Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 1 mars 2011

Joueuse - Caroline Bottaro (2009)


Une île. Une femme sur son vélo. Hélène s'éclipse de chez elle afin de commencer sa journée de femme de ménage dans un hôtel. En entrant dans une chambre, elle surprend un couple en train de jouer aux échecs. Fascinée par la tension et l'intimité qui se dégagent de cette scène, elle va se passionner pour ce jeu jusqu'à l'obsession, mettant en péril tout ce qui faisait sa vie.

Une belle surprise que ce premier film au pitch étonnant qui montre Sandrine Bonnaire, femme de ménage au quotidien terne voir sa vie transformée lorsqu'elle se découvre une passion pour les échecs. Cette trame sert de déclencheur à plusieurs thèmes passionnants, tout en provoquant une ferveur surprenante tenant plus du film sportif (on s’étonne de ressentir des émotions à la Rocky lors de la dernière partie du film en tournoi) lors de la progression et de la confiance acquise par l’héroïne.

Le film questionne sur le décalage que peut provoquer l’éveil intellectuel, la naissance d’une passion avec un entourage plus terre à terre. Ainsi Sandrine Bonnaire réellement emportée par quelque chose pour la première fois de sa vie a bien du mal à conjuguer cette lubie avec sa vie de famille et son job plus ordinaire. Les autres personnages, très bien écrits (notamment un excellent Francis Renaud dans le rôle du mari) expriment d’ailleurs leurs incompréhensions à son égard, et cette opposition confère au film une dimension sociale très réussie. Sans le savoir, en se découvrant une passion où elle possède un vrai talent, Hélène s’élève au-dessus de la mêlée bien à ses dépends et se trouve finalement "différente" et "décalée" face à ses fréquentations de tous les jours. Ainsi la dimension stratégique et militaire des échecs (la plus utilisée lorsqu'on aborde ce jeu au cinéma) est totalement effacée au profit de cet aspect plus social et féministe, notamment par l’accentuation sur la figure de la Reine (pion le plus puissant du jeu).

Sandrine Bonnaire livre une prestation époustouflante, son visage si détaché au départ s'illumine au fur et à mesure que le film avance et qu'elle s’affirme dans son art. Elle qu'on a plus l'habitude de voir dans des rôles très dramatique (même s'il y a bien sûr des exceptions comme le beau Mademoiselle de Philippe Lioret qui en faisait une héroïne romantique) est radieuse dans ce registre plus positif. Caroline Bottaro enfonce le clou en multipliant les astuces visuelles ludiques pour montrer l'invasion des échecs dans son esprit. Parmi les meilleures idées, notre héroïne lancée dans des parties imaginaires avec des miettes sur une nappe à carreau pendant un dîner au restaurant, ou encore sur un carrelage à damier pendant un ménage ce même carrelage prenant une couleur uniforme lorsqu'elle se met à douter.

Comme dans tout film "sportif", un mentor est nécessaire, ici génialement campé par Kevin Kline en docteur bourru et solitaire. Une nouvelle fois, Caroline Bottaro traite de leur relation avec justesse, évitant l’histoire d'amour attendue (sans négliger l’attirance mutuelle ressentie en filigrane) ainsi que le pathos facile via la maladie de Kline. La mise en scène des parties d’échecs est fort réussie. Elles suscitent l’intérêt des initiés et des autres (qui auront bien envie de s’y mettre après le film) en alternant les manœuvres sur les plateaux avec les réactions des joueurs, tendues ou amusées. On est ainsi pris par la partie autant par la teneur du jeu en lui même que par la teneur dramatique et du suspense de la situation (va t elle gagner ?).


La partie qui conclut le film enfonce le parallèle avec le schéma de film sportif en usant de tous les artifices narratifs possible pour renforcer la tension. L'accomplissement d'Hélène se fait ainsi par un dialogue intérieur en voix off, l'usage de flash-back et une belle idée de télépathie entre Kevin Kline et Sandrine Bonnaire. Une étonnante surprise apparaît au casting avec la présence discrète de Jennifer Beals en élément déclencheur et il est difficile de ne pas établir de parallèle avec son rôle culte Flashdance où elle se sortait également de sa condition par son don pour la danse. Peut être que c'est un hasard totalement involontaire mais il offre une profondeur supplémentaire à la touche féministe du film. Une des belle réussites française récentes auquel Caroline Bottaro n'a toujours pas donné suite. On l'espère pour bientôt !

Sorti en dvd chez Studio Canal

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