Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

mercredi 27 juin 2012

Le Dernier Rivage - On the Beach, Stanley Kramer (1959)


1964. Une guerre atomique a ravagé presque toute l'hémisphère nord de la planète. Un sous-marin américain fait alors escale en Australie. Mais les retombées radioactives se rapprochent lentement...

La fin du monde peut être racontée de bien des façons (spectaculaire, poétique) et s'inscrire dans des genres bien différents allant de la science-fiction au film catastrophe ou au drame. Avec Le Dernier Rivage, Stanley Kramer en offre une des visions les plus belle, intimiste mais aussi profondément déprimante. Le film est surtout une manifestation de l'engagement politique et de l'humanisme qui imprègne l'œuvre de Kramer qui plie cette adaptation du roman éponyme de Nevil Shute à sa vision d'une société rongée par la peur du nucléaire depuis Hiroshima et la course à l'armement ayant cours durant la Guerre Froide.

On the beach nous plonge dans un monde sans espoir où tout es déjà joué. Une guerre atomique (dont on ne connaître jamais les cause, les tenants et les aboutissants pour mieux en souligner l'absurdité) a ravagé l'ensemble de la planète y a fait disparaitre toute vie. Seul l'Australie a survécu à la catastrophe mais c'est une terre en sursis où les premières retombées radioactives arriveront d'ici quelques mois, laissant ses habitants dans une angoisse latente. Dans ce contexte, le récit s'attache à quelques personnages et à leur réaction face à cette fin inéluctable. On y trouve les jeunes mariés et parents Peter (Anthony Perkins) et Mary (Donna Anderson), le vieux scientifique alcoolique et désabusé Julian (Fred Astaire) et surtout le couple entre Dwight Towers (Gregory Peck) et Moira Davidson (Ava Gardner).

Lui est un capitaine de sous-marin américain qui a perdu sa famille dans la catastrophe et dont la solitude répond à celle de Moira, femme dépressive et alcoolique qui fait face à sa propre solitude alors que la fin approche. Stanley Kramer imprègne de manière progressive cette ambiance désenchantée. La vie continue dans un premier temps pour les personnages dans ce Melbourne bondés où se révéleront d'abord visuellement les manques matériels (la circulation délaissant les voitures pour les chevaux face à la pénurie d'essence) puis à travers le dialogues les échanges soulignent discrètement (Peck qui confond inconsciemment le prénom de sa femme et celui d'Ava Gardner) ou de façons appuyées (toutes les monologues désabusé de Fred Astaire) le malaise intérieur de chacun.

Pour le jeune couple, c'est l'acceptation que tout va s'arrêter alors qu'ils ont la vie devant eux qui se joue, l'aura juvénile et innocente d'Anthony Perkins et Donna Anderson (tous deux formidables) renforçant le sentiment d'injustice. Fred Astaire est lui au croisement de la culpabilité et de l'incompréhension quant à sa contribution au façonnement de l'arme nucléaire et à l'utilisation dramatique qui en a été faite, souligné par cette réplique : Qui a jamais cru que nous pourrions maintenir la paix en organisant notre défense avec des armes que toute utilisation rend suicidaire !. Le plus beau reste cependant la romance entre Gregory Peck et Ava Gardner où lui trouvera une forme de réconfort et elle connaîtra enfin l'amour, trop tard... Leurs hésitations et errances sont magnifiquement montrées par Kramer qui met vraiment en danger ses acteurs.

Gregory Peck n'a sans doute jamais paru aussi vulnérable (la scène à la gare où il est au bord des larmes) et Ava Gardner se déleste de tout son glamour (sa beauté n'étant que plus authentique par cette fragilité affichée) dans ce rôle de femme abîmée par la vie, les traits tirée et la mine anxieuse (les critiques accusant Kramer d'avoir réussi à rendre Ava Garner moche...). Stanley Kramer dans les changements qu'il opère par rapport au livre rend l'ensemble encore plus sombre et pessimiste. Dans le livre il existe d'autres survivants à travers le monde avec lesquels les protagonistes communiquent quant ici ils sont définitivement seuls. Les rares motifs d'espérances sont balayés dans des moments de profondes désolation notamment lors de l'expédition où l'on apercevra un San Francisco réduit à l'état de ville fantôme.

L'enjeu n'est donc pas une survie possible mais l'acceptation que tout va s'arrêter et de savourer aux mieux les derniers instants. Pour les uns ce sera sous la forme d'une ultime poussée d'adrénaline (Fred Astaire et sa course automobile), d'autres n'y parviendront pas et notre couple vivra enfin pleinement sa passion. Là encore Kramer réserve quelques moment de pure flamboyance visuelle entre eux comme ce long baiser où la caméra tourbillonne autour de Peck et Gardner enlacés, où ce sublime final où ils se disent adieux à distance sur la plage.

On pense d'ailleurs que Kramer conclura sur une note moins désespérée que le livre (où le personnage de Gardner se suicide seul avec des pilules lors de ce même moment d'adieu) mais c'est sans compter une chute implacable où l'on retraverse ce Melbourne également désertique à son tour (le thème romantique d'Ernest Gold disparaissant pour une rythmique martiale implacable) . La mort a triomphé.

On pourra trouver le message un peu trop lourdement appuyé (le film sorti simultanément dans dix-huit capitales mondiales pour signifier l'importance de l'évènement), le film sans doute trop long mais l'émotion est authentique et tient dans un équilibre miraculeux avec la beauté des images et la conviction des acteurs. Si parfois ses bonnes intentions ne donnent pars forcément les grands films espérés, cette fois en tout cas Stanley Kramer signe sans doute là son le chef d'œuvre.


Sorti en dvd zone français chez MGM

Extrait

3 commentaires:

  1. Et il ne faut pas oublier l'utilisation poignante en thème musical de "Waltzing Matilda", la chanson traditionnelle australienne la plus célèbre qui est devenue leur hymne non-officiel. Les images du visage d'Ava Gardner regardant s'éloigner le sous-marin à la fin, portées par cet accompagnement, est un très grand moment de cinéma.

    RépondreSupprimer
  2. Oui tout à fait un titre qui revient en boucle de façon de plus en plus dramatique jusqu'à cette fabuleuse scène finale effectivement. J'aime aussi les petites saynètes sur les personnages secondaires qui renforce le désespoir à la fin comme le serveur ne remettant plus le tableau en place (à quoi bon ? semble t il dire) ou le rapprochement entre l'officier et sa secrétaire restant ensemble pour mourir. Très déprimant mais grand film !

    RépondreSupprimer
  3. J'ai ce film de côté depuis un moment et ton article m'encourage à lui donner sa chance très très vite. Merci !

    RépondreSupprimer