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vendredi 21 décembre 2012

Chaînes Conjugales - A Letter to Three Wives, Joseph L. Mankiewicz (1949)



Trois amies partent en excursion, délaissant pour l'occasion leurs maris respectifs. Peu avant le départ, l'une d'elles reçoit une lettre d'une quatrième femme que toutes trois connaissent : la séductrice Addie Ross.

Celle-ci déclare avoir profité du départ des trois amies pour partir avec le mari de l'une d'elles, sans préciser lequel.  Durant l'excursion, chacune des trois femmes reverra successivement, aux cours de trois flashback différents, les différentes étapes de sa vie de couple et tentera de comprendre ce qui aurait pu décider son mari à fuir, tout en se demandant si c'est bien de lui qu'il s'agit ou non.


A Letter to Three Wives est la première grande réussite de Mankiewicz où son art s’exprime en toute liberté, le film se rapprochant le plus des brillants et caustiques récits de mœurs qui feront sa gloire. Mankiewicz  débutant et simple exécutant avait été sur ses premiers films confiné à des genres bien éloignés de son univers (Le film gothique Le Château du dragon , le thriller Quelque part dans la nuit tous deux en 1946) ou alors soumis à des scripts dont il n’était pas l’auteur (Un Mariage à Boston, L’Aventure de Madame Muir tous deux réalisés en 1947) un comble pour lui. Cela ne l’empêcha pas de signer un authentique chef d’œuvre avec la romance fantôme de L’Aventure de Madame Muir  mais c’est réellement avec Chaînes Conjugales qu’il dessine les contours des grandes œuvres à venir des années 50. 

A l'origine prévu pour Lubitsch, le film est adapté d’un roman de John Klempner pré publié en magazine et dont le potentiel est décelé par les pontes de la 20th Century Fox qui en rachètent les droits. Le décès de Lubitsch pendant le tournage de La Dame au manteau d'hermine permet l’arrivée d’un Mankiewicz qui conscient de trouver enfin un matériau à sa mesure réécrira entièrement le premier script de Vera Caspary. Parmi les changements majeurs, le choix de rendre Addie Ross invisible, séductrice moqueuse, omnisciente et objet de toutes les tensions alors qu'elle n'intervient qu'en voix off (le timbre doucereux et distancié de Celeste Holm qui retrouvera Mankiewicz en chair et en os sur Eve) ainsi que le passage de 5 à 3 héroïnes.

 On tient là une  comédie de mœurs féroces où Mankiewicz va dénoncer plusieurs maux de l'Amérique de d’alors, mais aussi des tares plus universelles liées aux rapports hommes/femmes à travers les trois couples formant l'intrigue. Pour cela Mankiewicz use de sa figure narrative favorite, le flashback,  afin d’introduire chaque situation. Cette élément si souvent utilisé chez lui (All about Eve, La Comtesse aux pieds nus, Soudain l'été dernier) s’exprime avec une inventivité constamment renouvelée avec ici avec la voix off d'Addie Ross déformée par un effet sonore pouvant laisser penser qu'elle est issues de la psyché des héroïnes.Divers maux rongent les différentes unions du film.

Hypocrisie et pouvoir du paraître pour le couple Jeanne Crain/Jeffrey Lynn (le moins intéressant), furieuse et visionnaire charge contre l'abêtissement par les médias pour le couple Ann Sothern/Kirk Douglas et une passionnante observation du (supposé) mariage d'intérêt et l'incompréhension par le manque de communication entre Paul Douglas et Linda Darnell.

L'écriture est des plus subtiles et efficace, Mankiewicz alternant les dialogues très explicatifs appuyant sa réflexions et les idées narratives parfaites sachant écourter pour aller à l’essentiel à la manière du rebondissement final qui rapproche enfin Linda Darnell et Paul Douglas sans avoir besoin de s'appesantir plus que nécessaire. Le casting est exceptionnel en particulier une Linda Darnell poignante et qui entame là une liaison avec Mankiewicz (interrompue par son non choix pour le premier rôle de La Comtesse aux pieds nus obtenu par Ava Gardner). Un des meilleurs films de son auteur auquel la série Desperate Housewive peut dire merci puisque  tout est déjà là.

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox


8 commentaires:

  1. j'ai revu ce film récemment et il est très brillant,l'apogée de Mankiewicz étant pour moi "Eve".Curieux les deux photos du bas ne sont pas celles du film ; c'est Darnell dans "darling clementine" et la dernière est extraite de "heaven can wait" (Ameche et Tierney)

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  2. Je regrette bien qu'il n'y ait pas eu 5 héroïnes. Mais le film eût été plus long et les studios autorisaient rarement le dépassement d'horaire.
    Il y a 4 ans, Alice Ferney a publié un roman dont l'héroïne regarde ce film en boucle et, à partir des scènes qu'elle voit et revoit, fait l'introspection de son propre couple.
    Je n'ai pas lu "Paradis conjugal", ni vu "Desperate housewives" mais c'est étonnant de constater que ce film a encore une influence sur des fictions modernes, 60 années après.
    lisa fremont.

