Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

dimanche 23 décembre 2012

Margie - Henry King (1946)


Une mère raconte sa dernière année de lycée à sa fille : ses amours, son bal de fin d'année, le professeur de français, sa petite culotte.

Henry King réalise là une charmante comédie, sortant de lointain ancêtre dessinant avec candeur les contours du teen movie tel qu'il naîtra en partie avec La Fureur de Vivre (en plus torturé) lors de la décennie suivante. Ici, cette vision de l'adolescence se fait par la voie nostalgique où remontant les objets du passé (photos, gramophone, culotte ! Tous ayant leur importance dans l'histoire) dans un grenier à vider une mère va raconter à sa fille curieuse ses souvenirs de lycée, vingt ans plus tôt. A cette époque, Margie est une jeune studieuse et gauche qui sous sa maturité n'en rêve pas moins au prince charmant. Celui-ci pourrait Roy (Alan Young), garçon un peu balourd aimant lui réciter des poème, Johnny (Conrad Janis) capitaine de football n'ayant d'yeux que pour son amie Marybelle (Barbara Lawrence) et surtout M Fontayne (Glenn Langan) le très séduisant nouveau professeur de français dont son amoureuses toutes ses camarades.

La transition temporelle se fait par un sublime flashback où un vieux disque du présent reprend la chanson de manière tonitruante dans le passé par le biais d'un haut-parleur. L'aspect idéalisé et radieux de ces souvenirs convient parfaitement au halo coloré et chaleureux (on pense beaucoup dans l'esprit aux tout aussi bienveillants Chant du Missouri ou Quatre filles du docteur March de la MGM produit à la même période) de cette Amérique provinciale en forme de paradis perdu alors que la Deuxième Guerre Mondiale est à peine achevée.

Dans ce contexte on s'émeut et s'amuse des premiers émois de Margie , chrysalide pas encore éclose qui va passer par quelques humiliations et désillusions avant de s'accomplir. Parmi celles-ci, un running gag désopilant la voit perdre sa culotte (!) dont l'élastique mal ajusté la plonge dans l'embarras à plusieurs reprises, le plus souvent en compagnie de l'être désiré (Johnny à la patinoire, Fontayne à la bibliothèque). Les amours, elle les rêves ou les observe dans le secret de sa chambre, en espionnant Marybelle ou en chantant son dépit et ses espoirs dans une des quelques séquences musicales du film.

Jeanne Crain est absolument craquante dans sa prestation passionnée et empruntée (la scène de débat), typique de cette adolescence où on passe du bonheur le plus total au tréfonds du désespoir dans la minute. Ce sera le cas lors d'un rebondissement final tournant autour du bal de fin d'année et l'absence de cavalier pour Margie. La solution résout subtilement une facette du récit sobrement abordée (la relation avec ce père absent) et transforme la chrysalide en papillon (la scène du bain moussant la montrant enfin sous un jour sensuel fait la transition) lors de la sublime scène de bal où débarrassées de ses couettes et socquettes Margie éblouit l'assistance de sa beauté.

Le film aurait probablement quelque soucis aujourd'hui avec cette relation élève/professeur ambiguë (puis beaucoup moins) acceptée voire encouragée par les adultes mais le beau Glenn Langan (qui a coiffé Cornel Wilde refusant de jouer dans le film et Richard Jaeckel envisagé avant lui et qu'on a jamais vu ailleurs par la suite semble-t-il) représente surtout un idéal charmeur et bienveillant aux yeux de la jeune fille appuyés par sa présence lisse. Léger comme une bulle de savon et enchanteur.

Et malheureusement c'est toujours inédit en dvd, guettez une rediffusion au cinéma de minuit ou sur TCM pour savourer ce petit bijou. Et contrairement à ce que laissent supposer les photos le film est bel et bien en couleur. 

Extrait

6 commentaires:

  1. Si on résume ce film à : "Une jeune lycéenne passe son temps à perdre sa culotte tout en se faisant draguer par son professeur"... on pourrait presque croire à un pitch de porno des 70's !
    Mais non, bien sûr. C'est Henry King et c'est une "americana", comme il savait les faire, tout en finesse, élégance et pure beauté. On attend qu'une chaîne TV nous le repasse pour rendre justice à son magnifique Technicolor. A noter que le directeur photo est Charles G Clarke qui fit "Capitaine de Castille", film que je classe, perso, parmi les plus époustouflantes couleurs de cet âge d'or.
    A noter aussi Hattie Mc Daniel, la domestique noire qui avait été la Mamma d'Autant en emporte le vent. Et puis Barbara Lawrence qui fait la soeur blonde de Linda Darnell dans "Chaînes conjugales" que vous avez chroniqué cette semaine. Et enfin Vanessa Brown (la lycéenne malicieuse lors du bal) qui a également joué pour Mankiewicz dans "L'Aventure de Mme Muir" et "The Late George Apley".
    Merci d'avoir parlé de ce film ! Connaissez-vous "Cette Terre qui est mienne", toujours d'Henry King, avec Jean Simmons et Rock Hudson? J'ai vu ça à 12 ans, à la télé, en V.F., mais je garde un souvenir ébloui de Jean Simmons plongeant ses pieds nus dans les sillons de sa terre labourée...
    Lisa Fremont

    RépondreSupprimer
  2. Encore une chose : Richard Jaeckel a beaucoup joué les seconds rôles importants. Notamment dans "La Cible humaine", un excellent western psychologique de... Henry King, avec Gregory Peck. Et je me souviens de lui, mourant dans l'eau, dans les bras de Paul Newman dans "le Clan des Irreductibles". Et sauf erreur dans les "12 Salopards". Et bien d 'autres.

    RépondreSupprimer
  3. Oui j'ai mal formulé je parlais du professeur joué par Glen Langan qu'on a semble t il revu nul part hormis dans ce film. Merci en tout cas belle découverte tendre et loufoque, Jeanne Crain pour subir avec dignité autant de fois ce gag de la culotte il faut une sacrée grâce tout de même !

    Pas vu "Cette Terre qui est mienne" qui existe seulement en dvd espagnol semble t il...

    RépondreSupprimer
  4. C'est vrai, elle est drôlement gracieuse, la Jeanne! Elle est super bien dirigée aussi. La toute première fois du gag, elle a une série géniale de sourires jaunes-coincés vers ses potes et copines qui la croisent en lui lançant "Hi, Margie!". Quand elle leur répond, l'un après l'autre, tout en parlant à Roy et tout en tenant son "bloomer", on comprend parfaitement ce qui se passe dans sa tête et on croit entendre les phrases qu'elle ébauche en silence. De la fine dentelle.
    Merci d'avoir posté la fin de cette longue et exemplaire séquence de la patinoire qui est filmée avec une telle intelligence, une subtilité infinie!
    Sinon, mais si, mais si : Vous avez forcément vu Glen Langan dans "Ambre" et "Dragonwyck" (le gentil c'était lui). A part ça, j'avoue, je ne vois pas. Mais il est sûrement apparu ailleurs. Cela dit, après avoir tenu dans ses bras Jeanne Crain, Linda Darnell et Gene Tierney, un homme peut aller se coucher heureux, s'pas?

    RépondreSupprimer
  5. Ce n'est pas pour faire de la pub mais vous trouverez "Cette Terre qui est mienne" et "Margie" sur LCDC, le coin du cinéphile.

    Joyeuses fêtes à tous !

    Laurent Bauer

    RépondreSupprimer
  6. Le coin du cinéphile = caverne d'Ali Baba !

    RépondreSupprimer