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mercredi 12 octobre 2016

September - Woody Allen (1987)

Après une tentative de suicide, Lane, fragile et tourmentée, s'est réfugiée dans sa maison du Vermont où elle espère soigner sa dépression. Elle y accueille Peter, un écrivain balbutiant qui vit mal son divorce et tente de se débarrasser de la pesante influence de son père. Diane, la mère de Lane, les rejoint, en compagnie de son nouveau mari. Cette ancienne actrice, exubérante, fantasque et autoritaire, assomme Lane de ses conseils et de ses jugements hâtifs. Sa meilleure amie Stephanie séjourne également avec eux, loin de sa famille.

Par son atmosphère pesante, feutrée et dépressive, September s’inscrit dans le registre dramatique de Woody Allen et plus particulièrement sa veine Bergmanienne initiée avec Intérieurs auquel on pense beaucoup ici. L’inspiration de cette « sonate d’automne » est cependant tout autre, l’idée du film naissant chez Allen à la fois d’un lieu (la maison de campagne de Mia Farrow intégralement reconstituée en studio) et d’un auteur qu’il admire, Anton Tchekov. September est ainsi une variation de la pièce Oncle Vania dont Allen revisite les thématiques et le postulat, une fin d’été dans une maison de campagne où éclatent les frustrations, rancœurs et dépits amoureux d’un groupe de personnage. L’aspect théâtral est clairement assumé par le réalisateur qui privilégie les longs blocs narratifs figurant des actes et une mise en scène épurée où la photo de Carlo Di Palma, les cadrages et la prestation des acteurs feront naître sobrement l’émotion plutôt que des mouvements de caméra trop visible.

On peut aussi voir dans le film un pendant inversé de Comédie érotique d’une nuit d’été où la langueur estivale et également rurale était un moment de tous les possibles, d’espoirs et de délicieuse fantaisie. September en se situant justement à la fin de l’été nous frustre de cette parenthèse enchantée où les protagonistes ont cru pouvoir aspirer à autre chose et son ramené à une réalité cruelle. Lane (Mia Farrow) jeune femme dépressive s’est réfugié dans sa maison du Vermont pour se reconstruire, et est tombée amoureuse de Peter (Sam Waterston) aspirant écrivain et fraîchement divorcé. Celui-ci n’a d’yeux que pour sa meilleure amie Stephanie (Dianne Wiest), malheureuse dans son mariage et venue passer l’été avec Lane. 

Enfin Howard (Denholm Elliott)  le voisin bienveillant et confident de Lane souffre également de son indifférence et à tout cela va s’ajouter un lourd passif familial avec l’exubérante mère de Lane (Rosemary Murphy) venu lui rendre visite avec son nouvel époux (Jack Warden). La frustration et les sentiments contrariés restent diffus au départ, Allen usant d’une relative légèreté en baignant l’atmosphère d’une culture d’inspiration russe (l’ouverture où deux personnages s’exercent au français qui aurait presque eu sa place dans une adaptation littérale d’Oncle Vania avec sa noblesse russe bercée de culture française) et également de ses propres marottes de jazz. Tout cela participe pourtant à la dramatisation à venir, l’exercice du français exprime la frustration familiale de Stephanie et le regret de sa jeunesse passée en France tandis que le disque de jazz en fond sonore lui a été offert par Peter pour une évocation allusive de leur complicité.

C’est alors que la nuit approche, que l’orage gronde et prive la maison d’électricité que le malaise peut s’exprimer. Allen le déploie en isolant ses personnages, seuls ou à deux dans l’espace et libérant leur parole après les multiples verres d’alcool consommés. La romance retenue et coupable ente Peter et Stephanie, celle avortée entre Lane et un Howard dépité ainsi, le désespoir de cette mère consciente d’être responsable du déséquilibre de sa fille, tous ces drames se jouent à la dérobée dans une tonalité feutrée. Woody Allen ne doit cependant plus rien à Bergman et se montre moins démonstratif que dans Intérieurs dont il troque la lancinante douleur pour une cruauté palpable. L’enchevêtrement de romance aurait fourni un bon matériau de vaudeville pour le Allen versant comique et ici l’extrême vulnérabilité des personnages rend le refus comme l’assouvissement  du désir extrêmement pénible. Tous les choix possibles conduisent à une impasse, à rendre quelqu’un malheureux et force les personnages à étouffer leur sentiments. 

Lorsqu’ils éclatent au grand jour, ce ne sera que pour illustrer le penchant le plus sombre de chacun : la tendance à l’apitoiement de Lane, l’égoïsme de sa mère – avec un drame mère/fille certainement inspiré des mésaventures de Lana Turner et son amant mafieux Johnny Stompanato -, la frustration de Stéphanie. Tous les espoirs des protagonistes reposent sur un autre qui leur sera toujours inaccessible, autant à cause des trahisons du présent que des rancœurs du passé ou des incertitudes du futur. Aucun rebondissement dramatique majeur ne vient conclure le récit (avec là aussi une retenue opposée au final cauchemardesque d’Intérieurs) dans un statu quo donnant un sentiment plus désespéré encore car plus réaliste par la frustration ressentie, par le retour à la médiocrité annoncé. 

Après les espérances de l’été, place au quotidien terne de September. Une réussite méconnue d’un Woody Allen qui s’y montra particulièrement perfectionniste avec un film en partie retourné à cause d’un casting initial ne donnant pas satisfaction (tournage commencé avec Christopher Walken puis Sam Shepard dans le rôle finalement dévolu à Sam Waterston Peter  Maureen O'Sullivan jouant initialement la mère, et Charles Durning incarnant Howard avant d’être remplacé par Denholm Elliott).

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM

 

1 commentaire:

  1. Sans doute un des films les moins connus de Woody Allen. Et ce qui est remarquable, c’est que Woody Allen avait pleinement conscience du faible potentiel commercial du film en le tournant : « Nobody will come and see it », se disait-il, d’après un livre d’entretiens. Il faut reconnaître que c’est quand même très austère comme film, comme « Intérieurs » en effet.

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