Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 6 décembre 2012

L'Autre - The Other, Robert Mulligan (1972)


L'histoire se passe en 1935. Dans une ferme du Connecticut, des jumeaux, Niles et Holland Perry, coulent des jours heureux, élevés par leur grand-mère Ada. Celle-ci leur a enseigné ce qu'elle appelle "le jeu". Une série d'accidents surviennent, et Niles commence à soupçonner Holland d'en être responsable. Ada sera la première à voir la vérité ; elle est la seule à pourvoir mettre un terme à ce macabre jeu de la mort...

Robert Mulligan réalise un des films les plus fascinant sur les liens mystérieux et insondables de la gémellité avec ce brillant et inquiétant The Other. Le film évoque un thème et un contexte au cœur de certaines des plus belles réussites de Robert Mulligan avec cet été qui sera le cadre de la perte d'innocence d'un personnage juvénile comme dans Du Silence et des ombres, Un été 42 ou Un été en Louisiane. Cette perte d'innocence se fait par des sensations qui font définitivement quitter au héros le monde de l'enfance (Un été 42), lui font découvrir la vérité d'un monde où existe la mal (le contexte ségrégationniste de Du Silence et des ombres) où dans le cas présent le mal qui existe peut-être en nous.

 Niles et Holland Perry ( joué par les vrais jumeaux Chris and Martin Udvarnoky) sont deux frères jumeaux complices mais aux caractères diamétralement opposé. Niles est paisible, rêveur et affectueux quand Holland s'avère nettement plus dominateur, ombrageux et malfaisant. Dépassé par la personnalité forte de Holland, Niles voit soudain les drames et "accident" malheureux s'accumuler autour de lui jusqu'à la traumatisante horreur finale. Seulement les repères sont troublés par les retours des adultes faisant comme si les deux jumeaux chahutaient toujours ensemble, les multiples insert sur les photos et peintures les réunissant, la chambres aménagée pour tout deux quand la réalité du duo est constamment contredit par la mise en scène.

 Mulligan ne filme jamais Niles et Holland ensemble dans le même plan, le montage les séparant constamment et leur échange fonctionnant en champ contre champ et Holland surgissant toujours quand Niles se trouve seul. Des films récents comme Sixième Sens ou Les Autres de Amenabar ont habitués au type de réponses qui dû être une vraie surprise pour les spectateurs de l'époque mais Mulligan est loin de faire reposer son intrigue sur ce twist éventé puis révélé bien avant la conclusion.

Ce qui intéresse Mulligan, c'est de dépeindre cette dualité de caractère sous toutes ses formes entretenant savamment le doute sur son origine : schizophrénie, possession, hantise d'outre-tombe ? Tout est possible mais rien n'est jamais clair à travers un script semant intelligemment les pistes avec ce manque affectif d'une mère fragile mentalement, le don de Niles pour "le jeu" où il peut se fondre en un autre et toutes entretiennent de manière psychologique ou surnaturelle le lien complexe de la gémellité, incompréhensible à un élément extérieur. Ce doute est d'ailleurs plus prononcé dans le film que dans le livre de Tom Tryon (également auteur du scénario) plus explicite notamment par une narration en flashback de Niles enfermé à l'asile quand Mulligan conclu lui sur la plus grande ambiguïté (atténuée par une voix off explicative inutile dans certains montage pour la télévision).

De ce cadre rural paisible et ensoleillé surgissent le malheur et la violence la plus inattendue, cruelle et insoutenable au fil de l'emprise d'Holland sur Niles. Mulligan tout en suggestion et retenue crée un malaise qui va crescendo et met bien mal à l'aise tant l'innocence de l'enfant jure avec les actes terribles qu'il va commettre. C'est par des cadrages subtils et sa science du montage que le réalisateur fait surgir l'inattendu, l'onirisme se faisant sobre dans les basculements dans l'ailleurs.

Les deux gamins sont parfait d'ambiguïté notamment Chris Udvarnoky et le très beau lien entretenu avec la grand-mère Ada (Uta Hagen touchante) qui touchera du doigt l'horreur sous la candeur enfantine. Victime ou prédateurs, les jumeaux questionnent jusqu'au bout avec ce magistral plan final pour conclure et qui hante bien après la vision.

Sorti en dvd zone 1 chez Warner, doté de sous-titres anglais et d'une vf

1 commentaire:

  1. Je ne connaissais pas ce film. Merci de porter l'attention sur ce genre d'œuvres un peu marginales.
    Ravi

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