Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 14 novembre 2021

Jun, la voix du cœur - Kokoro ga sakebitagatterunda, Tatsuyuki Nagai (2015)

Jun Naruse porte en elle le poids des regrets. Alors que ses parents lui reprochent d’être la cause de leur rupture, un être magique lui jette un sort qui la rend muette. Au lycée, elle est choisie par son professeur pour créer le Comité Régional d’Échange et d’Amitié. Se dessine alors un collectif au mélange inattendu composé de personnalités atteintes de troubles émotionnels, tout comme Jun.

Le Japon est porté par une culture sociale où le visage exposé en société et opposé à la nature profonde de l’individu est plus prononcé qu’ailleurs. Cela est ancré à un point tel qu’il existe même un mot pour le définir, le tatémaé. Jun, la voix du cœur est un beau film d’animation qui expose un moment de la vie où se constitue ce formatage, mais où l’on est aussi encore apte à s’en détacher : l’adolescence. Chacun des jeunes protagonistes du film expose une image faussée, source de douleurs passées et secrètes dont la mécanique du récit va les forcer à surmonter. 

Jun s’est muré dans un silence qui laisse croire à ses camarades qu’elle est muette depuis qu’enfant, elle a par maladresse révélé à sa mère l’adultère de son père. Sa culpabilité et la rancœur implicite de ses parents l’ont depuis incités à se réfugier dans un mutisme qu’elle assimile à une malédiction surnaturelle. Les mots blessent, la parole est un fardeau et par extension l’expression de ses sentiments expose au malheur. Jun est la manifestation la plus visible d’une peur d’être soi-même qui s’étend à d’autres de ses camarades avec lesquels elle sera choisie pour l’organisation d’un évènement scolaire. A la manière d’un Breakfast Club japonais, l’histoire expose donc une suite de personnages archétypaux amenés à dépasser la fonction et le clichés lycéens qu’ils illustrent. Le sportif gueulard Daiki frustré par une blessure l’empêchant de jouer au baseball, l’élève modèle Natsuki, et surtout le taciturne Takumi qui partage avec Jun le fait de se sentir responsable de la séparation de ses parents.

On retrouve dans l’histoire l’habileté des schémas narratifs de Mari Okada ici au scénario, et dont on a pu apprécier le brio pour développer l’interaction naissante et les conflits dans un groupe de personnage sur la série AnoHana. Son talent pour exposer des héroïnes à la fois introvertie, lumineuse et torturée s’exposera aussi dans ses travaux et réussites futures, que ce soit Maquia (2018) qu’elle réalisera ou Loin de moi près de toi (2020) dont elle écrira le scénario. Alors que cette mécanique pourra s’avérer un peu plus voyante par la suite malgré le brio des œuvres, elle trouve encore ici une certaine fraîcheur à travers la mise en scène sobre de Tatsuyuki Nagai. Le réalisateur sait à merveille le paradoxe de la solitude en communauté, de la chaleur d’un tête-à-tête sincère. Les moments intimes entre Takami et Jun (et un bel usage dramatique du smartphone) permettent de partager leurs fêlures communes donnant une teneur feutrée aux mots. Lorsqu’il s’agira de convaincre leurs camarades d’organiser une comédie musicale, les mots, cette fois chantés, semblent traverser la classe et effacer progressivement le scepticisme ambiant. 

La réalisation travaille une forme d’épure et de réalisme accompagnant les sentiments retenus des personnages. Cela mettra d’autant plus en valeur les moments d’emphase et de confessions par l’usage du décor (le rococo de l’hôtel abandonné qui apporte un aspect cérémonial) et l’emphase que permet cette approche de comédie musicale. Jun, la voix du cœur est donc un attachant récit adolescent, sortant parfois de certains lieux communs de la japanime lycéenne (une scène de baiser, l’histoire d’amour qui n’est pas celle que l’on croit) et auquel on reprochera uniquement une longueur un poil excessive (2h qui aurait pu être raccourcies d’une vingtaine de minute. 


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