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dimanche 8 mars 2015

L'Évadé du camp 1 - The One That Got Away, Roy Ward Baker (1957)

Seconde Guerre mondiale, 5 septembre 1940, lors des opérations de la Bataille d'Angleterre. L'aviateur allemand Franz von Werra, abattu au-dessus de l'Angleterre, est fait prisonnier. Il ne fournit aucun renseignement aux officiers qui l'interrogent et, de surcroît, parie avec l'un d'eux qu'il s'évadera bientôt et regagnera l'Allemagne. Interné au 'camp n° 1' de Grizedale Hall (Lancashire), il s'enfuit effectivement peu après puis, repris et transféré dans un autre camp, il s'évade à nouveau...

Durant les années 50 et hors du contexte propagandiste qu’incluait la Seconde Guerre Mondiale, le cinéma se plut à offrir des biopics des grandes figures militaire allemandes du conflit. Parmi les plus fameux on pense à l’excellent Le Renard du désert (1951) d’Henry Hathaway, captivant portrait de Rommel joué par James Mason. L’évadé du camp 1 s’attarde sur une icône oubliée, l’aviateur Franz Von Werra resté célèbre pour avoir été le seul prisonnier de guerre allemand qui réussit à s’évader des geôles britannique et à rentrer au pays au terme de mémorables aventures. Avant même ces exploits, Von Werra est un personnage romanesque en diable dont le parcours explique déjà les hauts faits à venir. 

Descendant d’une noble lignée allemande remontant au XIIIe siècle, Von Werra ne découvrira cette parenté qu’à l’adolescence, sa famille ruinée ayant dû le placer en adoption avec sa sœur Emma alors qu’il est bébé.  Cette découverte le bouleverse et renforce son côté rebelle, le voyant fuir à la Nouvelle Orléans alors qu’il n’a que 18 ans, reprendre son patronyme de Von Werra puis s’engager dans la Luftwaffe en 1936. Là encore il se distinguera par son côté flamboyant, s’imposant comme un pilote chevronné, prenant un lionceau comme emblème et gonflant ses statistiques ce qui lui vaudra une certaine notoriété dans l’opinion publique allemande. Ce sont cependant ses spectaculaires évasions qui façonneront sa légende.

Le film de Roy Ward Baker élude en partie ce passif tout en parvenant à exprimer cette dimension excentrique et romanesque du personnage. Dès son crash en terre anglaise et son attitude hautaine face à ses geôliers, on comprend que l’on a affaire à un vrai personnage. Les anglais lui renverront d’ailleurs ce côté vantard en quête de lumière durant son interrogatoire et c’est véritablement par l’audace de ses évasions que le personnage devient progressivement une légende. Production anglaise, le film rivé à son héros est totalement dépolitisé, le parcours de Von Werra ne disant pas grand-chose de l’Allemagne d’alors (si ce n’est leur confiance et sentiment de toute puissance) et dénué de toute allusion au nazisme (les soldats allemands semble ainsi plus des troufions ordinaire que des fanatiques) contrairement par exemple au Caporal épinglé (1961) de Jean Renoir, saisissant portrait de la déconfiture française.

On est ainsi captivé par les aventures de Von Werra sans pour autant ressentir de l’empathie grâce à l’interprétation magnifiquement opaque de Hardy Krüger le rendant aussi charmeur qu’insaisissable, ainsi obsédé par la fuite (le devoir d'un prisonnier de guerre est de s'évader tel est son leitmotiv annoncé d'entrée).. Les évasions iront en crescendo spectaculaire, témoignant à chaque fois d’une facette de la personnalité singulière de Von Werra. Ayant parié une caisse de champagne au chef de camp qu’il s’évaderait, il s’exécute durant une promenade mais les rigueurs de la météo anglaise et la traque en campagne de l’armée et de la population anglaise auront raison de lui mais sa capture sera pleine de panache. Un panache qui se retrouve dans le meilleur moment du film, cette seconde évasion où il dupe son monde en se faisant passer pour un pilote hollandais et accède à l’aérodrome lui donnant accès au avion de chasse anglais. Le charme, le bagout et l’audace de Von Werra épate dans une longue séquence toute en duperie.

Après le sens du défi et l’audace, c’est la profonde détermination de Von Werra qui sera à saluer avec l’ultime évasion. Déporté au Canada, son ultime fuite, la plus improvisée, le verra traverser les paysages enneigés pour gagner les Etats-Unis alors encore pays neutre. Aucune traque ni ennemi duquel se cacher cette fois, l’échappée consistera à aller au bout de lui-même dans ce territoire hostile et glacial. Le personnage gagne enfin son statut héroïque nous faisant oublier son camp pour seulement voir un homme seul et déterminé face à la nature tel ce moment où il traîne une barque sur une interminable lande neigeuse. Epuisé, il trouvera tout de même la force pour un ultime bon mot et pied de nez lancé avec le plus beau des sourire. Une œuvre surprenante et un portrait finalement très original. Un des meilleurs rôles d’Hardy Kruger. 

Sorti en dvd zone 2 français che Elephant Film

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