
Le hold-up d’une salle de paris clandestins tourne mal et un policier est abattu. Un coupable « idéal » est arrêté. L’inspecteur Ferguson mène l’enquête qui le mène vers un redoutable assassin.
Railroaded! s'inscrit dans la série des nombreux films noirs de série B dans lesquels se révéla Anthony Mann à la fin des années 40 avant d'accéder à des budgets plus prestigieux et montrer son brio dans d'autres genres tel le western dès la décennie suivante. Sans être aussi réussi qu'un Marché de Brute ou La Brigade du suicide, Railroaded! s'avère néanmoins tout à fait digne d'intérêt. Adapté d'un roman de Gertrude Walker, le film s'inspire néanmoins d'un fait divers commun au Appelez nord 777 d'Henry Hathaway (en tout point supérieur) avec le récit d'un accusé à tort du meurtre d'un policier au début des années 30 et qui après enquête fut finalement innocenté. La Fox menaça de procès la petite compagnie et Anthony Mann dû retourner de nombreuses scènes pour que la parenté entre les deux films soit moins prononcée.
Passée une remarquable ouverture sur un hold-up film avec sécheresse et efficacité par Mann, tous les aspects attendus d'un tel pitch sont abordés avec un minimum de conviction et d'implication. Malgré le soin apporté à l'intrigue policière (ou on retrouve dans une bien moindre mesure le côté documenter de T-Men pour l'aspect "police scientifique"), le fade faux coupable dont on ne s'occupe guère (Steve Ryan), sa très gironde sœur cherchant à l'innocenter (Sheila Ryan) et le flic propret menant l'enquête (Hugh Beaumont) manquent singulièrement de charisme et les scènes sont trop convenues et plates peinent à susciter l'intérêt.
L'attention de Mann ici est ailleurs, du côté obscur et trouble du personnage de tueur incarné par John Ireland (et dans une moindre mesure sa séduisante et torturée acolyte jouée par Jane Randolph étonnant sosie de Nicole Kidman très perturbant !). Le faciès sournois, sadique et inquiétant Ireland ajoute également toute une dimension fétichiste à son personnage. Celui-ci passe ainsi tout le film à caresser langoureusement le canon de son arme (dans un sous-entendu sexuel bien appuyé) dont il parfume carrément les balles et chacun de ses meurtres violents voit son arme tonner comme dans une explosion orgasmique frappante.
Mélange de calme menaçant et de tension prête à exploser, John Ireland confère un côté pulsionnel instinctif au film qu'il vampirise totalement. On arrive ainsi à tolérer ce qui est tout de même une énorme incohérence : pourquoi donc au lieu de faire profil bas ce tueur va-t-il conter fleurette avec la sœur de celui qu'il veut faire accuser à sa place ? On a la réponse un peu plus tôt dans une scène chargée de tension sexuelle où Ireland observe la Sheila Ryan de l'accusée se battre avec la principale témoin du meurtre. Tandis que les deux femmes se débattent en arrière-plan, Mann montre la silhouette d’Ireland jouissant littéralement du spectacle dissimulé dans un coin de l'appartement. Ainsi excité par la hargne de cette femme à innocenter son frère, il va donc tenter séduction risquée.
Ces facettes sortent Railroaded! des lieux communs du genre et le tout s'avère remarquablement filmé par Mann (outre le hold-up d'ouverture la confrontation finale est bien tendue bien que trop brève) avec une superbe photo de Guy Roe (et pas John Alton comme souvent) aux noirs profonds qui ne rendent que plus inquiétantes les apparitions de John Ireland. Bon petit film noir donc même si Mann a fait mieux dans le genre.
Sorti en dvd zone 2 chez Bach Film, et comme ce n'est pas forcément toujours le cas avec cet éditeur on signale que la copie est très bonne en plus.Extrait

0 commentaires:
Enregistrer un commentaire