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dimanche 15 janvier 2012

Bandits, Bandits - Time Bandits, Terry Gilliam (1982)


Une nuit, un petit garçon reçoit la visite de six nains très malins qui l'entraînent dans un voyage fantastique à travers le temps. Ainsi, l'enfant remonte à l'époque de Napoléon avant de se retrouver dans la forêt de Sherwood avec Robin des bois, puis de vivre l'aventure du Titanic.

Après Jabberwocky, première réalisation hors du giron des Monty Python, Gilliam a déjà Brazil en tête. Toutes les portes se ferment malheureusement devant l’ambition du projet et le nom encore peu porteur du réalisateur. En réaction au ton sombre de Brazil, Gilliam a alors l’idée d’un film d’aventure adoptant le point de vue d’un enfant. Il convoque son compère des Monty Python, Michael Palin, pour co-écrire le scénario, dont le principe du voyage dans le temps et foules d’idées délirantes emballent immédiatement les décideurs de Handmade Films (société de production détenue en partie par le Beatles George Harrison, véritable mécène des Python).


 Bandits Bandits montre un Gilliam en train de chercher son style et de définir ses thèmes. Jabberwocky, brouillonne mais sympathique adaptation d’un récit de Lewis Carroll, était encore très fortement imprégné de l’esprit des Monty Python et ce second film sera pour le cinéaste celui de l’émancipation, cette dernière se faisant clairement sentir au fil de l’avancée de l’intrigue. Ainsi passée la fulgurante introduction, les premiers sauts dans le temps évoquent l’ambiance farceuse typique des Python. Napoléon (génialement campé par Ian Holm) devient donc un nabot caractériel obsédé par la taille de ses adversaires, tandis que le Robin des Bois de John Cleese est un savoureux dandy plein de condescendance.

 Le film trouve son ton et respecte réellement son parti pris à partir de la rencontre avec Agamemnon, auquel Sean Connery prête toute sa noblesse. La présence de l’acteur écossais incite à plus de retenue et se dessine ainsi un joli rapport père / fils entre le jeune héros et le roi Agamemnon. Gilliam admettra d’ailleurs par la suite que cet instant le força à ne plus systématiquement aborder ses récits sous l’angle de la distance et de l’ironie, les poignantes conclusions de Brazil ou de L’Armée des douze singes venant confirmer la portée de ce pas en avant décisif. 

Le scénario distille, parallèlement à la grande aventure, toutes les problématiques qui seront plus approfondies dans la filmographie de Gilliam, et en particulier les deux autres volets de ce qu'on peut qualifier chez lui de cycle de l’imaginaire (Brazil, Les Aventures du Baron de Münchausen). L’apathie des masses et le pouvoir des médias notamment, fondamentaux dans Brazil, s’illustrent ici par l’attitude passive et les conversations creuses des parents de Kévin au début du film, plus sensibles au dernier produit électroménager à la mode qu'à leur fils. Le jeu de miroir, la perte de repères entre le rêve et le réel sont également exprimés, avec divers indices qui laissent à penser que l’aventure que vit Kévin est issue de son imagination.

 Le décor de l’antre du méchant David Warner, lors de l’affrontement final, comporte plusieurs éléments aperçus dans la chambre du petit garçon et certains renforts comme les chevaliers sont des manifestations grandeur nature de ses jouets. Les passages de certains personnages du monde imaginaire au monde réel entretiennent également la confusion, tel David Warner prenant les traits du présentateur télé ringard du jeu suivi par les parents de Kévin, ou encore l’apparition surprise de Sean Connery en pompier héroïque. La fin ouverte laissant la question en suspens : rêve ou réalité ?

Hormis quelques saisissantes contre-plongées à la Orson Welles (l’affrontement entre Agamemnon et un ennemi à tête de taureau, l’apparition du cavalier dans la chambre de Kévin), la réalisation de Gilliam dans Bandits Bandits est encore très classique dans ses cadrages et ses mouvements de caméra. Cependant, le réalisateur y démontre sa capacité à faire des miracles avec des budgets dérisoires, le film paraissant avoir coûté bien plus et regorgeant d’idées folles. L’ambiance antique du royaume d’Agamemnon, le naufrage du Titanic ou les guerres napoléoniennes sont traversés avec une énergie trépidante dans une suite de péripéties délirantes, en particulier la dernière partie, dans le « Territoire des légendes ».

La séquence de la découverte du palais du méchant, née d’une contrainte budgétaire, s’avére des plus impressionnantes. Le casting des nains est des plus réjouissants et comprend entre autre David Rappaport (futur héros de la série tv « Le Magicien »), Kenny Baker (l’homme qui se cache dans la cuirasse de R2D2) et Jack Purvis (qui sera également des aventures Brazil et Münchausen).

 L’irrévérence typique du réalisateur s’exprime par intermittence dans une conclusion parmi les plus osées dans un film pour enfants (genre dont il semble être une des plus belles réussites) et surtout par la représentation de Dieu so british sous les traits de l’acteur Shakespearien Ralph Richardson, renvoyant au Michael Powell d'Une question de vie ou de mort ou aux œuvres du studio Ealing. Enorme succès au box office américain, Time Bandits va permettre à la production de Brazil de se mettre en route.


Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal dans une très belle édition collector


1 commentaire:

  1. Excellent article pour un film qui ne l'est pas moins. Il faudra que je le revoie un jour.

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