Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 27 janvier 2015

Frances Ha - Noah Baumbach (2013)

Frances, 27 ans, donne des cours de danse à des enfants en espérant intégrer une compagnie de danse. Elle vit à New York avec sa meilleure amie, Sophie. Quand celle-ci décide de prendre un autre appartement pour aller vivre dans un quartier plus cher, Frances, dont les revenus sont peu élevés, en est affectée. Elle entre dans une longue période de doute et de désarroi où, par manque d'argent, elle ne peut garder longtemps le même logement.

Comique doux-amer, ode à New York dans un noir et blanc superbe et questionnement existentiel sous les sourires, il y du Woody Allen revu et corrigé au féminin dans ce superbe Frances Ha. L’influence se devine mais Noah Baumbach et son actrice/scénariste Greta Gerwig sauront emmener le film dans des directions qui leur sont propre. Après avoir collaboré sur Greenberg (2010), Noah Baumbach et Greta Gerwig vont entretenir une correspondance autour d’un hypothétique projet faisant le portrait d’une jeune artiste new yorkaise d’aujourd’hui cherchant sa voie. Au fil des échanges s’intégreront des idées diverses dont certaines sont à chercher dans leur expérience personnelle, notamment pour Greta Gerwig reprenant des situations et échanges vécus avec ses amis lors de ses premiers pas difficiles à New York. L’élément le plus passionnant et original sera de dessiner le parcours initiatique et les déboires de Frances (Greta Gerwig) à l’aune de la fin d’une amitié. 

La famille est entraperçue et on évite la convention d’une histoire d’amour pour reposer sur ce moment de la vie de jeune adulte où l’amitié est si importante et la rupture qui peut se faire lorsqu’un des deux décide d’abandonner l’errance, la légèreté post-adolescente pour « se ranger ». Les premières scènes nous montre ainsi des vignettes amusées et tendre du lien fusionnel entre les amies et colocataires Frances et Sophie (Mickey Sumner) à travers leurs petits jeux infantiles, les moments anodins et complices et confessions mutuelles. Ce qui les sépare se devine cependant par les traits de caractères qui s’esquissent subtilement. 

 Le physique plus sévère de Sophie et ses petites manies d’ordres s’opposent ainsi aux traits détendus de Frances qui se prolongent au désordre de sa chambre. La rigueur et les aspirations adultes de Sophie à la carrière déjà installée et à la vie sentimentale fixée ne correspondront bientôt plus à l’errance légère d’une Frances courant le cachet dans son métier de danseuse. Ainsi lancée dans la vie active Sophie n’hésite pas à aller de l’avant quand Frances ne souhaite rien voir changer de cette douce incertitude. Cette inconsistance et refus des conventions se manifesteront par le refus de la proposition de son petit ami de vivre ensemble, quand Sophie la quittera sans hésitation pour un appartement plus cossu et une relation plus poussée avec son homme.

Les parcours se feront ainsi en parallèle, nous faisant assister aux déboires continuels de Frances tandis qu’au détour d’un dialogue ou d’une rencontre la réussite de Sophie est éclatante en toile de fond. Le chapitrage du film se fait d’ailleurs au gré des adresses toujours différentes de Frances qui démunies est forcée de déménager en permanence. Cela pourrait être déprimant, mais l’allant du personnage et la manière rendre toujours captivante chacune de ses expériences, des petits épisodes insignifiant de son quotidien amène une dynamique bienvenue. Un contrepoint amusé et poissard vient donc toujours atténuer les rares moments de répit pour Frances. Une embellie financière lui permet d’inviter un ami au restaurant, sa carte de crédit ne passera pas et c’est au prix d’un court périple et cassage de figure qu’elle trouvera un distributeur. Le pathétique atteint son sommet lors de la séquence du voyage à Paris, terrible moment de spleen où la ville des lumières devient le théâtre de la solitude de Frances, du vide de son existence.

On ne sombre pourtant jamais dans le drame, notamment grâce à la formidable prestation de Greta Gerwig. Abattue mais jamais vaincue, incroyablement attachante par sa gaucherie et son naturel, Greta Gerwig est la girl next door parfaite. La mélancolie et l’espoir se lisent constamment sur ses traits doux et la maladresse du quotidien n’a d’égal que la grâce de son allure dès qu’elle danse (l’actrice ayant elle-même une formation de danseuse). Par sa seule présence lumineuse, elle fait de tous les déboires de son personnage non pas une déchéance, mais une expérience qui le construit et le fait avancer. Ce sentiment se ressent tout au long du film et ce même avant l’épilogue relativement positif. Cumbach le traduit notamment de manière visuelle avec ce noir et blanc somptueux qui ne cède pas à la poésie attendue d’un Manhattan (1979), l’urbanité et la modernité percutante du New York d’aujourd’hui étant capturée au gré des pas enjoués et déterminé de Frances, notamment la scène utilisant le Modern Love de David Bowie. 

Les références musicales sont d’ailleurs plus subtiles qu’il n’y parait. De nombreuses musiques de Georges Delerue sont utilisées, en particulier deux thèmes issus du Roi de Cœur (1968) de Philippe de Broca – bide en France mais film culte aux Etats-Unis. Le Roi de Cœur raconte précisément l’histoire de résident d’un asile qui préfèrent se réfugier dans une folie douce et une extravagance plutôt que d’affronter l’’horreur d’un monde en guerre. A son échelle, Frances cherche aussi à suivre ses rêves, à perpétuer sa légèreté/folie plutôt que d’entrer dans un moule conventionnel. Les retrouvailles avec une Sophie plus rangée laisseront d’ailleurs penser que la plus heureuse n’est pas forcément celle que l’on croit. Un vrai vent de fraîcheur et un bonheur de tous les instants donc que ce Frances. On a hâte de voir la nouvelle collaboration entre Noah Cumbach et Greta Gerwig qui doit sortir cette année, Mistress America.

Sorti en dvd zone 2 français chez Memento Films, pour le bluray il existe une édition anglaise mais seulement dotée de sous-titres anglais, de même pour l'édition Criterion

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