Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 11 juillet 2016

Docteur Jerry et Mister Love - The Nutty Professor, Jerry Lewis (1963)

Le professeur Kelp est un professeur de chimie, très maladroit. Ses cours sont plus distrayants qu'instructifs. Secrètement, il prépare un élixir grâce auquel il se transforme en crooner séduisant, sûr de lui, répondant au nom de Buddy Love. Ce double n'a pas la gentillesse, ni les bonnes manières du professeur. Très vite, ce dernier a du mal à le maîtriser.

Jerry Lewis découvre à l’adolescence l’adaptation de Victor Fleming de Docteur Jekyll and Mister Hyde (1941) qui le marquera durablement. Il en donnera donc une version toute personnelle avec The Nutty Professor, quatrième film de la série de comédie à succès (Le Dingue du palace (1960), Le Tombeur de ces dames (1961), Le Zinzin d’Hollywood (1961)) qu’il signa après la fin de son duo comique avec Dean Martin. Tout en retrouvant la loufoquerie et les gags délirants des films précédents, The Nutty Professor développe une gravité et une noirceur qui le rendent plus adulte. Dans un premier temps le professeur Kelp, ses expériences tournant à la catastrophe et sa manière irrésistible d’agacer ses supérieurs (l’entrevue hilarante avec le doyen d’université joué par Del Moore) en fond un empêcheur de tourner en rond innocent dans la lignée du Zinzin d’Hollywood

Pourtant en forçant le trait sur son physique disgracieux et son timbre de voix nasal, Lewis lui confère une dimension à la fois monstrueuse et pathétique. Le complexe de Kelp se reflète de manière exacerbé dans son allure et ses manières et il cherchera constamment des éléments superficiels plus que psychologique pour le surmonter. Alors que c’est cette maladresse et fragilité qui le rendent si attachant, Kelp cherche à incarner une image de perfection masculine sans âmes. Ce sera d’abord par le culte physique, ce qui sera l’occasion de quelques gags mémorables où s’alterne jeu sur les échelles entre le l’allure malingre de Kelp et les colosses sportifs, l’absurde le plus désopilant avec un bowling très particulier puis l’outrance cartoonesque lors d’une malheureuse tentative de lever d’haltère. 

Mettant ses connaissances scientifiques au service de son mal-être, Kelp va ainsi concevoir une formule chimique propre à le transformer en un homme, un vrai. Ce sera le double mufle et arrogant Buddy Love. Jerry Lewis renoue avec l’imagerie horrifique de l’adaptation de Fleming lors de la scène de l’expérience, la mise en scène baroque troquant les jeux d’ombres expressionnistes de l’original pour une folie plus bariolée tout en maintenant le malaise avec un Kelp plus savant fou que jamais. La première sortie en caméra subjective de Buddy Love joue également des codes de l’épouvante, chaque passant paraissant horrifié par le visage de l’alter-égo. Le choc n’en sera que plus grand lorsque l’on découvrira son visage, un séducteur gominé débordant d’assurance.

Lewis semble avoir façonné un avatar odieux de son ancien partenaire Dean Martin, la désinvolture suave de « Dino » devenant goujaterie chez le mâle alpha qu’est Buddy Love. Par un jeu de miroir entre des situations identiques vécues par Kelp et son double, Lewis développe subtilement à quel point l’image que l’on renvoie aux autres ou du moins celle qu’ils se font de nous transforme le rapport. Kelp malmené par un de ses élèves joueur de football le ridiculise plus tard en Buddy Love, il en va de même avec l’entretien chez le doyen d’université où Kelp est engoncé et pathétique quand Buddy Love saura se le mettre dans la poche comme un rien. Cependant quand il sera affaire de sentiment le roulage de mécanique superficiel ne fera pas le même effet sur la belle Stella Purdy (Stella Stevens), le jeu de répétition n’étant pas à l’avantage de Buddy Love même si Lewis ne néglige pas la fascination que peut dégager ce type de figure arrogante mais superficielle.

C’est là que Jerry Lewis s’approprie son sujet et s’échappe du modèle de la version Fleming. C’est notre regard biaisé qui est incapable de voir la beauté d’âme se dissimulant sous la bizarrerie de Kelp quand le vrai monstre arbore les traits charmeurs de Buddy Love. Celui-ci n’incarne pas seulement l’inversion des défauts de Kelp, mais aussi un modèle masculin de virilité exacerbé mais néanmoins existant dans cette transition fin 50’s et début 60’s. Les pulsions primaires se dévoilaient dans la bestialité monstrueuse de Mister Hyde et l’innocence dans les traits apaisés de Jekyll, c’est tous l’inverse que propose Lewis où le laid cache le beau et inversement. La monstruosité physique et morale ne se confondent plus.

Le réalisateur explore à sa manière toute personnelle cette fameuse thématique du fantasme irréalisable qui obsède les réalisateurs de comédies américaines depuis les années 50 (Preston Sturges et son Infidèlement votre (1950), Billy Wilder avec Sept ans de réflexion (1955) et Certains l’aiment chaud (1959), Frank Tashlin et son diptyque La Blonde et moi et La Blonde explosive (1957)). Il reprend en partie le côté rêvé (scène sensuelle en diable où Kelp imagine Stella dans les tenues les plus sexy), parodique et décalé de ses prédécesseurs - en toujours plus grotesque – mais en y ajoutant une émotion inattendue en fin de parcours. La dernière scène où Buddy Love s’estompe face à la foule pour ne laisser que le malheureux Kelp est un grand moment d’émotion, réalisé avec une vraie pudeur par Lewis. Tout cela se fait d’ailleurs sans message bienpensant sur l’acceptation de soi, la dernière scène hilarante ne négligeant qu’une forme d’artifice reste parfois ludique en amour. 

 Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount

2 commentaires:

  1. Silence pudique concernant le remake d'Eddie Murphy ? :mrgreen:

    E.

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    1. Voilà j'ai évité de parler des choses qui fâchent ^^ Et pourtant j'adore Eddie Murphy mais ses choix de carrière douteux en auront usé plus d'un...

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