Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 18 juin 2012

La Croisée des destins - Bhowani Junction, George Cukor (1956)


Indes, 1947. Le colonel anglais Rodney Savage, chargé du trafic ferroviaire, a été affecté à Bhowani où suite à des émeutes pour l'indépendance du pays, il doit faire régner l’ordre. Il a deux sortes d’adversaires, les militants non-violents du Congrès menés par Surabhai et les terroristes de l'extrémiste Davey. À son arrivée, Savage recrute Victoria Jones, une métisse de père anglais (un mécanicien de locomotive) et de mère indienne. Victoria est membre de l’armée britannique, elle venait en permission dans son village natal. Les Anglais s'apprêtant à quitter les Indes, Victoria se trouve à la croisée des chemins se sentant exclue à la fois par l'une et par l'autre race à cause de sa double origine.

Cadre exotique et dépaysant, cinémascope et couple glamour en tête d'affiche, George Cukor semble se frotter avec Bhowani Junction à la grosse production d'aventures si en vogue dans le Hollywood des années 50/60 (et genre auquel il ne s'était plus confronté depuis son éviction d'Autant en emporte le vent). Si l'on aura notre lot de belles images et de folklore, George Cukor ne change pas malgré l'ampleur des moyens alloués pour signer un récit profondément intimiste et comme souvent une superbe portrait de femme.

Le film adapte le roman éponyme de John Masters paru deux ans plus tôt et qui faisait suite à Nightrunners of Bengal (Coursiers de Nuit) où il narrait les révoltes indiennes de 1857 à travers les aventures de l'officier Rodney Savage et traitait déjà des problèmes raciaux et ethniques au centre de cette communauté. John Masters a écrit toute une série de roman dans ce cadre où les membres de la famille Savage servait de fil conducteur, Cukor y faisant allusion lorsque Stewart Granger montre à Ava Gardner la tombe de son arrière-grand-mère tombée lors des évènements de 1857 et montrant aussi son enracinement dans le pays.

Ancien officier de l'armée britannique, John Masters participa à de nombreuses campagne dans la région, il officiera dans Brigade indienne d’infanterie dont il commandera la 111e compagnie avant de finir sa carrière par des décorations Distinguished Service Order en 1944 et 'Ordre de l’Empire britannique en 1946. Tous ces éléments visent à appuyer la connaissance profonde du contexte, des enjeux géopolitique et sociaux de cette zone du monde par l'auteur et qu'aura vraiment bien su respecter George Cukor même s'il se plaindra beaucoup des nombreuses coupes qu'il fut contraint de faire.

L'histoire prend donc place dans un contexte décisif pour une Inde en forme de poudrière au bord de l'explosion. Alors que le départ des anglais et donc l'indépendance du pays est imminente, plusieurs groupes se disputent les futurs rênes du pays. Les pacifistes souhaitant une transition en douceur où les apports anglais seraient associés à un retour à la culture indienne, et d'autres plus belliqueux s'adonnant au terrorisme voulant éradiquer toute trace de l'ancien colonisateur britannique et supposément piloté par le Parti Communiste qui deviendrait le maître sous-terrain du pays à leur départ.

A cela s'ajoute le sort peu enviable des métis anglo-indien, assignés à des fonctions de pouvoir par les anglais tout en étant méprisés par eux et promis à une revanche cruelle des natifs indiens haineux. Nos héros naviguent dans ce tourbillons d'intrigues et d'enjeux qui les dépassent que ce soit le Colonel Rodney Savage (Stewart Granger) chargé de rétablir l'ordre à Bhowani Junction en retrouvant le meneur de la révolte Davay ou encore la métisse Victoria Jones (Ava Gardner).

C'est le sort de cette dernière qui guide l'intrigue et touche le plus grâce à la belle prestation d'Ava Gardner. Les affrontements idéologiques en toile de fond ne rendent que plus intense son déchirement entre deux mondes, deux races et deux cultures opposées où elle ne sent réellement appartenir à aucune. Adoptant tour à tour la distinction anglaise jusqu'au snobisme (elle appelle ses parents Pater et Mater), elle sera attirée par les même extrêmes lorsqu'elle tentera de devenir une indienne pure souche en adhérant à la religion sikh. Cukor montre intelligemment que chacune de ces voies forment une impasse.

L'autre personnage métisse du film Patrick (Bill Travers) dans sa volonté de plaire et d'être assimilé aux anglais fait preuve du même racisme ordinaire que les pires d'entre eux, reniant ainsi une partie de son sang. Les anglais ont en leur sein des êtres détestables et méprisant (à l'image du lieutenant violeur joué par Lionel Jeffries) et les plus virulents des indiens n'hésite pas à faire périr les leurs pour la cause à travers les actes de terrorisme et de meurtres qui parcourent le film dont un saisissant déraillement de train. C'est donc une forme de parcours initiatique qu'entame Victoria où plus que de choisir un bord, elle devra se trouver elle-même.

Cela se fera notamment à travers la romance entamée avec Stewart Granger, leur rapprochement étant très bien amené avec l'incompréhension mutuelle (due au bouillonnement intérieur de Victoria) cédant à plus de quiétude. Stewart Granger tout en sobriété est tour à tour autoritaire, rassurant et aimant avec un égal talent. Ava Gardner irradie elle le film de sa beauté (et une nouvelle fois en métisse après Show Boat et Cœurs Insondables) et de la fièvre qui semble l'habiter de bout en bout, vraiment une de ses plus belles prestations.

George Cukor délivre un de ses films les plus impressionnants visuellement. Filmé au Pakistan, Bhowani Junction offre son lot de décors impressionnant et parvient magnifiquement à saisir les mutations de ce pays en pleine mutation. L'argument de Victoria partant à la découverte de sa culture pour se rassurer offre ainsi plusieurs séquences riches de détails comme le rite d'adhérence à la religion sikh superbement filmé.

La sensation documentaire domine souvent lorsque la voix off de Granger dépeint le contexte tandis que la caméra de Cukor traverse les rues grouillantes, les gares bondées où s'attarde sur les décors soufflant traversé par les trains. L'aventure est surtout intérieure finalement, ce qui n'empêche par une scène finale assez haletante par sa tension où l'on croisera brièvement la route de Gandhi. La jolie et sobre conclusion atténue même de fort belle manière l'issue désespérée que l'ouverture laissait suggérer. Beau film.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner

1 commentaire:

  1. merci,je souhaitais voir ce film qui a plutôt bonne réputation et je cours acheter le dvd.
    chouette blog,agréable et aéré.

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