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mardi 12 décembre 2023

Les Sacrifiés - They Were Expendable, John Ford (1945)


 Les premiers jours des campagnes du Pacifique, à travers une flottille de lance-torpille commandée par les lieutenants John Brickley et Rusty Ryan. L'une de leurs missions est d'escorter le général Douglas MacArthur. Le film traite également avec beaucoup de réalisme de la déroute des alliés philippins et américains aux Philippines.

John Ford fut un des cinéastes hollywoodiens dont la contribution fut fondamentale durant la Seconde Guerre mondiale. Anticipant le conflit à venir dès 1939, il fonde le Naval Field Photographic Unit destiné à mettre les techniciens hollywoodiens au service de l’armée. Une fois les Etats-Unis engagés, il arpentera le monde et couvrira plusieurs campagnes immortalisées dans des documentaires de référence : December 7th set La Bataille de Midway (1942 )couvrant la guerre du pacifique, Victoire en Birmanie (1946), il sera également présent pour filmer le débarquement en Normandie ainsi que le procès de Nuremberg en 1945. Fort de cet engagement, c’est tout naturellement à lui que s’adresse la MGM lorsque le studio souhaite adapter à l’écran le roman They Were Expendable de William Lindsay White publié en 1942. Ford accepte à condition d’être rémunéré 250 000 dollars, somme avec laquelle il financera la Field Photo Farm, mémorial consacré aux vétérans.

Dès lors, le réalisateur est marquée par la volonté de retranscrire toute la réalité des premiers pas de la campagne du Pacifique dépeinte dans Les Sacrifiés. Cela passera par une impressionnante facture technique grâce au soutien logistique de l’US Navy, et à l’implication du casting dont Robert Montgomery qui fut réellement aux commandes d’un PT Boat, les bateaux torpilleurs au centre de l’intrigue. Nous allons en effet suivre une escouade de torpilleurs aux premières heures de la campagne du Pacifique, du moment où son intérêt sera questionné jusqu’à la reconnaissance finale après des hauts faits et la promotion que les protagonistes en feront à Washington. La scène d’ouverture est une démonstration des possibilités des torpilleurs à des pontes guères convaincus par les lieutenants Brick (Robert Mongomery) et Rusty (John Wayne). En effet, les torpilleurs ne semblent au départ qu’un moyen d’alimenter l’ambition et le goût de l’adrénaline des lieutenants, en particulier Rusty qui s’apprête à quitter l’escouade où il se voit stagner. Pearl Harbor et l’entrée en guerre des Etats-Unis va changer la donne.

John Ford inscrit cette implication de l’escouade sur une échelle guerrière et humaniste, toutes les transitions du film allant dans ce sens. L’annonce de Pearl Harbor arrache les protagonistes à la futilité d’un bal pour les conduire à la rigueur exaltée d’un conseil de guerre. Un assaut aérien japonais permet à l’escouade de faire ses preuves de manière improvisée, mais Rusty blessé se trouve mis à l’écart et tombe amoureux de Sandy (Donna Reed), une infirmière bienveillante. Les dangers rencontrés sur le terrain ne font sens qu’en résonance avec ce que l’on a à défendre, ce que l’on quitte et risque de perdre. Ford s’attarde ainsi longtemps sur les scènes de vie quotidiennes où il se plaît à caractériser l’escouade avec tendresse humour et bonhomie, croquant brillamment un ensemble de personnages auquel on s’attache immédiatement (dont un truculent Ward Bond character actor habituel de Ford).

Le film est visuellement très impressionnant, filmant dans des environnements (La Floride notamment Key Biscayne) proche de ceux du vrai conflit (l’Australie, les Philippines). Les plans studios rapprochés avec les acteurs s’intègrent parfaitement aux vues d’ensemble où se déploient les manœuvres des torpilleurs, les astuces pour masquer les engins américains maquillés en japonais sont habiles et se fondent dans l’action ainsi que le propos du film. L’ennemi japonais est en effet invisible et lointain, une force destructrice frappant de façon anonyme sans être caractérisée. Le focus est ainsi mis sur nos héros, leurs peurs, doutes, les déchirantes pertes qu’ils ont à subir - dans la continuité de ce qu'avait pu faire Ford sur Les Hommes de la mer (1940). L’emphase que met Ford dans ces instants reste à cette échelle humaine et intimiste, que ce soit la visite du groupe à un camarade mourant, les rencontres entre Dusty et Sandy. Les nuances de la magnifique photo de Joseph H. August font merveille, lorsque se dessine les ombres du couple s’isolant des autres danseurs durant le bal, ou quand la luminosité tombante leur dessine un splendide écrin romantique après un dîner. John Wayne sur ce point est véritablement le pivot émotionnel du récit et traduit cette évolution, ou du moins cette connexion entre l'homme et le soldat.

L’épilogue est étonnamment introspectif et joue sur cet équilibre entre le devoir à accomplir et les préoccupations intimes, le premier prenant le pas sans jamais laisser le sentiment de propagande (à une apparition du général Macarthur et un panneau final près), la romance espérée est suspendue et incertaine. Belle réussite, Les Sacrifiés s’inscrit parmi les œuvres très inspirées qu’il consacrera à la Seconde Guerre Mondiale, avec L’Aigle au soleil (1957) adaptant justement les mémoires de son scénariste de Les Sacrifiés, Frank Wead.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

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