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jeudi 13 décembre 2012

Dracula - Bram Stoker's Dracula, Francis Ford Coppola (1992)


Transylvanie, 1462. Le comte Vlad Dracula, chevalier roumain, part en guerre contre les Turcs en laissant derrière lui sa femme Elisabeta. Cette dernière met fin à ses jours lorsqu'elle apprend la fausse nouvelle de la mort de son bien-aimé. Fou de douleur, Vlad Dracul renie l'Église et déclare vouloir venger la mort de sa princesse damnée à l'aide des pouvoirs obscurs, devenant ainsi un vampire sous le nom de Dracula.  Quatre siècles plus tard, en 1897, Jonathan Harker, un jeune clerc de notaire, est envoyé en Transylvanie afin de succéder à son collègue Renfield, devenu fou, pour conclure la vente de l'Abbaye de Carfax à un mystérieux comte qui n'est autre que Dracula. Au moment de la signature finale de la vente, Dracula découvre un portrait de Mina, la fiancée de Harker, semblable en tous points à sa défunte épouse Elisabeta. Dracula décide d'aller la retrouver à Londres et se fait transporter sur le Demeter dans des caisses remplies de sa terre natale.


Cette flamboyante adaptation du roman de Bram Stoker signifiait un retour en force pour Francis Ford Coppola après des années 80 difficiles. Le réalisateur avait continué à y délivrer des œuvres passionnantes,, entre épure formelle sophistiquée (le diptyque Rusty James/Outsiders),  pétages de plomb mégalo et expérimental dont il a le secret (Coup de cœur) et œuvres plus intimiste et sensible avec Peggy Sue s’est mariée. Problème pratiquement tous ces films avaient été des échecs cuisant au box-office (on peut y ajouter l’échec artistique également de Cotton Club) et le retour aux sources raté du Parrain 3 (malgré de vraies belles fulgurances) n’avait pas redoré le blason de Coppola au box-office. Dracula sera donc le dernier vrai grand succès commercial du réalisateur tout en étant un film aussi génial que discutable sur le plan artistique.

Sur le papier, c’est sans doute l’adaptation la plus fidèle dans son déroulement au roman de Stoker mais  néanmoins elle souffle vraiment le chaud et le froid. La réussite est en premier lieu visuelle avec une esthétique gothique parmi les plus flamboyantes jamais vu notamment grâce à une direction artistique à tomber. La première partie est ainsi truffée d’images forte imprimant durablement la rétine, entre l'ouverture narrant l'histoire de Vlad l'Empaleur sa bataille puis ses cadavres de ses adversaires empalés sous un soleil rougeâtre, le voyage puis l'arrivée de Harker en Transylvanie,  enchaînements prodigieux au montage, les compositions de plan sublime et les décors studios impressionnants.

 Le film pêche en fait par sa profonde schizophrénie. Les costumes d'Eiko Ishioka (qui a œuvrée sur le Mishima de Paul Schrader et plus récemment associée à Tarsem sur The Fall et The Cell) sont d’une audace rares (l’armure façon chair à vif écarlate au début) et se marient fort bien à l’apparat gothique classique des décors de Thomas E. Sanders certes déjà vus mais d’un aboutissement et raffinement impressionnant. La note d’intention de Coppola était de transcender une inspiration issue du gothique des grandes heures de la Universal mais aussi du fantastique poétique français avec La Belle et la Bête de Jean Cocteau. Coppola travaillant toujours en famille aura cependant beaucoup délégué, notamment à son fils Roman ici réalisateur de seconde équipe et qu’on pourrait presque qualifier de réalisateur officieux.
Les influences de Roman Coppola sont toutes  autres (se souvenir de sa seule réalisation officielle le sympathique CQ hommage au cinéma pop 60’s et notamment le Barbarella de Vadim) puisque lorgnant plus vers le cinéma bis avec une esthétique très rococo au croisement des productions Hammer et Mario Bava (on est même pas loin du Caligula de Tinto Brass lorsque les femmes vampires séduisent Harker dans une scène à l’érotisation brûlante où on reconnaîtra une toute jeune Monica Bellucci) jurant avec le classicisme revendique par Francis (Todd Browning, James Whale).  Tout cela traduit la mainmise invisible de Roman Coppola et déteint sur l’ensemble du film ne sachant choisir une direction claire sous dans toutes ses facettes.

Le romantisme le plus éclatant côtoie donc ainsi le grotesque,  le génie alterne avec le franchement risible (le cocher de Dracula qui soulève Harker pour le mettre dans sa voiture) parfois dans la même scène tel ce face à face entre un Harker apeuré et Dracula ultra maniéré et provoquant plus les gloussements que l’effroi. 

L'interprétation est du même ordre et sans juste milieu :  Keanu Reeves est insipide en Jonathan Harker (mais tout terne qu’il soit il est paradoxalement le plus juste face aux excès des autres) tandis qu’Anthony Hopkins délivre un cabotinage honteux en Van Helsing faisant  le film dans la pantalonnade. Le Dracula transformiste incarné par Gary Oldman est une fausse bonne idée vu l’option romantique prononcée car difficile pour provoquer l’empathie (humain/animal, jeune/vieux, amoureux/monstrueux qu'est il vraiment au fond ?) nécessaire à un personnage qui n’a pas d’image réellement définie. 

Malgré tout l'histoire d'amour est vraiment belle et cette orientation romanesque plus marquée touche vraiment dès que Mina (Winona Ryder superbe) et Dracula (Gary Oldman habité, quand on distingue ses trait en tout cas) sont réunis, que ce soit  la première rencontre au cinématographe, le dîner romantique où la poignante scène où Mina s'abandonne à Dracula et boit son sang. Coppola a vraiment réussi à faire de Dracula un monstre et un personnage tragique à travers cette histoire et provoquer un sentiment mitigé où l’on souhaite autant le voir périr pour ses exactions (les débordements sanglants sont particulièrement réussis) que de retrouver Mina.

Dracula est donc une œuvre très inégale mais captivante même dans ses défauts et de toutes façon traversée de fabuleux moments de cinéma et porté par un score inoubliable de Wojciech Kilar C’est aussi le dernier vrai bon film de Coppola avant son retour en grâce récent dans des œuvres plus modestes car la suite des 90’s allait s’avérer sinistre (Jack, L’Idéaliste). Le grand écart entre excès et classicisme manqué par Coppola ici serait par contre brillamment réussit par Kenneth Branagh et son Frankenstein d'ailleurs produit par Coppola qui devait le réaliser au départ. 


Sorti en dvd zone 2 français chez Sony

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