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mardi 17 janvier 2012

Le Dernier Train du Katanga - Dark of The Sun (ou The Mercenaries), Jack Cardiff (1968)


Le Capitaine Curry est un mercenaire engagé cette fois par le nouveau président du Congo à peine sorti des colonies, pour aller chercher le stock de diamants d'une compagnie minière étrangère ainsi que des ressortissants occidentaux sur une région contrôlée par les rebelles. Il a à sa disposition une quarantaine de soldats dirigé par un ancien nazi dont il n'a aucune confiance, et son fidèle bras droit et congolais d'origine, le caporal Ruffo...


Après la tonalité intimiste et le romantisme d’Amants et Fils, on n’attendait pas Jack Cardiff dans un registre aussi brutal que ce féroce Dernier train du Katanga. Le film nous plonge dans un contexte peu traité à l'époque, les guerres civiles et ethniques africaines à l’heure de la décolonisation des 60’s, sur fond de chasse aux diamants (ici inspirés des réels évènement survenu au Congo belge). On peut le rapprocher du récent Blood Diamond d’Edward Zwick qui bien que relativement efficace paraît bien gentillet à côté.

L’histoire narre la mission d'un commando chargé de remonter la jungle en train afin de récupérer un stock de diamants et (accessoirement) sauver un groupe de civils prisonniers des rebelles. Le ton est posé d'entrée avec un président du Congo qui s'avère un infâme dictateur cherchant à asseoir son pouvoir et briser la révolte naissante, cela avec l'assentiment et l'aide logistique de grands industriels européens pour peu qu'il puisse les fournir les diamants.

Le film dégage un constat très noir sur l'humanité qui ne se dément pas avec la description des militaires. Rod Taylor (vu en fiancé de Tippi Hedren dans Les Oiseaux et habitué des rôles de barbouze Tarantino lui réservera d’ailleurs une apparition dans son Inglorious Basterds) trouve le rôle de sa vie avec ce mercenaire dur à cuire, revenu de tout et uniquement motivé par son salaire.

Il évite d’être rendu détestable par son amitié avec Ruffo (excellent Jim Brown pas loin du rôle de sa vie aussi) soldat humaniste et désintéressé. Cette relation entre l’archétype du mercenaire et un autochtone éduqué et engagé est un des point les plus passionnants et fouillés du script de Ranald MacDougall (adapté d’un roman de Wilbur Smith). La description de l'armée congolaise est des plus cinglante également puisqu'on peut y trouver les pires ordures du moment qu'elles sont compétentes, dont un glaçant ancien nazi incarné par Peter Carsten.

Comme souvent avec le film de chefs-opérateurs, c'est visuellement somptueux et Cardiff filme les profondeurs insondable de cette jungle avec maestria tout en nous livrant des morceaux de bravoures aussi haletant que barbares. Le film surprend voire choque carrément par sa violence et sa sauvagerie mettant tous les camps dos à dos. Entre les enfants mitraillés, les massacres des troupes rebelles sur les occidentaux montrés dans toutes leur sauvageries et l’odyssée meurtrière finale de Rod Taylor. Le Dernier train du Katanga est un voyage au bout de la nuit qu’on n’oublie pas.

Rarement les guerres ethniques d’une Afrique faussement émancipée et sous le joug économique des occidentaux n’aura été montré aussi crûment. Bien évidemment on est avant tout devant un gros divertissement d’aventures et les raccourcis simplistes sont légions mais l’audace est bien là malgré tout. Le film est palpitant de bout en bout avec des moments d'action furieux dont retiendra le montage alterné haletant du hold-up des diamants et surtout l’affrontement (qui orne l’affiche mythique) entre Rod Taylor et le nazi armé d’une tronçonneuse !

L’émotion parvient néanmoins à surgir dans ce déluge de testostérone lors du final magistral. Rod Taylor y montre enfin son humanité de manière bouleversante, avant de céder à ses instincts les plus sanguinaires lors d'un mano à mano final d'anthologie et filmé au cordeau par un Cardiff très inspiré. Après avoir assouvi sa vengeance de façon pire encore que les brutes qu’il combat, l’heure est à la rédemption et l’apaisement pour notre héros.

Un grand classique du film d’aventures et une des grandes réussites de la trop mince carrière de réalisateur de Jack Cardiff. Malgré la violence prononcée, c’est pourtant bien dans un montage censuré qu’est le plus connu le film. Le montage originel était parait-il plus sauvage encore notamment la vengeance finale de Taylor virant au cannibalisme tandis que le grand massacre des otages multipliait les excès. Une version rarissime semble-t-il puisque uniquement diffusée par Tarantino (grand fan du film) dans un festival au début des années 2000 et issue d’une copie personnelle. Vu ce qui est conservé on n'ose imaginer le contenu de ce montage qu'on ne verra probablement jamais...

Longtemps introuvable, le film est sorti depuis peu en zone 1 dans la collection Warner Archives et donc sans sous-titres.

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