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vendredi 16 juillet 2021

Le Convoi sauvage - Man in the Wilderness, Richard C. Sarafian (1971)


 Membre d'une expédition de trappeurs dans le Nord-Ouest américain des années 1820, Zachary Bass est un jour attaqué par un ours. Il survit à l'attaque mais est salement amoché et, face à son agonie, le Capitaine Henry charge deux de ses hommes d'attendre sa mort et de l'enterrer si tôt celle-ci survenue, pour ne pas ralentir le convoi. Toutefois, effrayés par la menace indienne alentour, les deux hommes fuient le lendemain, laissant Bass à l'article de la mort. Progressivement, celui-ci trouvera les forces pour se rétablir et reprendre la route.

Le Convoi sauvage est un western aux bases réelles, s’inspirant de l’odyssée du trappeur Hugh Glass qui laissé pour mort après avoir été attaqué par un ours fut abandonné par ses compagnons suivant l’expédition du Major Henry dans l’Ouest sauvage en 1820. Hugh Glass survécu miraculeusement à ses blessures et traversa près de 300 km de territoire avant de retrouver la civilisation. Ce récit hors-normes a récemment inspiré The Revenant d'Alejandro González Iñárritu, film virtuose, éprouvant et tourmenté porté par la performance de Leonardo Di Caprio. L’approche de Richard C. Sarafian est tout aussi intéressante et emprunte une autre voie qui rend les deux films complémentaires. 

Sarafian s’était illustré avec son film précédent Point limite zéro (1971) dans un road-movie entre adrénaline et désenchante où son héros défiait l’autorité et brûlait l’asphalte pour s’oublier. Cette fuite en avant, Zachary Bass (Richard Harris) l’a déjà entamé en suivant l’expédition du Capitaine Henry (John Huston), parcourant l’Ouest et accumulant les peaux de bêtes jusqu’à l’épuisement de ses membres sous la menace des assauts indiens. L’attaque de l’ours marque finalement un point d’arrêt et une introspection qui illustre tous les maux intimes de Bass et cette civilisation qu’il a voulut fuir. Orphelin précoce et élevé dans une violente bigoterie, il a appris à échapper à la contrainte par la fuite. Il ne peut désormais plus croire en rien, y compris la possibilité de fonder une famille qui le ramène à ses manques et peurs profondes. 

La détermination qui lui permit de s’arracher à cette enfance hostile mais aussi de s’isoler des autres est la même qui maintiendra son souffle de vit alors qu’il agonise, ensanglanté. Sarafian capture la renaissance de son héros dans un geste à la fois primaire et panthéiste. Le corps meurtri ne s’anime que dans un pur instinct de survie face à un loup, et le contact avec l’eau ravive la flamme de vie par cette connexion avec la nature. Le réalisateur exprime ce lien à la faune et la flore par une dimension mystique et contemplative, qui alterne avec une approche plus régressive où Bass retourne à la pure sauvagerie en mangeant une carcasse de buffle crue. 

Alors qu’il retrouve son humanité ainsi, les tourments de la civilisation agitent ses anciens compagnons. L’image de ce bateau trainé sur des étendues de terre hostile est d’une puissance rare, signifiant le défi insensé des hommes à cette nature que Bass a su apprivoiser pour ressusciter. Eux aussi naviguent entre le primaire et le mystique, mais plutôt pour flatter une cupidité (l’espoir du gain de la vente de peau autorise toutes les bassesses, y compris abandonner un compagnon derrière soi) et raviver peurs et superstitions. Le Capitaine Henry est une sorte de Achab sur terre ne traquant plus mais attendant inexorablement l’assaut de sa Moby Dick (John Huston ayant d’ailleurs adapté le fameux roman de Melville) intime en la personne de Bass. Malgré le peu d’interaction entre les deux personnages, Sarafian parvient en quelques dialogues, par la force de son montage et de ses idées formelles à marquer leur lien et ce qui les oppose. 

Dans un premier temps le sentiment de toute puissance, juché sur son bateau fait avancer avec vélocité Henry qui écarte obstacles et taille la route quand Bass est immobilisé. C’est la conscience et le rapport à son environnement, ains que de ce que cela lui révèle de lui-même, qui permet à Glass de refaire son retard. En plus de l’aspect panthéiste, il s’agit aussi du rapport aux indiens. Le chef indien (Henry Wilcoxon), dans le respect des morts guidant sa race offre l’apaisement à Glass quand les siens l’avaient lâchement abandonné. Le pendant sauvage comme bienveillant de l’humanité se révèle à Glass en observant les Indiens, telle cette magnifique scène d’accouchement en forêt qui le rappelle à sa paternité. Glass ne peut plus être l’homme fuyant son passé et essayant d’échapper à son futur après pareille expérience, et dès lors la quête vengeresse n’a plus lieu d’être. En quête de racines il ne peut tout quitter dans un oubli nihiliste comme le héros de Point Limite Zéro

L’interprétation habitée de Richard Harris fait passer beaucoup de chose avec peu de mots, les flashbacks sont subtilement insérés sans surligner le propos et le charisme minéral d’un John Huston fait le reste. Un très beau western injustement éclipsé à l’époque par le Jeremiah Johnson de Sidney Pollack (1972) que la Warner qui produisait les deux films choisit de mettre en avant au moment de la sortie.

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side

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