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  3. Oups pas eu le temps de faire des captures du coup pioché en catastrophe dans google image j'ai corrigé les images merci !

    Sinon avec 3 héroïnes on exploite un spectre de situations et de personnages déjà très intéressant pas besoin de plus pour moi même si après Mankiewicz saura jongler de manière beaucoup plus virtuose avec les nombreux flashbacks de ces récits. J. Etienne moi aussi mon favori est "Eve" avec La Comtesse aux pieds nus (Ava of course !) et "L'Affaire Ciceron" n'est pas loin. Toujours pas causé de Eve ici il faudra remédier à ça !

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  4. "Il y a des films dans lesquels je n'entre pas, ni la première fois, ni la seconde, ni la troisième. Ce fut le cas pour celui-ci
    C'est avouer mon culte pour Mankiewicz. Mais ici je n'ai pas trouvé ces personnages et dialogues cinglants grâce auxquels je porte aux nues EVE (film qui crépite à chaque seconde, dans chacune des scènes, avec la diction ineffable (en anglais) du journaliste (George Sanders : De Witt, je crois), d'Ann Baxter (dont le seul profil mérite un roman à lui tout seul : modèle d'ambitieuse sans pareil, à la limite de la caricature, mais qui ne fait jamais sourire) et la merveilleuse
    et ironique habilleuse (Thelma Ritter, que l'on apprécie dans Misfits ou elle accompagne Marylin à Reno, capitale du divorce, et par dessus tout dans son rôle émouvant dans "Le Port de la Drogue" — curieuse traduction de "Pickup on 34th Street" — pour ne rien dire de la divine Bette Davis si fidèle à elle-même d'un bout à l'autre de sa carrière). ou encore l'Affaire Cicero, et le cynisme des
    protagonistes sublimissimes : James Mason et Danielle Darieux.

    Bref ces trois femmes sont banales et ce qui les intéresse ne parvient pas à m'intéresser : elles sont installées dans un petit confort
    bourgeois, middle-class, et n'envisagent pas ce que pourrait leur apporter leur libération de ces chaînes conjugales. On est encore loin
    du MLF ou encore à des années lumière de ces êtres à part entière que sont dans la vie et dans leurs choix professionnels Bette Davis encore, Katherine Hepburn et Joan Crawford (pour cette dernière, j'espère ne pas me tromper). J'en oublie beaucoup sans doute.

    RIEN NE SE PERD, TOUT SE CREE.

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    1. L'identification peut sembler moins évidente envers ces femmes pour un spectateur contemporain mais ça serait une erreur je pense de reprocher cela au film en évoquant le MLF. C'est plus les maux conduisant à une certaine médiocrité et aux non-dit entre les couples que Mankiewicz dénonce (l'appât du gain, la publicité) c'est plus là que repose les chaînes conjugales que la vie bourgeoise pavillonnaire qui devait être assez commune aux spectatrices de l'époque et qu'il aurait été malvenu de reprocher. Toutes les femmes n'étaient pas forcément destinées (et n'avaient pas forcément la volonté) d'être des grande figure aventurière à la Katharine Hepburn. Les deux peuvent exister.

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    2. j'ai fait un faux mouvement et perdu ma réponse (j'ai dormi de 20 h à 4 h), pour faire vite maintenant je dirai que les deux peuvent exister, mais qu'il ne faut pas oublier que l'émancipation de la femme en Europe date de 14-18 : l'homme est au front, la femme travaille, ses jupes racourcissent, elle est coiffée à la garçonne pour la commodité. "boring and parochial", la médiocrité n'apporte rien, surtout pas de catharsis, mais la nausée comme le font si bien Bouvard et Pécuchet de Flaubert. Il y a plus souvent qu'on ne pense de l'héroïsme dans les classes défavorisées (je pense à Mama Roma). Ce Mankiewicz est archi plat.

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    3. J'ai bien compris cela, je disais juste qu'il était dommage de trouver les personnages inintéressant avec un regard actuel parce que c'était des femmes au foyer ordinaire (d'autant que dans le film ça n'a pas d'importance et et certains protagonistes féminin commandent véritablement le couple) ce n'est vraiment pas le sujet du film.

      Pour l'émancipation féminine il y a d'autres Mankiewicz qui traite réellement du sujet comme "L'Aventure de Mme Muir" dont c'est un des sous-texte. J'en parlai là

      http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2010/11/laventure-de-madame-muir-ghost-and-mrs.html

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  5. votre colonne bleue , c'est le tonneau des Danaïdes, plus on cherche et plus on trouve : c'est la mémoire du cinéma. Je ne reverrai pas tout ce dont vous vous souvenez pour vos lecteurs, mais ces ramifications multiples et vivantes font revivre ces moments d'empathie intense comme seul le cinéma peut en procurer (mon français n'est pas très élégant, mais ce n'est pas grave, n'est-ce pas ? )

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