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mercredi 26 octobre 2016

La Fille du désert - Colorado Territory, Raoul Walsh (1949)

Wes McQueen, un hors-la-loi, s'évade de prison et s'enfuit en direction du Territoire du Colorado. En chemin, il s'arrête dans la ferme familiale, où il découvre que ceux qui lui sont chers sont, soit morts, soit partis. Il prend place dans une diligence, où il rencontre Fred Winslow et sa fille Julie Ann. Lorsque des bandits les attaquent, les deux conducteurs sont tués, mais Wes les repousse et conduit la diligence en ville. Wes veut en fait aller à Todos Santos, une ville fantôme, où Duke Harris et Reno Blake l'attendent pour organiser une attaque de train. Wes est troublé par la présence inattendue d'une métisse, Colorado Carson.

En 1941 Raoul Walsh signe un classique du film noir avec La Grande évasion qui contribua à installer Humphrey Bogart en premier rôle et renforça la crédibilité d'un John Huston encore scénariste mais qui devait passer à la mise en scène cette même année pour Le Faucon Maltais. Huit ans plus tard Walsh s'attaque au remake de son propre film cette fois transposé dans le western. L'histoire est identique, le souffle du western se mêlant harmonieusement à la fatalité du film noir. Le ton du film alterne constamment entre les deux, l'audace et la nature ludique de l'évasion d'ouverture relève du polar, tout comme le leitmotiv du "dernier coup" et de l'aspiration impossible du malfrat à une autre existence à travers Wes McQueen (Joel McCrea). La manière tortueuse de retrouver le monde criminel évoque ainsi toujours le genre policier dans son déroulement tout en convoquant une imagerie de western avec cette ville déserte servant de planque.

C'est aussi une manière d'introduire les deux personnages féminins pour lesquels le cœur de notre héros balance : la fille perdue Colorado (Virginia Mayo remarquable dans un personnage voisin de la Jennifer Jones de Duel au soleil) apparaît comme une sorte de femme fatale (Walsh la fait tourner cette même année dans le fameux L'Enfer est à lui) revisitée à l'aune du western tandis que l'innocente Julie Ann (Dorothy Malone) fait figure de demoiselle en détresse lors d'un mémorable sauvetage durant une attaque de diligence. La dualité est même poussée plus loin puisque la blonde et sensuelle Colorado se cache isolée du monde dans les hauteurs fantômes et désolées alors que la pure et brune Julie Ann vit modestement en bas des travaux de la ferme avec son père. La blonde ne le ramène que trop à ce qu'il est, la brune ce à quoi il aspirait et qu'il a perdu.

Walsh trouble pourtant peu à peu ces repères trop attendus, notamment en dépeignant la lassitude d'un excellent Joel McCrea. Il aspire tellement à autre chose qu'il se berce d'illusions face à une Juliet Ann dont les yeux brillent un peu trop au moindre de ses cadeaux tandis que Colorado partage sa mélancolie, elle aussi enfermée par la vie dans une existence de fange qu'elle ne peut quitter. L'environnement n'éveille pas obligatoirement les mauvais penchants semble nous suggérer Walsh, la douceur de Colorado contrastant avec les deux sinistres acolytes Reno (John Archer) et Duke (James Mitchell) alors qu'à l'inverse la bonhomie attachante de Winslow (Henry Hull) ne saura endiguer les travers de sa fille Julie Ann.

Cette idée s'instaure subtilement et tout comme Wes McQueen, le regard du spectateur devra voir les traits aimants et sincères de Colorado au-delà sa silhouette lascive et à l'inverse deviner le regard avide de Julie Ann sous la modestie de façade. Si le cadre de western autorise cette évolution des sentiments, la structure de film noir marque le parcours des personnages courant à leur perte par une destinée capricieuse. Walsh fait passer tout cela avec un sens du rythme exemplaire et notamment de faramineuse scènes d'actions. L'évasion et l'attaque de diligence déjà remarquables n'étaient que des mises en bouche face au hold-up du train ou avec une économie narrative idéale Walsh nous fait comprendre la duplicité de l'informateur, la réorganisation improvisée du plan d'assaut et l'intelligence de McQueen désarçonnant le guet-apens qui l'attendait. La fluidité du découpage lorsque McQueen traverse les toits du train fait merveille, le style sec du réalisateur donnant le ton percutant adéquat à la séquence.

Le lyrisme se déploie définitivement durant la dernière partie dans un tour à la fois chaotique et apaisée. La photo de Sidney Hickox donne une douceur crépusculaire au décor de l'église déserte et aux nuits désertiques traversés par Wes et Colorado fugitifs mais enfin aimant. Ce même environnement désertique en plein jour est brûlé par le soleil et agités par la course poursuite et le siège qui conclut le film. La douceur et l'incandescence des sentiments s'expriment ainsi d'une même force, saluant les liens du couple mais aussi l'inéluctabilité que tout ceci se termine dans la violence. La tragédie et la furie du final - auxquel s'ajoute une dimension mystique inattendue avec l'étrangeté du décor - annonce tout simplement le Bonnie and Clyde (1967) d'Arthur Penn presque vingt ans plus tôt. Un grand western, tout aussi bon si ce n'est meilleur que l'original.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

3 commentaires:

  1. Remarquable western de Walsh en effet. En régle générale, j'aime beaucoup Joel Mc Crea comme acteur. l'attaque du train est un modèle du genre.Supérieur à la Grande évasion, suis assez d'accord. Vu la semaine dernière sur TCM (intégrale Walsh).Dans le cycle,je vous conseille Saboteur sans gloire, film grave avec un Errol Flynn trés surprenant.

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    1. Oui j'aime beaucoup aussi Saboteur sans gloire que j'avais chroniqué ici sur le blog

      http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2011/05/saboteur-sans-gloire-uncertain-glory.html

      Sinon Joel McCrea est aussi un de mes acteurs hollywoodien favoris, à l'aise dans tous les registres, comique, sensible et viril avec toujours un sacré charisme.

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  2. Bon texte Justin. J'adore Colorado Territory, un des meilleurs Walsh, et comme tu le dis, la rencontre idéale entre film noir et western.
    Strum

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