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lundi 3 décembre 2012

The Offence - Sidney Lumet (1972)


1972. Dans une banlieue grise et anonyme d'une grande ville d'Angleterre. Le sergent Johnson (Sean Connery), un policier brutal et moustachu ayant 20 ans d'expérience, se lance aux trousses d'un violeur de fillettes. Très vite, un étrange individu (Ian Bannen) est arrêté. L'interrogatoire se met en place. Commence alors, pour les deux hommes, une véritable nuit d'horreur…

The Offence est le grand film maudit de Sidney Lumet, dont la trop grande noirceur entraîna l'échec par le rejet du public mais aussi de la distribution restreinte de la United Artist craintive d'écorner l'image de Sean Connery. Le film faisait ainsi partie d'un deal entre le studio et Connery qui imposait ses conditions pour incarner une ultime fois James Bond dans Les Diamants son éternels (1971). En plus d'un salaire mirobolant pour reprendre le rôle de 007, l'acteur obtient également de se faire produire deux films indépendants de son choix financé par le studio.

Le premier (et finalement le seul suite à l'échec commercial) sera donc The Offence, adapté d'une pièce de théâtre de John Hopkins (également auteur du script) que Connery chercha déjà à jouer quelques années plus tôt. Il engage également à la mise scène Sidney Lumet avec qui il avait déjà tourné La Colline des hommes perdus (1965) et Le Gang Anderson (1971) tandis que l'équipe technique et le casting est constitué d'amis comme Trevor Howard ou Ian Bannen.

The Offence apparaît dans la continuité d'un certain nombre de film anglais et américain qui révolutionne le polar en ce début des années 70. Côté américain, c'est la figure du flic qui devient ambiguë avec Inspecteur Harry (1971) et French Connection (1971) où l'agent de la loi n'hésite plus à franchir la ligne rouge et d'user de méthodes aussi radicales que les malfrats qu'il traque. En Angleterre, les polars comme La Loi du Milieu ou Villain dépeigne avec une violence radicale et un réalisme urbain oppressant les mœurs criminelle des cités anglaise. Même si The Offence s'inscrit parfaitement de ce contexte, c'est pourtant un film très différent.

Les actions borderline des Dirty Harry et Popey Doyle se trouvaient en partie justifiées par une hiérarchie et un système impuissant quand tout le policier incarné par Sean Connery les écarts viennent surtout de son propre désordre psychique. L'urbanité d'un Get Carter disparait de la cité anonyme entraperçues dans les quelques extérieurs de The Offence, les moments de tension naissant de scène dépouillée où se ressent s'exprime totalement l'origine théâtrale du film.

 Le film fait en fait office de précurseur de la grande trilogie de la corruption de Sidney Lumet à travers Serpico, Le Prince de New-York et Contre-enquête. Chacun des films montrait des flics incapables dans l'intimité de quitter les tourments quotidiens de leur métier, que ce soit la corruption de leur collègue (Serpico) ou la leur qui les ronge (Le Prince de New York). Ici la corruption est d'ordre mentale avec un Sean Connery qui en traquant un pédophile se trouve confronté à ses propres démons, l'affaire en cours faisant rejaillir toutes les horreurs qu'il a pu rencontrer au cours de sa carrière.

Incapable de séparer ses différentes réalités, il va ainsi malmener fatalement un suspect dont la culpabilité sera questionnée jusqu'au bout. Lumet articule son récit autour de grandes confrontations et joutes verbales montrant l'esprit vacillant de Sean Connery : le violent face à face avec le suspect pédophile (Ian Bannen) qui ouvre et conclu le film, l'échange avec Trevor Howard qui le met face à ses failles et enfin la dispute avec son épouse Maureen (Vivien Merchant) illustrant son incapacité à partager les visions qui le hante. Avant ces pics, Lumet aura dévoilé subtilement l'ambiguïté de Sean Connery où au contraire des trois grandes scènes dialoguées plus démonstratives il se sert surtout de l'image pour traduire ce sentiment.

On pense à la scène où Connery retrouve la malheureuse fillette violée, Lumet usant d'angle de prise de vue qui à travers les yeux de la victime ferait presque passer Connery pour le prédateur (la contre-plongée qui le voit surgir des buissons) et même le long moment où il tente d'apaiser sa terreur pourrait être interprété tout autrement au vu du positionnement des personnages dans l'espace. Il en va de même lors de la longue séquence en voiture montrant les souvenirs sordides de Connery ressurgir et faisant ainsi partager le malaise de celui accompagné de telles images au quotidien. Ce passé douloureux s'avère plus tangible que le présent avec une photographie usant de couleurs bien plus vivaces quand le reste du film baigne dans une imagerie terne, grisâtre et désaturée.

Le long duel psychologique avec le suspect est ainsi notre guide tout au long du film, le mystère se dissipant au fil de ses reprises révélant toute la noirceur du propos. C'est d'abord en ouverture sous forme d'un halo immaculé en forme de cauchemar au ralenti que nous devinons la violence en cours sans la comprendre. La seconde interprétation révèlera la violence de Connery tout en jouant de l'ellipse quant à l'échange entre les deux hommes qui se dévoilera lors du final où le rapport de force est inversé pour notre héros perdant définitivement pied. Le trouble naît autant des dialogues que des hallucinations de Connery qui désormais se confondent avec les pulsions de son suspect. C'est sur ce point de non-retour que ce conclu le film, un grand Lumet glacial et dérangeant de bout en bout. Quant à Sean Connery, on ne l'avait jamais vu ainsi, aussi torturé, imprévisible et halluciné...


 Sorti en dvd zone 2 chez Wild Side

Extrait

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