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lundi 12 janvier 2015

Johnny Belinda - Jean Negulesco (1948)

Sur sa propriété agricole, Black McDonald, le père de la jeune Belinda traite sa fille sourde-muette avec rudesse comme une domestique simple d'esprit. Le docteur Richardson a toutefois remarqué l'intelligence de la jeune fille qu'il tente d'éveiller en dépit de l'hostilité de la tante Angie. Violée par Locky McCormick, un vil séducteur, Belinda a un enfant nommé Johnny Belinda par la famille McDonald, qui supporte mal ce déshonneur, sauf Angie qui s'humanise en constatant le courage de sa nièce.

Jean Negulesco signe un superbe mélo avec ce Johnny Belinda le voyant adapter la pièce éponyme de Elmer Blaney Harris jouée à Broadway en 1940. La noirceur du film et certaines situations mettant à mal les limites du Code Hays semblent conservées de la pièce, cela étant sans doute dû à sa base réelle. Elmer Blaney Harris s'inspira pour celle-ci du destin tragique de Lydia Dingwell, sourde muette morte dans la misère dans sa région de l’Île-du-Prince-Édouard. La pièce et le film donc reprennent ce cadre insulaire, notamment lors de la scène d'ouverture où Negulesco fait découvrir ce somptueux environnement et la vie exaltante que l'on y mène.

En parallèle la voix-off contredit la majesté des images en soulignant l'isolation et le poids de la communauté de ces lieux. Dès lors en partant avec un handicap comme la jeune sourde-muette Belinda (Jane Wyman) on sera forcément mis au ban de cette société. Aimée avec une certaine rudesse par son père (Charles Bickford) et sa tante (Agnes Moorehead) qui la pensent simple d'esprit, elle suscite d'autant plus de mépris au reste de la communauté. Le docteur Richardson (Lew Ayres) saura ainsi déceler sa sensibilité et son intelligence puis décider de contribuer à son éveil en lui enseignant le langage des signes.

Jean Negulesco adapte sa mise en scène à cet éveil émotionnel et intellectuel, le monde se faisant plus vaste au fil de l'apprentissage de Belinda. On part ainsi de l'intime à travers les champs contre champs entre Richardson et Belinda, les premiers mots n'évoquant que l'environnement de la ferme. Belinda part ainsi à la recherche de sa féminité lorsqu'elle s'interroge devant une enseigne de dessous avec Richardson bien gêné. La nature peut également prendre toute sa majesté et Belinda de la dominer de son savoir dans cette somptueuse image où assise sur une branche d'arbre elle apprend ses leçons tandis que l'immensité du paysage se déploie en arrière-plan.

Negulesco procèdera de ce même point de vue empathique envers son héroïne pour mettre en scène son malheur. L'ombre et l'oubli s'abattent ainsi lors d'une traumatisante scène de viol qu'elle va chercher à occulter de son esprit, les éléments se déchainent parallèlement à son cœur tourmenté lorsque le violeur révèle son visage (Stephen McNally détestable) les éclairages feutrés se conjugue à sa peine lors de la mort de son père dans une des plus belles scènes du film.

 La communauté peut prendre des visages tour à tour anonyme (le village se réunissant pour décider de lui enlever son enfant) ou plus concret entre médisance et malveillance là aussi guidé par la mise en scène inspirée de Negulesco. Le film prend ainsi un tour sensible et sobre pour nous attacher à Belinda, peut se faire incroyablement baroque (le cadre naturel mais aussi les décors oppressants de William Wallace) pour déchaîner des passions qui la dépasse mais aussi l'instinct maternel de la plus brutale des manières.

Jane Wyman est extraordinaire et fait passer une infinie gamme d'émotion à travers ce rôle muet, récoltant un Oscar mérité (Charles Bickford très touchant en père découvrant l'âme qui abrite son enfant sera nominé aussi) et le film sera un des grand succès de l'année. La pièce fit l'objet de deux remake télévisés en 1967 et 1982, le premier suscitant une certaine curiosité puisque c'est Mia Farrow qui y reprend le rôle de Belinda.


Sorti en dvd zone 1 français chez Warner et doté de sous-titres français

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