous dominer.

Comme tout bon Carpenter, le film bascule ainsi dans le western masqué pour montrer la prise de conscience musclée de Nada qui va décimer sans vergogne tous les aliens se plaçant en travers de sa route. 

 Après cette entrée en matière remarquable le ton se fait plus simpliste et l’intrigue fait preuve de quelques raccourcis qui nous rappellent que nous sommes dans une série B, mais ô combien rageuse et jubilatoire à l’image de cette tirade de Nada entrant fusil à la main dans une banque : I have come here to chew bubblegum and kick ass... and I'm all out of bubblegum.Il est d’ailleurs largement sous-entendus que les humains sont tout autant coupable de cet état, les alliés de l’envahisseur y trouvant leur intérêt par la réussite ou tout simplement les ignorants refermés sur eux même refusant de voir le révoltant monde qui les entoure.

Cela donnera une des scènes les plus extravagantes du film avec cette bagarre interminable de dix minute ou Nada tente de faire mettre les lunettes à son ami Frank (Keith David) qui refuse avec virulence par la volonté de de ne pas se compliquer la vie et d’éviter les problèmes. C’est précisément ce repli sur soi et cet égoïsme dont se nourrissent les extraterrestres pour nous diviser par des besoins superficiels (les fausses pubs affluent dans l’esprit de celle de Robocop), via le signal d’une antenne de télévision.  C'est à notre propre apathie que nous renvoie ainsi Carpenter.

La révolution ne peut naître que par une prise de conscience individuelle, Carpenter opposant les visages uniformisés et monstrueux des aliens et l’aspect indistinct des forces de polices en uniforme à la personnalité  marquée de Nada et Frank.

Avec sa conclusion désabusée et teigneuse digne de son New York 1997, Carpenter signe un de ses plus grands films. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

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