Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 5 mars 2015

Les Belles de nuit - René Clair (1952)

Les aventures oniriques d'un jeune professeur de musique. Chaque nuit, Claude (Gérard Philipe) retrouve en rêve les femmes qu'il connaît autour de lui. Chaque fois dans des situations romanesques et périlleuses où il joue le héros qu'il aimerait être… Hélas, le réveil le ramène à une réalité moins agréable.

René Clair nous offre une féérie inégale où la magie des atmosphères est contrebalancée par un récit un peu poussif. Claude (Gérard Philippe) est un jeune professeur de musique qui ne trouve que dans le rêve l'évasion et l'extase tandis que le réel n'est que frustration. Cette frustration s'exprime par divers motifs dans l'approche de René Clair, le plus superficiel nous menant à la vraie souffrance intime de notre héros. C'est d'abord la nuisance sonore qui sera la plaie du musicien avec cette scène d'ouverture où ses répétitions au piano sont interrompus par le garage voisin, plus tard par les cris d'enfants de sa salle de classe où les travaux alentours.

René Clair prolongera cette idée dans d'amusants désagréments administratifs (l'épisode de la poste) ou quotidien (les moqueries de ses amis) provoquant la colère d'un Claude survolté et interprété avec une bel énergie par Gérard Philippe. Le manque d'amour ou en tout cas celui qu'il ne sait pas voir, sa carrière de musicien qui piétine, tout cela est résolu dès qu'il ferme les yeux, traversant des environnements onirique envoutant, séduisant toute les jeunes femmes qu'il croise sans succès dans le monde réel et composant une musique qui captive les foules.

René Clair offre des transitions virevoltantes et bourrées d'inventions où une astuce de montage, un panoramique où un fondu enchaîné habile nous emmène soudain très loin. Les sauts dans le temps rêvés convoque une Algérie sortie des contes des Mille et Une nuit, la Révolution Française ironique et à l'hystérie contagieuse le tout dans une atmosphère et des décors aussi épurés que stylisés par une pure abstraction de songe. C'est dans ces moments que le réalisateur excelle, laissant exploser son imagination. Ce sera bien moins probant dans la description du monde réel même si il réutilise nombre d'éléments marquant de ses œuvres précédentes. Les milieux populaires avec cette bande de copains, quelques brillants jeux comiques sur le son (le vif échange entre Claude et son facteur se perdant dans le vacarme des travaux) rappelle par exemple les meilleurs moments de Le Million (1931).

La grosse différence est le manque d'implication. Si le côté abstrait, gentiment érotique et archétypal des trois romances fonctionne dans le rêve (et avec quelle prétendantes : Martine Carol, Magali Vendeuil, Gina Lollobrigida) ce sera assez suranné et superficiel dès que l'on retourne au réel. De même les manifestations d'amitié de la bande de copain sont plus une caution comique mais ne nous y attache jamais. Tout cela contribue à un désintérêt pour l'histoire, le spectateur étant comme Claude impatient de le voir s'endormir pour retrouver un réel souffle de magie. Un ennui poli dans la réalité et un émerveillement dans le songe donc, tout cela se perpétuant à la prestation de Gérard Philippe de plus en plus agaçant en héros boudeur alors que toujours charmeur et bondissant en miroir assuré de lui-même.

Sorti en dvd zone français et bluray chez Gaumont 

Extrait

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