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dimanche 2 décembre 2012

Les Huit vertus bafouées - Porno Jidaigeki Bohachi Bushido, Teruo Ishii (1973)


Shino, un samouraï errant qui loue ses services au plus offrant, est sur le point de mettre fin à ses jours. Mais sa rencontre avec deux prostitués membres d’une organisation qui alimente les bordels en chair fraîche le fait changer d’avis. Engagé par l’organisation, Shino supervise à sa manière la sélection des nouvelles recrues.

Teruo Ishii réalise avec Les Huit vertus bafouées un objet déviant, psychédélique et délirant typique de ses productions les plus réussies de cette période. Le ton du film se situe au carrefour de sa célèbre série des Joys of Torture (dont il tira 8 films entre 1968 et 1973) et des objets plus pop et étranges qu’il réalisa après celle-ci comme les excellents Female Yakuza Tale avec la belle Reiko Ike ou  encore Blind Woman’s Curse avec la non moins fameuse Meiko Kaji.
L’ouverture par son extravagance formelle annonce d’emblée un spectacle déjanté de la part d’un Teruo Ishii au sommet de son art. Tetsuro Tamba, encerclé au milieu d’un pont par une horde d’assaillants les décime furieusement tandis que les étincelles du contact des lames et les éclaboussures de sang inondent l’écran pour former les crédits du générique…

L’éclairage du décor studio passe du rouge baroque aux ténèbres les plus oppressante, illustrant la rage émoussée de Shino (Tetsuro Tamba) las de cette vie de samouraï assassin et qui va se laisser noyer pour enfin trouver la paix (ou un autre enfer dans l’au-delà comme le leitmotiv désabusé du film le répète). C’est sans compter le sauvetage par une mystérieuse organisation criminelle qui va l’engager pour ses basses besognes. Celle-ci se caractérise par son renoncement à toute forme d’humanité reposant sur les fameuses huit vertus comme l’amitié, la compassion, l’amour…

Si certains Pinku Eiga recèlent sous leur excès d’étonnantes tendances féministes ou libertaires (La Femme Scorpion avec Meiko Kaji, Le Couvent de la Bête Sacrée de Norifumi Suzuki), il n’en est rien ici avec un Teruo Ishii faisant subir les derniers outrages à ses personnages féminins. L’organisation étant spécialisée dans le proxénétisme, les scènes de « formation » des recrues féminines démontre toute l’inventivité sadique du réalisateur l’intrigue tournant autour de la concurrence féroce entre les maisons closes traditionnelles et les nouveaux lieux de plaisirs que sont les bains publics, les restaurants et leur hôtesse accueillantes. 

Notre héros Shino est donc chargé d’éradiquer cette concurrence déloyale et va multiplier tueries et humiliations en tout genre jusqu’à aussi devenir gênant pour ses commanditaires que ces ennemis. Tetsuro Tamba stoïque et impassible est paradoxalement le personnage le plus humain, le détachement affiché dans ses exactions témoignant d’une mélancolie dont les raisons resteront obscures. Acteur dont on souvient plus des prestations dans un versant plus prestigieux du cinéma nippon (Hara-Kiri, Kwaidan, Trois samouraïs hors-la-loi) il apporte une certaine noblesse héroïque dans un récit totalement amoral.

On n’aura ainsi guère de compassion pour les figures féminines qui modelées pour être impitoyable sont toutes ici synonyme de traitrises, de séductions et d’avilissement. Chaque semblant d’élan de compassion envers elles s’avèrent biaisé puisque révélant une manipulation (la fille de samouraï vendue aux enchères, les gardes du corps de Shino ignorant qu’il les a sauvées) de la part de ce casting féminin qui passe plus de temps poitrines et fesses à l’air que kimono sur le dos.

Visuellement c’est un véritable festival que nous offre là Teruo Ishii. Les idées folles s’enchaînent sans interruptions tel cet incendie éteint par une armée de femmes se roulant dans les flammes, Tetsuro Tamba sauvé d’une mort frigorifié par des femmes nues se frottant à lui pour se le réchauffer ou encore une longue orgie au sexe et à l’opium à la photo gorgée de philtre de couleur et aux cadrages déroutant. 

Le final où Tamba affronte une armée diminué par l’opium et se mutile volontairement pour en atténuer les effets est un grand moment, maelstrom de couleur, de membres coupés et de poses viriles dans le plus pur style manga. Comme souvent avec Teruo Ishii, le cinéma d’exploitation tordu et virtuose est à son plus haut dans cet excellent film.

Sorti en dvd zone 2 français chez HK Vidéo dans un coffret comprenant un autre film de Teruo Ishii 'Un amour abusif déviant et dévergondé".


5 commentaires:

  1. Eh béh... On cultive tous les jours son jardin cinéma avec le Cinéphile Stakhanoviste ! Inconnu à mon bataillon, celui-là. La photo a l'air très... léchée.
    LF.

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  2. Oui le Pinku Eiga c'est un genre assez particulier du cinéma japonais mais assez passionnant et formellement très inventif. Au début quand j'évoquais un un film de ce style sur le blog je faisait à chaque fois un petit historique du genre vu comme les images sont surprenantes ^^ mais j'ai un peu arrêté pour entrer dans le vif du sujet. Je détaillais un peu plus dans cet avis là sur un film tout aussi fou du genre si vous voulez approfondir

    http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2010/11/le-couvent-de-la-bete-sacree-seiju.html

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  3. A noter que le coup du type nu gelé réchauffé par un corps féminin, c'était déjà dans "La femme au corbeau" le film muet de Borzage
    (bon, là, apparemment elles sont plusieurs, mais l'idée est la même). Teruo Ishii a donc des lettres et des références. Ou du bol. Ou les mêmes préoccupations que Borzage. ça donne à penser ...
    Lisa Fremont.

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  4. Un rapprochement Ishii/Brorzage je n'y aurais pas pensé ^^. Pas vu le Borzage mais je doute qu'il se montre aussi putassier que Teruo Ishii où la scène est assez gratinée quand même !

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  5. Et moi, pas vu le Ishii.
    Non, bien sûr, la scène chez Borzage est juste sublime.
    Cela dit, le raccourci était rigolo!
    L.F.

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