Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 28 janvier 2015

Loulou - Maurice Pialat (1980)

Nelly a épousé André, un publicitaire auprès de qui elle mène une vie aisée mais sans aucun relief. A l'occasion d'un bal populaire, elle rencontre Loulou, un grand gaillard désinvolte et aux cheveux longs. Fascinée par cet inconnu qui paraît libre, elle ne tarde pas à piquer la jalousie d'André. Nelly revoit Loulou et devient sa maîtresse. Fou de rage, André l'expulse sans ménagement du domicile conjugal. Mais Nelly s'en moque : elle est prête à vivre avec Loulou.

Maurice Pialat nous conte une poignante histoire d'amour teintée de chronique sociale avec ce magnifique Loulou. Cela semble au départ prendre une classique construction de triangle amoureux avant de prendre des chemins plus sinueux. Nelly (Isabelle Huppert), jeune femme issu d'un milieu aisée mène une vie ennuyeuse au côté de son époux André (Guy Marchand). Seuls sursauts pénibles de son quotidien terne, les violentes crises de jalousies d'André dont une de droit qui interviendra un soir de bal où elle croise la route de Loulou (Gérard Depardieu). Celui-ci est un marginal vivotant au gré de petites combines et débrouilles diverses. Nelly s'amourache de ce grand gaillard qui semble en tout point l'opposé d'André. Issu de milieu populaire, placide et désinvolte face à son dénuement qu'il prend au jour le jour, Loulou dégage une sérénité le démarquant en tout point de l'angoissé André pourtant bien mieux loti par la vie. Pialat prolonge cette différence par l'interaction des deux couples : l'incompréhension et le conflit pour Nelly/André et un lien fusionnel et profondément charnel avec Nelly/Loulou où sont multipliés les scènes intimistes où les personnages sont mis à nu au propre comme au figuré.

Sans vraie intrigue directrice, le film est une longue tranche de vie dessinant les situations magnifiant ou montrant les limites de cette relation entre deux êtres que tout oppose. Loulou est un être sauvage et imprévisible pour qui le lendemain est une éternelle aventure, entre petits larcins, apéro au bistrot entre copains et repas de famille. Nelly aime cet inattendu mais la romance semble constamment sur la corde raide entre séparation tumultueuses et retrouvailles fiévreuses. Gérard Depardieu retrouve le registre "chien fou" de ses débuts mais teinté d'une certaine douceur, presque une torpeur pour ce personnage prenant la vie comme elle vient et se refusant à intégrer tout moule social (la scène où le frère de Nelly lui propose de l'aider dans un plan de carrière possible et où il ne trouve rien à lui répondre). Isabelle Huppert est tout aussi inspirée, à la fois épanouie et pas à sa place au côté de Loulou et ses amis et dégageant elle aussi une langueur qui rend tout retour à son milieu impossible. Guy Marchand est le seul personnage dégageant une vraie tension dans le laisser-aller ambiant, très touchant ainsi rongé par le dépit amoureux.

Pialat adopte donc une forme en adéquation avec la spontanéité de son couple, privilégiant l'instant, l'ennui paisible ou les soubresauts du quotidien dans un rythme lâche. Jamais ennuyeux, le film nous baigne dans cette atmosphère réaliste et relâchée dont l'approche est la plus manifeste avec la longue scène de repas finale où l'on devine que Pialat a longtemps laissé tourner sa caméra pour capturer le ce moment jusqu'à ce que la notion de jeu s'estompe dans la réaction des acteurs. De même la scène où le lit se casse en plein coït entre Nelly et Loulou est un heureux incident que le réalisateur aura conservé dans le film. Finalement c'est quand s'esquisse un vrai enjeu dramatique (Nelly enceinte de Loulou) que s'esquisse le questionnement social du film.

La situation constitue à la fois un bonheur mais aussi une manière de rentrer dans le rang avec les responsabilités qu’implique le fait d'être parent. Le moins prêt des deux ne sera pas forcément celui qu'on croit le temps d'un rebondissement traité sans pathos et avec la même distance que le reste de l'intrigue. Quelque chose semble pourtant cassé et la conclusion offre une issue assez ouverte à nos héros : libre, ensemble et sans attache ou alors définitivement marginaux incapable de s'inscrire dans la durée. La question reste entière le temps de ce beau plan final les voyant s'éloigner enlacés et brinquebalants dans une ruelle sombre.


 Sorti en dvd zone 2 français chez Gaumont

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