Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 13 novembre 2021

La Rue chaude - Walk on the Wild Side, Edward Dmytryk (1962)

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 L'histoire se déroule pendant la Grande Dépression avec au commencement le départ de Dove (Laurence Harvey) et Kitty (Jane Fonda) du Texas jusqu’à La Nouvelle-Orléans. C'est pour Dove, l'espoir de retrouver son amour perdu Hallie (Capucine). Après que Kitty eut volé dans un restaurant, Dove arrange les choses avec la propriétaire (Anne Baxter), ce qui lui permet de rester et d'approfondir ses recherches. Il retrouve alors Hallie à la « Maison de Poupées », la maison close des années 1930 à La Nouvelle-Orléans, dont Jo (Barbara Stanwyck) est la patronne.

La Rue chaude est un cas d’école de la schizophrénie du Hollywood des années 50/60 partagée entre une appétence pour des sujets sulfureux, et une incapacité à les traiter frontalement car encore soumis aux contraintes du Code Hays. La virtuosité et l’inventivité de certains réalisateurs permirent de surmonter cela tel un Mankiewicz sur Soudain l’été dernier (1959) mais La Rue chaude s’avère plus inégal. Il s’agit d’une adaptation du roman A Walk on the Wild Side de Nelson Algren, auteur à la vie aventureuse, hobo durant la Grande Dépression et ayant une profonde connaissance des bas-fonds qu’il se plait à dépeindre dans ses romans. On avait pu en avoir un aperçut dans une précédente adaptation comme L’Homme au bras d’or d’Otto Preminger (1955) et A Walk on the Wild Side s’avère un des plus provocants. 

L’adaptation lancée au sein de la Columbia repose sur des attentes contradictoires. Il y a tout d’abord comme évoqué plus haut la dichotomie entre les attentes commerciales d’un postulat provocant et l’impossibilité de l’aborder explicitement, mais les complications se jouent également en coulisses. Le producteur Charles K. Feldman va en effet placer sa « protégée », l’actrice et mannequin française Capucine dans un rôle majeur mais sans se résoudre à en faire explicitement la prostituée avilie par la fange du roman. Les modifications du matériau originel découlent dès lors de là en en faisant une intellectuelle et artiste ayant cédée à la luxure par solitude et ennui. La relation et les retrouvailles avec son amant oublié Dove (Laurence Harvey) prennent donc un tour d’amour impossible, marqué par la nostalgie d’un passé plus pur absent du livre. 

Une certaine audace demeure néanmoins avec ce cadre de maison close (le mot n’étant cependant jamais prononcé) où les filles perdues sont enrôlées et contraintes sans espoir d’en sortir. On est marqué par certains élans de sadisme inattendus qui appuie cet assujettissement des jeunes femmes comme lorsque l’une d’entre elles sera sévèrement punie par un homme de main. Le fait de ne pas expliciter ouvertement la nature du lieu peut aussi correspondre à la naïveté du personnage de Dove qui découvre progressivement ce qu’est devenu sa Hallie (Capucine). Néanmoins le port élégant (François Guérif souligne dans les bonus l’anachronisme et l’incohérence de lui faire porter des robes Pierre Cardin dans un tel lieu), le langage soutenu ainsi que la séduction trop froide et retenue de Capucine traduisent assez difficilement sa supposée descente aux enfers. Le cheminement et le jeu provocant d’une Jane Fonda dans son second rôle au cinéma paraissent bien plus cohérents, la star en devenir imposant présence lascive et désinvolture dans une vraie idée de l’absence de boussole morale de son personnage. On a donc dans l’ensemble un récit trop timoré par rapport à ce qu’il cherche à raconter, et qu’une production tumultueuse ne peut transcender. 

Si la mésentente entre Laurence Harvey (tout à fait crédible en hobo texan malgré ses origines anglaises) et Capucine empêche l’adhésion à leur romance, l’émotion naîtra de la prestation magistrale de Barbara Stanwyck. La tenancière de maison close qu’elle incarne s’accroche moins à Hallie pour la rentabilité qu’elle assure à son « commerce » que pour l’amour secret qu’elle lui porte. L’actrice connue pour être lesbienne ou du moins bisexuelle dans les milieux hollywoodiens, traduit ce désir avec une grande subtilité. Fausse mère de substitution pour maintenir Hallie sous son joug, elle redevient l’impitoyable femme de pouvoir lorsque son aimée cherchera à prendre son indépendance. Tous ces sentiments refoulés et coupables culminent lors d’une remarquable scène où elle laisse exploser sa colère, fustigeant l’amour « pur » et l’inutilité des hommes. 

Anne Baxter symbolise également mais de façon positive cet amour à distance, mais où l’on est prêt à laisser l’autre vivre son bonheur loin de soi. Elle a plusieurs très jolies scènes avec Laurence Harvey qui contribuent à davantage humaniser ce dernier plutôt que l’amour assez obtus qu’il éprouve pour Hallie. La censure, les compromissions et les aléas de tournage (où l’on ne sent guère la patte de Dmytryk, certaines scènes additionnelles ayant même été tournées par Blake Edwards) font donc de La Rue chaude une œuvre moins audacieuse que ce qu’elle aurait pu être. Néanmoins une certaine noirceur et le poids de la fatalité déployé dès le remarquable générique de Saul Bass parviennent par intermittences à en révéler l’originalité. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Wild Side

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