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mardi 5 juin 2012

Cœurs Insondables - My Forbidden Past, Robert Stevenson (1951)


Nouvelle-Orléans.1890. Barbara, parce qu'elle ne veut pas nuire à la réputation de sa famille, et en particulier de sa tante Hulla, refuse de partir en Amérique du Sud avec son fiancé Mark. A son retour, ce dernier s'est marié. Désormais à la tête d'une fortune dont elle a hérité. Barbara va tout faire pour reconquérir le cœur de l'homme qu'elle aime.

Mélodrame, thriller et surtout beau portrait de femme sont les ingrédients contenus dans ce My forbiden past qui offre une des meilleures prestations d'Ava Gardner. Adapté du roman de Polan Banks (ici producteur également) Carriage Entrance, le film brasse un ensemble de thématiques riches qui permet à l'actrice encore essentiellement louée pour sa présence charnelle (bien que jouant là-dessus aussi Pandora plus tard la même année allait quelque peu changer la donne) d'offrir un éventail plus riche avec cette héroïne torturée.

Le film est en fait le parcours initiatique de la belle Barbara Beaurevel (Ava Gardner), de l'innocence à la perdition pour s'achever dans la rédemption. Le récit s'ouvre sur les images élégiaques d'une romance idéalisée. Durant une somptueuse introduction muette, on assiste au doux réveil de Barbara qui ouvre lentement les yeux sur une nature paisible avant que son regard ne rencontre celui bienveillant de son aimé Mark Lucas (Robert Mitchum).

Les deux traversent alors un superbe décor naturel de Louisiane dans une imagerie romantique magnifiquement figée par la photo diaphane de Harry J. Wild et la mise en scène inspirée de Robert Stevenson (dont on a déjà pu apprécier les qualités d'esthète dans sa belle version de Jane Eyre).

Cette séquence d'une pureté absolue est cependant interrompue par l'arrivée d'un cavalier qui contraint les amants à se cacher pressée par Barbara. Tout l'enjeu du récit est contenu dans cet instant : l'impossibilité de Barbara à assumer qui courra tout au long de l'intrigue.

Descendante d'une grande famille déchue de La Nouvelle Orléans, elle ne peut s'afficher avec Lucas modeste médecin quand on vise pour elle un mariage richissime. Lorsque celui-ci lui demandera de fuir avec elle en Amérique du Sud, c'est bien les villes mesquineries de son cousin Paul et les entraves de sa tante (Lucile Watson) qui l'empêcheront de franchir le pas. Au retour de Lucas, tout est perdu puisqu'il est alors marié. Désormais riche héritière d'une descendance cachée et honteuse, elle va user de sa fortune pour reconquérir son homme par tous les moyens.

La Nouvelle Orléans offre un arrière-plan passionnant et lié de manière fusionnelle au questionnement de l'héroïne. Son impossibilité à assumer les élans de son cœur répond aussi à celle de sa famille à dissimuler ses origines et donc de la ville à reconnaître une union interraciale indéfendable.

En effet même si cela n'est jamais ouvertement exprimé, on devine que la grand-mère de Barbara était noire (Ava Gardner incarnant aussi une métisse dans Show Boat sorti la même année) à travers les non-dits et des scènes explicites comme lorsqu'elle se recueille sur sa tombe.

La belle direction artistique capture bien cette atmosphère où au luxe des demeures, costumes et attitudes fières de la noblesse de Louisiane répondent des séquences bariolées de Halloween et de folklore de la culture noire. Prise dans ses contradictions, Barbara va faire tous les mauvais choix et le film offre un nœud d'intrigue et de machinations cruelles où à l'ambiguïté d'Ava Gardner on savourera la fourberie géniale de Melvyn Douglas fort savoureux et détestable en cousin avide et séducteur.

La mise en scène de Stevenson est tout entière dévouée à la beauté d'Ava Gardner qui change de tenues à chaque scène et passe par une palette variée d'héroïne romantique, de femme fatale (ce regard haineux lorsqu'elle voit Mitchum la quitter lors du bal pour son épouse) ou de repentie.

Pourtant cette Barbara ne nous est jamais réellement détestable tant elle semble guidée par ses passions quand tous les autres personnages sont enfermés dans les conventions ou l'appât du gain (troublante Janis Carter en épouse veule au décolleté vertigineux).

Robert Mitchum déçoit légèrement car abusant de son charme nonchalant, on devine sa volonté de marcher sur les pas de Clark Gable en Rhett Butler mais il lui manque un peu de l'autorité de ce dernier (sa réaction un peu trop décontractée lors du rebondissement final).

Le film déçoit uniquement quand intervient l'argument criminel grossièrement amené et qui débouche sur une résolution judiciaire un peu expédiée. Il y avait matière à plus de dramatisation et une montée en puissance plus forte du dilemme de Barbara, enfin prête à assumer ses manigances, ses origines et son amour pour sauver l'homme qu'elle aime. Un peu frustré sur la conclusion vu la qualité de ce qui a précédé mais reste un beau mélo porté par une Ava Gardner fabuleuse.

Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse dans la collection RKO


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