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lundi 12 septembre 2016

Broadway Danny Rose - Woody Allen (1984)

Dans un restaurant, un petit groupe d'artistes se remémore les affaires du pathétique Danny Rose, piètre imprésario flanqué d'improbables vedettes.

Broadway Danny Rose s’inscrit au sein de l’œuvre de Woody Allen parmi celles consacrées au monde du spectacle. Chacune revêt une dimension très personnelle pour Allen comme le questionnement sur son statut de cinéaste comique dans Stardust Memories (1980) ou l’évocation nostalgique de son enfance avec Radio Days (1987). Le réalisateur consacrera avec Coup de feu sur Broadway (1994) un film sur sa fascination pour ce monde scénique durant son âge d’or des années 20 ainsi que de de son imagerie mythique qu’il scrute avec une admiration déférente sous la drôlerie. Broadway Danny Rose représente l’envers contemporain et moins luxuriant d’un Broadway qu’Allen connaît bien mieux, celui des artistes et comiques à la petite semaine courant tant bien que mal le cachet.

Woody Allen nous introduit dans ce Broadway interlope de la façon la plus triviale possible, en pleine discussion d’un groupe de comique attablé dans un snack et se lamentant des conditions de plus en plus difficiles de leur métier - blagues faisant moins mouche, obligation de se produire loin de New York. L’échange s’égaye lorsqu’ils évoqueront les mésaventures de Danny Rose, imprésario dévoué à une véritable cours des miracles d’artistes plus minables les uns que les autres. On rit ainsi des bouis-bouis improbables et des talents pour le moins excentriques qui s’y produisent, tout en étant admiratif de l’énergie que consacre un Danny Rose totalement investi à les mettre en avant. Pour l’heure il s’acharne à remettre en selle de Lou Canova (Nick Apollo Forte), crooner italo-américain sur le retour et qui se voit offrir une chance de passer dans une prestigieuse émission de télévision. Seulement le caractériel et narcissique Canova exige la présence de sa maitresse Tina Vitale (Mia Farrow) le soir où les pontes de la télévision viennent l’auditionner. Une course-poursuite s’entame donc pour Danny Rose chargé de convaincre Tina d’être présente malgré une énième dispute récente avec son amant infidèle.

Tout dans le traitement de Woody Allen tend démystifier l’imagerie prestigieuse de Broadway, bien sûr avec son personnage d’imprésario minable et de ses artistes comme déjà dit mais aussi dans ce qui faisait le danger et le prestige de ces lieux avec la mafia. Le sens de l’honneur malvenu et la violence stupide font donc de Danny Rose une cible le temps d’un quiproquo. L’humain peut ainsi s’affirmer sous le cliché avec le duo formé par un Woody Allen toujours aussi craintif, bavard et hypocondriaque avec la femme italienne volcanique incarnée par Mia Farrow. 

Cette dernière en impose par son ton vociférant, son allure assurée et le visage dissimulé derrière d’épaisses lunettes noires. L’odyssée absurde tend à sortir Danny Rose de son élément à la fois géographiquement et socialement et il en va de même pour Tina progressivement émue par la vulnérabilité de son compagnon, bien éloigné de l’italo-américain viril et protecteur. Le rapprochement se fera d’ailleurs par cette mise à nu. Tina sera ainsi émue et rongée par la culpabilité suite à sa trahison envers Danny quand celui-ci oubliera sa rancœur face à la détresse de la jeune femme lors du beau final.

Le ton du film alterne entre doutes, espérances et déconvenues à l’image de l’état d’esprit fluctuant de ces artistes à l’affut de la moindre occasion. Sous le comique, le désespoir n’est jamais loin tant les relations peuvent se dilater au gré de l’ambition et la magnifique photographie noir et blanc de Gordon Willis sert merveilleusement ces sentiments contrastés. Woody Allen s’avère ainsi très touchant dans la réaction meurtrie de son personnage trahi, tout comme Mia Farrow dont les lunettes noires n’exposent plus la froideur mais au contraire dissimulent les larmes prêtes à couler. La bascule mélancolique après les rires annoncent les grandes œuvres dramatiques à venir. Un des films les plus attachants de Woody Allen qui se conclut par une des plus belles séquences de sa carrière, ce travelling accompagnant Danny Rose qui rattrape Tina dans un New York enneigé, et qui s’arrête devant le snack où tout a commencé. 

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM 

 

2 commentaires:

  1. Un Woody Allen très sympa, très agréable à revoir. La fin me rappelle celle de « Manhattan », où le personnage court de la même façon pour rejoindre sa bien-aimée.

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    1. Oui belle réminiscence tout en inversant le rapport entre le couple où c'est la femme qui a dut faire un effort sur elle-même et l'homme qui pardonne.

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