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jeudi 12 février 2015

Some Call it Loving (Sleeping Beauty) - James B. Harris (1973)

Jennifer est endormie depuis huit ans et exhibée depuis de fêtes foraines en fêtes foraines. Pour un dollar, Robert, musicien de jazz, l'achète et l'éveille d'un baiser dans sa luxueuse demeure. Peu à peu, elle devient le centre d'un jeu pervers d'amour et de mort.

Surtout connu pour avoir été le producteur des premiers films de Stanley Kubrick (de L’Ultime Razzia à Lolita), James B. Harris mena par la suite une carrière de réalisateur plus confidentielle que son ancien partenaire mais néanmoins intéressante. Some Call it Loving est une de ses œuvres les plus cultes et constitue une transposition moderne et déroutante du conte de La Belle au bois dormant à travers l’adaptation du roman éponyme de John Collier.

Robert (Zalman King), jeune musicien de jazz tombe un jour dans une fête foraine sur une étrange attraction : Jennifer (Tisa Farrow) est une jeune fille endormie depuis huit ans et avec laquelle pour un dollar on peut échanger un baiser dans l’espoir de la réveiller. Dès cette ouverture le conte prend un tour sordide par l’alternance des envolées mercantiles du forain et des regards concupiscents des prétendants au fameux baiser. Robert fasciné décide d’acheter la belle endormie, la ramenant dans son étrange demeure afin où il partage une curieuse existence avec sa compagne Scarlett (Carol White). Ce décor fascinant est un personnage à part entière et évoque en effet une version postmoderne et psychédélique du château de conte de fée. Dans cet environnement propice, Jennifer va en effet se réveiller mais la romance idéalisée attendue va tourner court.

 James B. Harris confronte la décadence, le stupre et le désenchantement des 70’s à la candeur du conte. Jennifer, pure figure de la jeune fille pure et immaculée va ainsi incarner la candeur de manière quelque peu forcée avant que certaines révélations fasse voler cette image en éclat (il est plus que suggéré qu’elle fut abusée plus d’une fois pendant son sommeil prolongé). Robert voit en elle une échappatoire possible à son existence sans but, mais Jennifer va sembler préférer les jeux de rôles pervers de Scarlett à son amour. James B. Harris alterne ainsi l’imagerie du conte dans sa mise en scène lorgnant sur une version tordue de Disney (la scène de danse romantique et malsaine à la fois) et une atmosphère de perversion latente qui annonce d’ailleurs - pour revenir à Kubrick -  Eyes Wide Shut (1999).

 Le cynisme et la perdition du monde moderne n’autorise plus la manifestation du conte et de ses chimères illusoires. Déchirée entre ses sentiments pour Robert et son attrait pour les expériences sexuelles, Jennifer ne verra qu’un retour au songe pour résoudre le dilemme. La vraie belle endormie du conte semble d’ailleurs plutôt être Robert (le choix de faire du vieux musicien pervers du livre un jeune homme paumé découle de cette idée). Au début du film, on est prévenu de ce que l’expérience pourrait éveiller chez l’auteur du baiser.

Le vrai éveil aurait donc pu être la découverte d’un amour sincère par Robert mais à l’inverse sa princesse s’avérera tout aussi perverse que son entourage. La conclusion cinglante sera donc une redite désabusée de l’ouverture, la belle au bois dormant étant un la guide vers un réel monstrueux. Une œuvre étrange, troublante, mais pas facile d’accès non plus par son rythme languissant, par sa dimension désincarnée où les personnages constituent des archétypes déformés du conte.

Sorti en dvd zone 2 français chez M6 Vidéo 

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