Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 28 mars 2011

Marie-Octobre - Julien Duvivier (1959)


Le film raconte les retrouvailles d'un groupe d'ex-résistants, dont certains s'étaient perdus de vue depuis la fin de la guerre. Ils dînent ensemble dans la demeure de leur ancien chef, Castille, qui a été arrêté et tué dans ce lieu même, évènement qui a précipité la chute du réseau. Cette soirée est organisée par Marie-Octobre, nom de code de l'ancienne estafette du réseau, et du propriétaire actuel des lieux, François Renaud-Picart. En réalité, ils ont organisé la réunion pour percer le mystère de la mort de Castille : un ancien membre de la police allemande leur a avoué que c'était grâce à un traître qu'ils avaient réussi à les découvrir ce soir-là.

Près de 15 ans après et sur un mode moins polémique que Le Corbeau, Marie-Octobre usait à nouveau du thriller pour rappeler le spectre de la délation qui plana sur la France aux heures sombres de l'occupation allemande. La trame, simple et imparable se noue autour d'un huis-clos entre anciens camarades résistants réunis en l'honneur de leur ancien chef Castille tué par la Gestapo. Les retrouvailles se font truculentes et conviviales, permettant de cerner les personnalités de chacun et les traits distingués qui se retourneront contre eux lorsque les raisons de cette entrevue éclateront : démasquer parmi eux le traître qui jadis causa le démantèlement du réseau et la mort de Castille.

Il s'ensuit alors une redoutable partie d'échecs où tout le monde alternera entre accusateur et coupable potentiel, la tension faisant sortir maintes révélations teintant d'ambiguïté les agissements de chacun en temps de guerre, l'amitié même entre les anciens amis et la mémoire même du chef défunt. Impossible d'anticiper l'issue et de deviner le coupable notamment grâce à un casting exceptionnel, parmi les impressionnant du cinéma français de l'époque. Bernard Blier est donc un avocat peu regardant sur la morale, Lino Ventura (dont la présence est telle qu'il est le seul qu'on ne soupçonnera jamais Duvivier l'a bien compris c'est le seul sur lequel il ne laisse planer aucun doute) un sanguin propriétaire de music-hall, Serge Reggiani un sentimental à l'ambivalence troublante auquel on peut ajouter Paul Meurisse, Noël Rocquevert, un truculent Paul Frankeur et Paul Guers ancien séducteur converti dans les ordres.

L'ensemble est dominé par une troublante et déterminée Danielle Darrieux, muse de chacun des hommes présents et possible enjeux de la traitrise passée. Ils jouent tous parfaitement leur partitions bien aidés par un scénario ménageant les rebondissements avec une science diaboliques du suspense et également les dialogues fabuleux de Henri Jeanson. Tour à tour cinglants, ironique ou franchement comique ( le Nous n'allons tout de même pas te dresser un Arc de triomphe en margarine lancé à Paul Frankeur par Noël Roquevert lorsque ce dernier se vante des victuailles fournies durant la guerre pour se défendre m'a plié de rire) ils transforment le film en joute verbale virtuose ou tout peu basculer à la moindre erreur d'élocution, d''oubli ou d'omission d'un détail.

En dépit de la nature de l'histoire on est heureusement très loin du théâtre filmé. Duvivier délivre en scène tour à tour inquisitrice avec ses plongées lourdes de sens sur l'assemblée ou l'accusé potentiel, les cadres se font larges pour ajouter à la confusion ou plus serré pour capter la moindre défaillance en gros plan. Les mouvements de caméras jouent également de cette suspicion en se promenant de l'un à l'autre des protagonistes, devenant l'instrument de cette culpabilité et de ce malaise ambiant. Le découpage, l'agencement des personnage dans le décors et le jeu sur le champs contre champs forment un tout incroyablement pensé qui ajoute à la maîtrise fabuleuse dont fait preuve Duvivier pour faire naître la tension. Hormis quelques étranges petits interludes sur un match de catch se déroulant à la télévision, la tension ne se relâchera jamais jusqu'à une conclusion implacable et tragique. Grand film.

Sorti dans une très belle copie chez chez Pathé

Extrait



1 commentaire:

  1. nous venons de regarder ce film. "grand film" convient bien effectivement !

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