Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 16 novembre 2021

Jeune fille sous le ciel bleu - Aozora musume, Yasuzo Masumura (1957)

Une jeune fille, élevée à la campagne à la différence de ses trois frères et sœurs, s'apprête à rejoindre sa famille à Tokyo quand elle apprend une nouvelle qui va bouleverser sa vie.

Deuxième film de Yasuzo Masumura, Jeune fille sous ciel bleu est déjà une œuvre intermédiaire dans la carrière du réalisateur. L'inaugural Les Baisers (1957) avait constitué une démonstration de l'influence européenne de Masumura et notamment le courant du néoréalisme rose italien, tout en s'inscrivant dans le courant japonais du taïo-zoku (« saison du soleil »). Ce terme désigne une série de films japonais des années 50 se penchant sur les préoccupations adolescentes entre mélancolie et hédonisme en faisant le pendant nippon d'œuvres occidentales comme Monika d'Ingmar Bergman (1953) ou Les Adolescentes d'Alberto Lattuada (1960). Jeune fille sous ciel bleu est dans cette veine et peut être considéré comme le pendant lumineux (l'usage de la couleur accentuant cet aspect) de Les Baisers dont il partage le thème d'avoir des enfants marqués par les erreurs passées de leurs parents. La jeune Yuko (Ayako Wakao) apprend de sa grand-mère mourante les raisons pour lesquels elle a été élevée à la campagne, loin de sa famille et de ses frères et sœurs. Elle est une enfant illégitime, fruit des amours de son père et de sa secrétaire. Désormais installée chez cette famille à Tokyo elle va se confronter à la rancœur de sa belle-mère ainsi qu'à l'hostilité et la jalousie de ses demi-frères et sœurs.

Le film est porté par la prestation attachante d'Ayako Wakao encore innocente face à la caméra de Masumura avant les collaborations plus troubles et sensuelles à venir dans Passion (1964), Tatouage (1966), L'Ange Rouge (1966) ou La Femme de Seisaku (1965). Sa conviction et la vulnérabilité qu'elle dégage éveille une empathie de chaque instant, tout en ayant une personnalité affirmée lui permettant de faire face dans une résignation taiseuse à tous les obstacles sur son chemin. Néanmoins le film ne parvient pas tout à fait, faute d'une vraie noirceur ou d'une romance plus convaincante, à égaler l'émotion et la portée mélodramatique de Les Baisers. L'intérêt réside donc à observer encore timides ici, les éléments qui feront la réussite des films à venir de Masumura. La découverte de l'urbanité tokyoïte par de la provinciale Yuko nous fait découvrir la tentaculaire ville de néons, sa population grouillante et sa vie nocturne à travers des instantanés de toute beauté. 

L'agitation du quartier de Ginza, les lumières tamisées d'un bar à hôtesse, l'énergie d'un salon de danse, tout cela est capturé avec une élégance rare par la caméra de Masumura et une superbe photo stylisée de Michio Takahashi. Cette modernité accompagne aussi les loisirs occidentalisés des frères et sœur de Yuko, féru de jazz qu'ils jouent en groupe ou adepte des après-midis de ping-pong (ce divertissement-là recouvrant une facette plus traditionnelle puisque prétexte à chercher un mari parmi les joueurs issus de bonnes familles). Toute cette touche hédoniste et contemporaine gagnera en regard critique et sordide dans Géants et jouets (1958) ou Black Test Car (1962) annoncés ici par le cadre des corporations où évolue le père, le métier de dessinateur publicitaire de l'ancien instituteur. Le cadre familial et plus précisément conjugal nourrit de non-dits et de rancœurs annonce les cadres étouffants et les couples dysfonctionnels de Passion, La Femme de Seisaku ou La Femme du Docteur Hanaoka (1967). 

Masumura à l'image de la candeur de son héroïne ne fait cependant qu'effleurer le potentiel plus inquiétant de ces différents éléments. On est ici dans un registre de bienveillance exprimé par ce leitmotiv de toujours chercher du regard le bleu du ciel, quelques soient les maux et situations rencontrées. Observer ce ciel bleu ou le faire apparaître intérieurement en fermant les yeux, telle est la leçon de vie pour Yuko qui au bout du chemin retrouvera ses racines et rencontrera l'amour. On trouvera sans doute cela un peu lisse par rapport à Les Baisers et les réussites à venir mais Jeune fille sous le ciel bleu est une œuvre de transition prometteuse et attachante.

Sorti en dvd japonais

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