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mardi 3 janvier 2012

Le Mur du Son - The Sound Barrier, David Lean (1952)


John Ridgefield est un riche magnat du pétrole qui, en tant que propriétaire d'une usine de construction aéronautique, conçoit également des avions. Tony Garthwaite, pilote d'essai, ancien pilote de chasse pendant la Seconde Guerre mondiale, est employé par Ridgefield après son mariage avec Susan, la fille de ce dernier. Les tensions entre le magnat et sa fille, présentes depuis la mort du frère de Susan lors d'un vol effectué sous l'impulsion de son père, sont accentuées lorsque Garthwaite effectue des essais de vol dangereux dans un nouveau prototype qui doit franchir le Mur du son.

David Lean nous offre un ébouriffant et exaltant livre d'image avec cette fascinante évocation du courage des pionniers de l'aviation. Comme toujours le réalisateur mêle avec brio spectaculaire et humain, les exploits aériens étant profondément liés au drame familial se déroulant au sol. Les protagonistes du film se divisent ainsi clairement entre les "croyants" et les sceptiques. Les croyants son symbolisé par un Ralph Richardson qui domine la distribution avec cette figure d'industriel et ancien pilote, passionné et exalté par le défi technique symbolisé ici par la mythique Mur du Son.

Les non croyant se trouvent paradoxalement être de son propre sang avec son fils Chris (Denholm Elliott surtout connu pour son tardif rôle de Marcus Brody dans les Indiana Jones) qui n'a pas l'étoffe et est effrayé par les airs, et sa fille Ann Todd. Cette dernière souffre en silence de voir son époux (Nigel Patrick) faire le pilote d'essai pour les vols expérimentaux à haut risque des appareils de son père.

Partagé entre ses deux visions, le film alterne séquences de plus en plus angoissées au sol avec d'autres où l'ivresse des airs et le mélange de danger et d'excitation se ressentent comme rarement. La vérité criante de ces deux aspects n'est pas due au hasard, le scénario de Terence Rattigan s'inspirant d'une série d'articles sur la réelle perte que subit le concepteur Geoffrey de Havilland lorsque son fils périt en voulant franchir également le Mur du Son.

L'évènement est évoqué dans le film mais le script préfère réutiliser les évènements avec des personnages imaginaires, tout en tournant l'exploit à l'avantage des anglais puisque le Mur du Son fut franchi en réalité par l'américain Chuck Yeager au sein de la US Air Force. Les séquences de vol sont techniquement époustouflantes, entre trucage (les passages dans le cockpit avec les vrais acteurs et une incrustation et/ou rétro projection parfaite) et vrais moments dans les airs aux vues impressionnantes.

Lean a eu accès au dernier cri technologique de l'époque lors du tournage prêté par la de Havilland Comet (responsable du premier avion de vol commercial justement) dont le biplace de Havilland Vampire est utilisé dans la scène où Nigel Patrick et Ann Todd font un aller-retour entre l'Angleterre et l'Egypte toujours dans cette volonté de vanter les possibilités de l'aviation.

Le culte des airs se paiera au prix fort, tant pour les pilotes prêt à tout risquer pour dépasser les limites que pour leurs familles. Ann Todd comme toujours excellente traduit bien cette détresse tandis que le casting masculin s'avère plutôt fade entre les peu charismatiques Nigel Patrick et John Justin. C'est donc tout naturellement lors d'une séquence entre Ralph Richardson et Ann Todd qu'on atteint le clou du film lorsque cette dernière est gagnée malgré elle par la fièvre de l'aviation. Venue voir son père pour un tout autre sujet, leur conversation se voit complètement détournée par l'excitation des informations radio sur l'exploit sur le point d'être enfin accomplit, le franchissement du Mur du Son.

Lean réussi l'exploit d'être encore plus intense que les précédentes scènes de vol avec justement moins de moments en avion (si ce n'est quelques inserts) pour justement s'attarder sur l'écoute anxieuse du père et de la fille sur le défi en cours. Une belle manière d'exprimer cette fois en le progrès par un angle plus humain que technique et ainsi bien plus galvanisant. La belle et sobre dernière scène montre que les non-croyant son désormais convertis, tout comme le spectateur.

Sorti en dvd zone 2 anglais au sein du coffret consacré à la période anglaise de David Lean et plusieur fois évoqué sur le blog.

Extrait

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