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mardi 13 janvier 2015

Détective bureau 2-3 - Tantei Jimusho 23: Kutabare Akutōdomo, Seijun Suzuki (1963)

Après l'embuscade d'un gang de yakusas inconnu contre deux autres et la mort de pas mal de gangsters des clans agressés, l'un des auteurs du guet-apens, Manabe, est arrêté et embarqué au commissariat. Dans un esprit de vengeance bien compréhensible, les clans Sakura et Otsuki attendent sa sortie de pied ferme pour l'exécuter manu militari. Le commissaire s'allie alors au détective Tajima (dont les motivations sont un peu floues il faut bien le dire) pour que ce dernier intercepte Manabe lors de sa sortie.

Sans atteindre le génie formel et la folie de ces opus les plus audacieux (La Marque du tueur (1967) en tête), Détective bureau 2-3 est une œuvre emblématique du style de Seijun Suzuki. Après des débuts en tant qu’assistant réalisateur à la Shochiku, Suzuki intègre la Nikkatsu au milieu des années 50 et dont la politique lui permettra de produire ses meilleurs films à partir des années 60. La Nikkatsu se spécialise en effet dans la série B à petit budget dans des productions souvent destinées à être des doubles programmes de films plus prestigieux. Le polar en est un des genres roi dans des titres destinés à la jeunesse et sur des trames classiques les réalisateurs jouissent d’une certaine liberté de manœuvre, Seijun Suzuki pouvant s’adonner à des expérimentations de plus en plus extravagantes jusqu’au point de rupture de La Marque du tueur qui lui vaudra le licenciement du studio.

On a donc ici un scénario archétypal qui sera dynamité par l’esthétique tapageuse de Seijun Suzuki. Un gang de yakuza mystérieux bien renseigné s’immisce durant les transactions frauduleuses de ses rivaux, trucidant tout le monde et empochant la marchandise. Un suspect, Manebe (Tamio Kawaji) est rapidement appréhendé mais doit être libéré faute de preuve. Le détective privé Hideo Tajima (Jô Shishido) sous couverture va se rapprocher de lui et infiltrer son gang. Le film est à contre-courant du film de yakuzas classiques où les criminels endossent une aura mythique et héroïque. Ici Suzuki se fait subversif en en faisant des êtres vils et bêtement violents, notamment lors de la séquence où ils attendent tous la sortie de prison de Manabe pour le trucider. Suzuki les filme comme un une sorte de zoo surexcité et assoiffé de sang, un troupeau dont l’identité se  perd dans un magma de visages haineux et de gestuelles menaçantes. 

Plus tard lorsque Tajima remontera la piste du gang, ses éminences s’avéreront sans grand charisme ni aura inquiétante. C’est à son héros que Suzuki réserve son inspiration, Shishido imposant à la fois élégance et présence virile renforcée par son physique étrange et ses fameuses joues enflées. Une première apparition digne de James Bond dans un casino, un bagout et un sang-froid à toute épreuve, ce Tajima est le héros indestructible par excellence. Toujours calme et stoïque quand tout s’agite autour de lui, Suzuki en fait paradoxalement un véritable agent du chaos et du désordre (un peu à la manière de Toshiro Mifune dans le Yojimbo de Kurosawa) qui fait dynamiter la mafia yakuza de l’intérieur. Les personnages positifs bénéficient d’un même traitement soigné quel que soit leur temps à l’écran, on pense cette jeune femme acoquinée malgré elle au yakuza (Reiko Sasamori) dont les fêlures contenues se laissent deviner avant que l’intrigue les révèle. Les acolytes de Tajima sont très réussis également entre l’homme de main souffre-douleur et un détonante partenaire féminine pleine d’énergie.

Formellement nous n’en sommes pas encore aux expérimentations formelles qui feront le sel des films suivant de Suzuki mais l’ensemble ne manque pas d’idées et s’avère très percutant. Les scènes d’actions sont stylisées et nerveuses, autant pour générer l’adrénaline (la fuite de Manebe qui entraine une superbe séquence de poursuite en voiture) que la tension (la scène où Majima est pris au piège dans un entrepôt enflammé). L’élégance de la mise en scène de Suzuki fait merveille, que ce soit dans le mouvement (ce splendide travelling qui accompagne l’arrivée de Tajima dans le garage) que dans les cadrages, les compositions de plans et la beauté pop qui se dégage de toutes les séquences de cabarets. 

Sous cette maîtrise toute en retenue, les débordements futurs se devinent néanmoins tel les retrouvailles entre Manebe et sa maîtresse dans un appartement baignant dans une photo jaune/rouge saturée et manifestation visuelle de leur relation torturées et lorgnant sur le SM. Pas le meilleur Suzuki donc mais une bonne entrée en matière pour les néophytes avant de tenter des titres aussi fou que La Vie d’un tatoué (1965), La Barrière de la chair (1964), Le Vagabond de Tokyo (1966) ou bien sûr La Marque du tueur

Sorti en dvd zone 2 français et bluray dans une belle réédition récente chez Elephant Film avec Le Jeunesse de la bête et La Marque du tueur

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